Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 17 Violette Nozière.

Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 17 Violette Nozière.

Autant vous y préparer dés maintenant, nos Avis d’Expert touchent à leur fin.

Dans 3 semaines Cathie vous proposera les dernières affaires de cette saison.

Mais il est à peu près certain que nous retrouverons notre Expert en chef .

Un peu plus tard dans l’année.

Sans doute à la rentrée de septembre

Pour l’heure découvrons cette nouvelle affaire criminelle


 

Avis d’Expert saison 2

Affaire n° 17 Violette Nozière.

 

 Rarement des jurés ont eu à se prononcer sur une affaire aussi bouleversante que celle qui se présente en ce mois d’octobre 1934, année décidément riche en pathétiques affaires criminelles (voir Affaire n° 16).

 

   Acte 1 : L’accident.

   Dans les derniers jours du mois d’août 1933, à Paris, une jeune femme se présente, totalement affolée, au commissariat : elle déclare que ses parents sont morts asphyxiés par une fuite de gaz à leur domicile de la rue de Madagascar, près de la gare de Lyon. Arrivée sur les lieux, la police ne peut que constater le décès de Baptiste Nozière, mécanicien aux chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée. Quant à la mère, encore vivante, elle sera ranimée . Elle survivra.

  Cette tragique affaire aurait pu en rester là si les pompiers, premiers arrivés sur les lieux de l’accident, n’avaient eu des doutes. En effet, la scène du drame ressemblait fort à une scène de crime. Doutes corroborés par l’autopsie qui révélera que les époux Nozière ont été empoisonnés par une forte dose  de Soménal, un somnifère. De plus, il semble évident que le robinet de gaz n’a été ouvert qu’après. La thèse du suicide ne tenant pas une seconde, les soupçons se portent aussitôt sur la fille unique du couple, Violette. En effet, l’enquête démontre que la quantité de gaz était insuffisante pour intoxiquer les intoxiquer.

 

   Acte 2 : Double vie.

   Violette, que ses professeurs qualifient de « paresseuse, sournoise et dévergondée », s’adonne très tôt à une vie sexuelle débridée, notamment avec Pierre Camus, étudiant en médecine, et Jean Guillard, un ami d’enfance. Dans le quartier du 12 e arrondissement dans lequel la famille réside, elle acquiert la réputation de « petite coureuse ». Ces enfants nés pendant la première guerre, grandissant dans une atmosphère de crise économique profonde, pense essentiellement à se divertir et veut se libérer du carcan moralisateur imposé par parents et familles. Les femmes n’ont pas le droit de voter et doivent attendre l’âge de 21 ans pour être autonomes, quoique l’avenir que leur réserve la société soit tout tracé : se marier et devenir bonne épouse et bonne mère.

  Afin de financer ses sorties et ses dépenses (toilettes, restaurants, bars, hôtels, taxis), la jeune fille a recours au vol chez ses parents ou les commerçants, à la prostitution occasionnelle, à poser nue. C’est en avril 1932 qu’elle apprend qu’elle est syphilitique. Sa double vie de plaisirs l’éloigne de plus en plus de ses parents, bien indulgents au demeurant. Elle confie à ses amis que souvent son père « oublie qu’il est son père » et qu’il est jaloux de ses fréquentations masculines.

  Mais en mars 1933, son état de santé s’aggrave. Contrainte d’avouer sa maladie à ses parents, mais désireuse de les rendre responsables de cette maladie contagieuse et honteuse, elle convainc son médecin de lui rédiger un faux certificat de virginité, transformant sa syphilis en « hérédosyphilis ». Convoqué à l’hôpital, Baptiste Nozière apprend ainsi que sa fille souffre d’une forme héréditaire de syphilis. De retour à son domicile, une dispute éclate entre les parents et leur fille. Ce sera la dispute de trop.

 

   Acte 3 : Préméditation.

   Circonstance gravissime, il apparaît que Violette ne s’est pas laissée emporter par une violence irraisonnée en tentant de tuer ses parents. Suite à cette violent dispute, elle achète un barbiturique et persuade ses parents d’en prendre afin de se garantir d’une éventuelle contagion. Certes, la dose administrée est faible, Violette ayant elle-même avalé quelques comprimés. Dans la nuit du 23 mars, un début d’incendie se déclare dans l’appartement, le rideau séparant le couloir de la chambre prenant feu. Violette alerte les Mayeul, voisins de palier. Son père revient à lui mais sa mère doit être hospitalisée quelques jours. L’enquête établissant que les malaises du couple Nozière sont dus à l’intoxication par la fumée, l’affaire est classée.

  La seconde tentative sera préparée plus sérieusement. Afin d’obtenir les produits dont elle a besoin, elle falsifie des documents médicaux, prétendant qu’un médecin lui aurait conseillé de prendre un nouveau traitement plus efficace que le précédent. Le 21 août, elle administre donc à ses parents le faux médicament/vrai poison. Dès l’apparition des premiers symptômes, elle surveille l’agonie du couple et ne sort chercher de l’aide qu’après avoir ouvert le robinet de gaz afin de simuler une asphyxie.

  Le 23 août, le commissaire Gueudet emmène la jeune fille à l’hôpital Saint-Antoine où sa mère, émergeant du comas, est hospitalisée. Il lui demande de l’attendre dans le bureau de la surveillante. Dès que Violette comprend que sa mère va s’en sortir et raconter ce qui s’est réellement passé, elle s’enfuit, acte considéré comme un aveu.  Le jour même, elle est inculpée d’homicide volontaire et fait l’objet d’un mandat d’amener. Sa cavale dans Paris ne durera que quelques jours.

  Le 28 août, sur dénonciation, elle est arrêtée par la brigade du commissaire Marcel Guillaume, surnommé « l’as de la PJ », réputé pour avoir mené des affaires célèbres comme celles de la Bande à Bonot, l’assassinat du président Paul Doumer, l’affaire Landru, et pour avoir servi de modèle au commissaire Maigret de Simenon.

 

   Acte 4 : Enfance brisée.

   Dans le bureau du juge d’instruction, Violette passe aux aveux, justifiant son geste par les abus sexuels que son père lui aurait infligés depuis l’âge de 12 ans. La fille de l’employé modèle Baptiste Nozière se pose en victime d’un père incestueux qu’elle détestait profondément, raison pour laquelle elle met au point et exécute sans scrupule ni remord son plan mortel.

  Incapable de supporter plus longtemps ses souffrances, consciente, à 18 ans, que sa vie et son caractère étaient déterminés par les actes d’un père qui lui a gâché sa jeunesse et son innocence, elle a voulu en finir une bonne fois pour toutes. Pendant un temps, elle a songé au suicide, mais finalement elle a préféré supprimer son soi-disant bourreau. Pourquoi vouloir tuer aussi sa mère ? Pour la punir de ne rien avoir voulu voir de ce qui se passait sous son toit.

 

   Acte 5 : Le procès.

   Le procès commence le 10 octobre 1934 à Paris, devant la cour d’Assises de la Seine, le lendemain de l’ assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie et du ministre des Affaires Étrangères Louis Barthou par un indépendantiste croate, ce qui n’empêche pas la foule de se ruer dans le tribunal, avide de voir à quoi ressemble « l’empoisonneuse parricide ». La jeune fille qui comparaît ce jour-là n’a pourtant rien d’une criminelle : fragile, elle perd connaissance plusieurs fois. Elle répond au président Peyre, qui tente de comprendre sa personnalité, d’un ton égal, mais elle se perd en supplications et éclate en sanglots en présence de sa mère .

  Quand on lui demande d’expliquer pourquoi elle a voulu tuer ses parents, elle explique que son père ayant abusé d’elle depuis l’âge de douze ans, elle avait besoin d’argent pour mener à bien son projet de fuite. La cour pourrait se laisser émouvoir par cette histoire d’une jeune fille violée par son père et désirant refaire sa vie, mais cette image vole en éclats quand les jurés apprennent les détails sordides de sa double vie. D’autant que le poison est l’arme même de la préméditation et qu’elle est récidiviste. A l’issue de cette première journée, les charges qui pèsent contre elle sont accablantes car rien ne semble pouvoir atténuer son entière responsabilité. La tâche de son avocat, maître Vesinne-Larue, s’annonce ardue.

  Le lendemain 11 octobre, l’audition des témoins donne alors un accent particulier à l’affaire. La première audition, bouleversante, est celle de Germaine Nozière, mère de Violette, qui, bien que s’étant constituée partie civile, supplie la cour de pardonner à sa fille, affirmant que l’amant de cette dernière l’a influencée.

  Ensuite, ce sont les experts en psychiatrie qui défilent à la barre, notamment le docteur Truelle, qui exerce à l’asile Sainte-Anne dans le 14e arrondissement parisien. Après examen, il affirme que mademoiselle Nozière est pleinement responsable de ses actes. Ce que maître Vésinne-Larue conteste, sans succès.

  Puis c’est le tour de Jean Dabin, amant de Violette, ancien étudiant qui s’est engagé dans l’armée. Sa légèreté, son insouciance, son mépris à peine dissimulé pour la jeune fille impressionnent le jury défavorablement, déposition qui va nuire un peu plus à la réputation de Violette. Puis c’est l’audition des derniers témoins, notamment Maddy, l’amie de Violette, et les collègues de son père. A la fin de la journée, les jurés ont acquis la certitude de la lucidité de Violette Nozière. Malgré le chagrin de sa mère, ils sont enclins à la plus grande sévérité, la personnalité de l’accusée étant trop ambiguë pour qu’on puisse croire à la véracité de ses accusations contre son père. Il faut croire que la France des années 1930 n’est pas prête à entendre une vérité qui dérange profondément le lâche conformisme bourgeois.

  La dernière journée est consacrée au terrible réquisitoire de l’avocat général qui demande la peine capitale. L’avocat de la défense, maître Vésinne-Larue, a beau invoquer les relations incestueuses que Baptiste Nozière avait imposées à sa fille et démontrer que Violette n’avait aucune raison de souhaiter la mort de sa mère, les jurés sont convaincus qu’elle a agi de la sorte afin de récupérer les 165 000 francs que le couple avait économisés, thèse d’accusation qui sera retenue.

 

   Acte 6 : Violette Nozière et l’opinion publique :

   Pendant ce temps, à l’extérieur, l’affaire suscite un intérêt passionné : le monde des intellectuels, peintres, poètes, écrivains, les Surréalistes en tête menés par André Breton et Paul Eluard, prennent fait et cause pour Violette qui devient leur muse. La jeune fille ne serait que la victime d’un monde sclérosé et étouffant, routinier, avec lequel elle a courageusement voulu rompre.

  De son côté, la droite bien-pensante fustige en Violette une jeunesse dévoyée, paresseuse, avide de plaisirs et de jouissances immorales et fait appel au retour de l’ordre moral et des valeurs familiales, seuls remparts contre l’anarchie et le socialisme corrompu. Tous les fondements d’une société bourgeoise sont mis à mal par une jeune femme qui a osé porter la main sur son propre père, chef de famille et travailleur respectable. La France est sous le choc. 

 

   Acte 7 : Condamnée, graciée et réhabilitée :

    Le 12 octobre 1934, après seulement une heure de délibération, Violette Nozière est condamnée à la peine de mort pour parricide et empoisonnement, sans qu’aucune circonstance atténuante ne soit retenue, peine symbolique car à l’époque on ne guillotinait plus les femmes. Le pourvoi en cassation demandé par l’avocat de la défense est rejeté le 6 décembre 1934 par la Chambre criminelle de la Cour de Cassation. Maître Vésinne-Larue présente alors un recours en grâce au président de la République, Albert Lebrun, qui commue la peine de mort en celle de travaux forcés à perpétuité, peine réduite à 12 ans par le maréchal Pétain en 1942. Sa bonne conduite lui vaudra d’être libérée en 1945. Elle est alors âgée de trente ans.

  Le 24 février 1953, la Chambre des mises en accusation examine la requête en réhabilitation présentée par maître Vésinne-Larue, l’infatigable défenseur de Violette Nozière, à présent mariée et mère de cinq enfants. Il faudra néanmoins dix années d’un combat acharné pour que les efforts de l’avocat soient enfin récompensés. En effet, le 13 mars 1963, la Cour d’appel de Rouen prononce la réhabilitation de Violette Nozière qui retrouve le plein exercice de ses droits civiques, signifiant ainsi l’aboutissement de trente années de lutte. Cette mesure est exceptionnelle dans l’histoire de la justice française car c’est la première fois qu’un condamné de droit commun est réhabilité après avoir été condamné à la peine capitale.

 

  Réhabilitation : la réhabilitation est une procédure rarissime destinée à effacer les crimes et délits de celui qui les a commis. Il ne faut pas la confondre avec l’amnistie qui peut être prononcée pour des motifs exceptionnels : la société renonce à poursuivre tel ou tel crime ou délit, ou bien accorde des remises de peine aux personnes déjà condamnées ; c’est une sorte de pardon.

  La réhabilitation va plus loin. Elle vise à effacer le crime et sa condamnation et a pour conséquence la restitution d’un casier judiciaire vierge. Un tribunal peut décider de réhabiliter au vu des pièces ou de témoignages nouveaux, ou en prenant acte du repentir du condamné, comme ce fut le cas pour Violette Nozière.

 

 

17 réflexions sur “Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 17 Violette Nozière.

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s