Avis d’Expert, saison 2 : L’affaire n° 8 : Landru.

Avis d’Expert, saison 2 : L’affaire n° 8 : Landru.

Et voilà, la trêve des confiseurs est passé

On retrouve avec grand plasir

Les avis d’expert de Cathie

Aujourd’hui elle nous conduit dans le Paris du début du 20e siècle

Avec un affaire bien connue

Je vous laisse découvrir tout cela !


 

L’affaire n° 8 : Landru.

 

   Acte 1 : Contexte.

   Au cours de la Première Guerre mondiale, la criminalité parisienne revêt un nouveau visage. La mobilisation des jeunes adultes fait disparaître les Apaches et les délinquants. Tout ce qui entrave l’effort de guerre, notamment l’espionnage et le défaitisme, polarise la répression policière. Parallèlement, le nombre d’infanticides et d’avortements augmentent en proportion de la séparation des couples et des décès de soldats. Ravitaillement et rationnement offrent de nouveaux horizons à la spéculation. C’est dans ce contexte que Landru va œuvrer.

   Acte 2 : Une carrière d’escroc.

   Né en 1869 à Belleville dans un milieu modeste – son père occupe un emploi de chauffeur de four aux Forges Vulcain et sa mère couturière – Henri-Désiré Landru vit une enfance heureuse rue du Cloître-Notre-Dame. Après une bonne scolarité en école primaire, il abandonne des études d’architecture et, au retour de son service militaire en 1893, se marie avec Marie-Catherine Rémi qui lui donnera quatre enfants. Il exerce alors divers métiers : commis d’architecte, comptable, conducteur de travaux, entrepreneur de plomberie, cartographe, inventeur.

  Mais ce n’est qu’en 1900 qu’il bascule dans l’escroquerie avec la fondation d’une usine de bicyclettes à pétrole, encaissant les acomptes versés à la commande mais ne livrant jamais aucune marchandise. Il multiplie alors les escroqueries au cautionnement, dont sont victimes les ouvriers qui répondent à ses offres d’emploi dans le commerce d’automobiles. En février 1902, il est condamné une première fois à trois ans de prison pour malversation. Deux ans plus tard, pris en flagrant délit, il est condamné à deux ans de prison et 50 francs d’amende. Loin de s’assagir, un mois après sa sortie, il est à nouveau condamné à trois ans de prison et 100 francs d’amende pour abus de confiance. Même peine en 1910.

  Pourtant, grâce à sa spécialité de faussaire en identité, il parvient de temps en temps à échapper à la justice, se faisant passer pour Monsieur Chatelle, Dupont, Maddau, Rémy, Guillet…Mais ses multiples patronymes comme ses incessants changements d’adresse ne l’empêcheront pas d’être à nouveau arrêté en 1914 pour une escroquerie au mariage, la première de ce genre à l’encontre de Jeanne Cuchet, veuve de 39 ans. Se faisant passer pour un certain Raymond Diard et lui ayant fait miroiter une promesse de mariage, il l’a convaincue de venir s’installer chez lui, dans une maison qu’il a louée à La Chaussée, dans l’Oise, avec son fils âgé de 17 ans. Jeanne Cuchet lui a confié ses économies se montant à 5 000 francs qu’il s’est empressé de mettre en lieu sûr avant de disparaître. Il écope d’une ultime condamnation à quatre ans de prison et 1000 francs d’amende. Conscient que pèse sur lui une lourde menace de déportation en Guyane pour récidives multiples, il ne se rend pas à la convocation du tribunal et s’évanouit dans la nature. Pendant quelques années, la police perd la trace de l’escroc.

   Acte 3 : Un bourreau des cœurs.

   La Grande Guerre va permettre à ce petit escroc minable de donner toute la mesure de son talent. En effet, pendant les cinq années que durera le conflit, de nombreuses femmes de soldats tués au front se retrouvent veuves et cherchent à refaire leur vie. Landru imagine alors un plan démoniaque pour ‘enrichir à bon compte. Se faisant passer pour un riche veuf réfugié du Nord occupé, il fait passer dans les journaux, à la rubrique matrimoniale, des annonces ainsi rédigées : «Monsieur sérieux, ayant un petit capital, désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tous rapports, situation en rapport. » Bien entendu, l’appât fonctionne à merveille et, de 1914 à 1919, Landru, tout en continuant une vie d’honnête père de famille, met sur pied une organisation minutieuse qui laisse pantois !

  Adoptant plus de 90 pseudonymes, louant simultanément 7 appartements et 2 garages à Paris, 4 appartements et 2 garde-meubles en banlieue, sans compter ses deux maisons de Vernouillet et de Gambais, Landru fait, par l’intermédiaire des petites annonces matrimoniales, la connaissance de 283 femmes qu’iol séduit grâce à son regard envoûtant et sa voix suave et onctueuse . Avec un soin méticuleux, il rédige des dizaines de lettres de réponse, dresse un fichier méthodique des ses « conquêtes », notant des détails physiques, leur situation familiale et leur fortune. Ainsi, il possède chez lui des dizaines de dossiers classés selon un ordre précis : « A répondre de suite » ; « sans suite » ; « Rien à faire » ; « S.F. », sans fortune qui élimine directement la candidate. Car le dessein de Landru est évidemment de s’enrichir !

 

   Acte 4 : Barbe-Bleue moderne.  

      S’il ne donne pas toujours le nom de ses victimes, il utilise un code assez sommaire, les désignant par leur ville de naissance. Chaque fois qu’il se rendait à Vernouillet puis à Gambais avec l’une d’entre elles, il enregistrait scrupuleusement le prix du billet de train, et pour le « dernier voyage » des malheureuses femmes, il notait deux allers mais un seul retour…Que dire encore de la macabre liste de courses qu’il établit : scies égoïnes, tranchoirs, hachoirs, alors qu’il n’est ni boucher, ni menuisier.

  Lorsqu’une de ses « fiancées » lui semble finalement convenir, il la retrouve dans une chambre meublée de la capitale puis, étape suivante, il l’emmène passer une journée à la campagne dans sa maison de Gambais. A chaque fois, les victimes abandonnent leurs biens par procuration et disparaissent juste avant la célébration des fiançailles. Peu après, leurs proches reçoivent un courrier annonçant leur départ en province ou à l’étranger. Dix d’entre elles, plus le fils de la première, ne reviendront jamais de ces escapades, tandis que le voisinage se plaint d’être empesté par la fumée noire que dégage la chaudière de la maison de « monsieur Dupont ».

  Le plus extraordinaire est la disproportion entre les difficultés écrasantes que doit surmonter Landru pour assurer le succès de son organisation et les sommes finalement relativement modestes que lui rapportent ses crimes : à peine plus de 30 000 francs auxquels s’ajoutent le mobilier et les bijoux des victimes. Tout juste de quoi entretenir sa famille et couvrir les frais inhérents à chaque conquête !!

 

   Acte 5 : Arrestation.

   Suite à l’enquête menée après les plaintes déposées par des proches de deux victimes,  Landru est arrêté à son domicile parisien, 76 rue de Rochechouart, le 12 avril 1919. Une amie de Célestine Lavie, disparue en novembre 1917, a reconnu rue de Rivoli monsieur Frémyet, allias Landru, le fiancé de son amie. Elle a beaucoup aidé les inspecteurs de la brigade mobile du commissaire Dautel à retrouver sa trace.

  Durant tout le temps de l’instruction, Landru devient une vedette qui fascine les Français. Aux élections législatives de 1919, près de 4000 bulletins de vote portent même son nom !

 

   Acte 6 :Le procès.

   Aussi est-ce dans une atmosphère d’intense excitation que s’ouvre, le 7 novembre 1921, devant la cour d’assises de Versailles, le procès du « sieur de Gambais ». Les places se vendent au marché noir, des trains spéciaux «  les trains Landru » partent de Saint-Lazare, même le Tout-Paris se déplace pour assister au spectacle judiciaire dont Landru tient la vedette avec un remarquable aplomb, mettant les rieurs de son côté à chacune de ses interventions. On remarque dans l’assistance des ministres, l’écrivain Colette, l’actrice en vogue Mistinguett, la demi-mondaine Polaire. Rarement procès aura été aussi proche de la pièce de boulevard. « Ma tête ! Vous parlez toujours de ma tête ; je regrette de ne pas en avoir plusieurs à vous offrir » lance-t-il ) l’avocat général.

 

  Défendu par un avocat prestigieux, maître Moro-Giafferi, à aucun moment Landru ne se départit de son système de défense : il est un marchand de meuble n’ayant eu que des relations commerciales avec des femmes souhaitant refaire leur vie. Il argue d’ailleurs de l’absence de cadavres pour prouver qu’il n’a rien à voir avec ces disparitions mystérieuses. Prenant des notes tout le long du procès, donnant des leçons à la police et aux magistrats, il tient remarquablement tête à l’accusation par des répliques ironiques qui font le bonheur du public et des journalistes. Retranché derrière l’alibi de la vie privée, il triomphe quand certaines des femmes qui ont échappé à une destinée sanguinaire, viennent à la barre pour témoigner des talents de séducteur de l’accusé.

  Le burlesque côtoie l’abominable quand les experts se querellent en plein tribunal au sujet de la fameuse cuisinière de la maison de Gambais dans laquelle on pense avoir retrouvé des restes d’os humains. Peut-on, oui ou non, y incinérer des cadavres ? Des expériences ont été faites sans succès probant. Dans ce cas, où sont passés les corps ? Y a-t-il seulement des corps à rechercher ? Certes, des femmes ont disparu mais rien ne dit qu’elles sont mortes ! D’autres experts ont longuement étudié l’accusé et tous sont d’accord pour affirmer que Landru est un homme tout ce qu’il y a de plus banal, ne présentant aucun des caractères psychiatriques propres aux tueurs fous. D’ailleurs, son attitude au cours des audiences le prouve.

  Pourtant, malgré la défense talentueuse de maître Moro-Giafferi, Landru est condamné à mort après trois semaines de procès, bien qu’il n’ait jamais avoué aucun des chefs d’accusation reprochés. Le jour de son exécution, le 22 février 1922, devant la prison de Versailles, jouant son rôle jusqu’au bout, il refuse le verre de rhum et la cigarette du condamné en déclarant : « C’est mauvais pour la santé » ! Quelques minutes plus tard, il tait décapité. Un an après, la vente aux enchères de ses effets personnels, dont la fameuse cuisinière vendue 42 000 francs, attire une foule nombreuse, avide d’acquérir une relique du célèbre criminel.

32 réflexions sur “Avis d’Expert, saison 2 : L’affaire n° 8 : Landru.

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s