Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 12 : La malle sanglante.

Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 12 : La malle sanglante

 

Affaire n° 12 : La malle sanglante.

 

  Acte 1 : Macabre découverte.

 

En août 1889, Denis Coffy, cantonnier, est alerté par des gens disant avoir senti une odeur nauséabonde sur la route départementale reliant Vernaison à Millery, près de Lyon. Une fois sur les lieux, il remarque, dans un buisson, un gros sac en toile cirée dégageant effectivement une insupportable odeur. Il ouvre le sac et y trouve un cadavre nu dans un état de décomposition avancée. Alertées, les autorités se rendent sur place et découvrent une petite clef tout près du sac.

Deux jours plus tard, non loin de là, à Saint-Genis-Laval, un marchand d’escargots  découvre les restes d’une malle qui aurait pu servir à transporter le corps. La clef s’adaptant à la serrure et l’odeur pestilentielle qui s’en dégage ne laissent aucun doute quant à l’usage de la malle. Une étiquette collée sur le fond de la malle dit que celle-ci a voyagé depuis Paris jusqu’à Lyon le 27 juillet 1888 ou 1889, le dernier chiffre étant partiellement effacé. Pourtant, la police, faute d’indices, est bien en peine d’ identifier le cadavre.

A Paris, le commissaire Goron, chef de la Sûreté, a sa petite idée sur la question depuis que la disparition, quelques jours plus tôt, de M. Gouffé, huissier de justice dirigeant l’une des études les plus importantes de la capitale, a été signalée. Pourtant, il va devoir prouver qu’il a raison car la police lyonnaise affirme formellement que la description du disparu ne correspond en rien au cadavre découvert.

 

Acte 2 : La science au secours de la police.

 

  Mais pour l’instant, l’enquête menée à Paris piétine. En effet, le commissaire ne trouve aucune piste. Gouffé, veuf, vivait seul et dépensait volontiers son importante fortune en compagnie de filles à la cuisse légère. C’était son seul vice. Seul maigre indice, on sait que peu avant sa disparition, il a été vu en compagnie de Gabrielle Bompard, une jeune prostituée, et de Michel Eyraud, un affairiste véreux. Or, ces deux-là auraient quitté Paris le 27 juillet, jour de la disparition de l’huissier. Coïncidence ? Toujours est-il que, malgré que personne de les ait revus à Paris, cela ne suffit pas à en faire des suspects.

Afin de faire progresser son enquête, le commissaire Goron décide de faire « parler » le mort. Une première autopsie, réalisée le 14 août à la faculté de médecine de Lyon, avait seulement permis d’établir les constatations d’usage mais pas l’identité du mort : corps dénudé ligoté avec sept mètres de corde, tête enveloppée dans une toile cirée, victime visiblement morte par strangulation environ trois semaines plus tôt . Il demande au professeur Lacassagne, éminent criminologue, de procéder à une seconde autopsie afin d’établir formellement si le cadavre retrouvé est celui de Gouffé. Grâce au corps conservé dans le formol, la seconde autopsie, pratiquée du 13 au 20 novembre 1889 sur la base de cheveux prélevés sur le peigne de Gouffé et de la description d’une ancienne blessure, est considérée comme les prémices de la police scientifique.

 

Premier détail : le mort mesure 1m75 et le livret militaire de ce dernier mentionne 1m78. Deuxième détail : les os de la jambe droite pesant moins lourd que ceux de la gauche, la victime devait être boiteuse, fait corroboré par les connaissances de Gouffé. Troisième détail : d’après l’analyse des dents, le cadavre aurait environ la cinquantaine, or Gouffé était âgé de 49 ans. Ultime preuve : les cheveux du cadavre sont noirs alors que l’huissier avait les cheveux clairs mais il les teignait en noir !!

Le public, passionné par cette affaire du cadavre mystérieux, reste néanmoins sur sa faim, car, bien qu’il semble prouvé que le cadavre soit celui de Gouffé, le plus dur reste à faire : trouver son ou ses assassins !!

Acte 3 : La presse vient au secours de la police !

 

  C’est alors que le commissaire Goron, qui manque cruellement d’indices, tente le tout pour le tout en faisant fabriquer une malle en tous points identique à celle retrouvée près du corps. Il l’expose à la morgue à la vue de tous. Plusieurs plus tard, un artisan sellier se rend à la police et affirme qu’il s’agit d’une malle de fabrication anglaise. Grâce aux photographies parues dans les journaux, un commerçant londonien dit reconnaître Gabrielle Bompard et Michel Eyraud auxquels il a vendu la mallle. Les portraits diffusés dans la presse française et étrangère permet de retrouver les deux fugitifs…en Amérique !!

 

Mais qui sont les deux amants fugueurs ?

  Michel Eyraud, né le 30 mai 1843, est le fils d’un négociant de Saint-Etienne. Il se marie à Paris le 17 mars 1870 avec Louise Laure Bourgeois mère de sa fille Marguerite décédée à l’âge de 9 ans en juillet 1882. Mari violent et volage, il abandonne son épouse pour embrasser la carrière d’ « aventurier ». Il vit alors d’escroqueries et de diverses affaires véreuses. Son associé, Rémi Launay, fut soupçonné d’avoir commandité le meurtre de l’huissier Gouffé dont la disparition tombait à pic pour effacer ses nombreuses dettes arrivant justement à échéance en juillet 1889. Mais disculpé par Eyraud, il bénéficiera d’un non-lieu.

Quant à Gabrielle Bompard, née à Lille le 13 août 1868, est fille d’un marchand de métaux assez aisé. Ägée de seize ans, elle se laisse séduire par un homme qui l’abandonne très vite. Chassée par sa famille, elle s’installe à Paris en 1888 et se retrouve rapidement sur les trottoirs du boulevard Malesherbes . C’est alors qu’elle fait la connaissance de Michel Eyraud qui la prend sous sa protection. Devenue sa maîtresse, elle se prostitue occasionnellement afin de subvenir à leurs besoins. De petite taille, assez jolie, elle a la solide réputation d’une fille dévergondée .

 

Acte 4 : Lui ou elle ?

 

  Le 22 janvier 1890, la jeune femme revient en France de son propre chef et se rend, seule, à la préfecture de police afin de raconter son histoire au commissaire Goron. Se proclamant innocente, elle présente son ancien amant, Michel Eyraud, comme l’unique coupable du crime de l’huissier. D’après elle, initialement, ils n’avaient pas l’intention de le tuer mais seulement de le faire chanter. La discussion aurait mal tourné et Eyraud, sous le coup de la rage, aurait étranglé Gouffé. Eyraud, indigné par les mensonges proférés par Gabrielle mais toujours en fuite, adresse aux journaux sa propre version : c’est la jeune femme et non pas lui qui a tout manigancé et assassiné l’huissier.

Bien entendu, la querelle des deux amants meurtriers ainsi que l’enquête menée par le commissaire Goron fait le bonheur des lecteurs du Petit Journal, de l’Intransigeant et de tous les autres quotidiens. Finalement, Eyraux est arrêté après une cavale qui le mènera aux USA, au Mexique et à La Havane. Il est remis aux autorités françaises. La confrontation des deux protagonistes ainsi qu’une scrupuleuse reconstitution de la scène permettent au commissaire Goron d’établir les conditions précises du crime.

 

Acte 5 : Guet-apens.

  A partir de ce moment, la version d’Eyraud ne tient plus…pas plus que celle de Bompard ! Il apparaît clairement que l’huissier est tombé dans un véritable piège. Ce jour de juillet 1889, la belle Gabrielle l’attire chez elle où Eyraud se tient caché derrière un paravent. Trop préoccupé par sa conquête du moment et pressé de se retrouver dans le lit de la jeune prostituée, il ne prend pas garde à la corde retenue au plafond par une poulie. Gabrielle, qui sait user de ses charmes, parvient à la lui passer  autour du cou sous prétexte d’un jeu sexuel. C’est alors qu’intervient Eyraud qui tire sur la corde en question jusqu’à ce que Gouffé se retrouve littéralement pendu. A peine ont-ils constaté sa mort qu’Eyraud se rend à l’étude de l’huissier en se servant de ses clefs afin d’y dérober l’argent liquide qu’elle contient. Revenant bredouille, les deux amants décident alors de le placer dans une malle qu’ils convoient jusqu’à Lyon par le train. Ils louent ensuite un cabriolet sur lequel ils hissent péniblement leur lourd fardeau mais quand l’odeur, en ce beau jour de juillet, commence à leur chatouiller les narines, ils s’arrêtent sur le bord de la route, près de Millery, et se débarrasse de l’encombrant cadavre dans un bouquet de buissons. Ils s’embarquent ensuite pour l’Amérique dans l’espoir d’échapper à la justice française.

 

Acte 6 : Le procès.

  Le 16 décembre 1890 s’ouvre, devant les assises de la Seine, l’un des procès les plus sensationnels de cette fin de siècle. Bien que défendu par le célèbre avocat Félix Decori, et le mobile crapuleux ne faisant aucun doute, Michel Eyraud est condamné à la peine capitale, ses antécédents ne plaidant certes pas en sa faveur. Il sera guillotiné le 13 février place de la Roquette.

Quant à sa complice, elle nie farouchement toute responsabilité. D’ailleurs, ne s’est-elle pas livrée à la police d’elle-même ? Son avocat, maître Henri Robert, batailla pour faire valoir une thèse originale dans les annales du crime : sa cliente est innocente parce qu’elle était sous l’influence de Michel Eyraud qui l’avait hypnotisée !! Le tribunal fit appel à la science afin de déterminer s’il était effectivement possible de commettre un crime « inconsciemment ». Comme on pouvait s’y attendre, les experts, en l’absence de l’éminent professeur Charcot, sommité de la psychiatrie naissante, furent incapables de se mettre d’accord . Les circontances atténuantes furent alors accordées à la jeune femme qui fut condamnée à 20 ans de travaux forcés, peine qu’elle purgea dans un premier temps dans la prison pour femmes de Nanterre, puis à la centrale de Clermont, dans l’Oise. Bénéficiant d’une remise de peine pour bonne conduite, elle fut finalement libérée en 1905. Délaissant son ancienne activité, elle travailla comme ouvreuse dans un théâtre reconverti en cinéma. Elle meurt oubliée de tous en 1920.

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