Les corps brisés – Elsa Marpeau

 Salut les polardeux,

Sur Collectif Polar c’est tout les jours la journée de la femme.

C’est pas les flingueuses qui me contrediront.

Mais en ce 8 mars, nous tenions, je tenais à rendre hommage au courage des femmes à travers deux romans que j’ai adoré de deux auteures que j’aime profondément.

Aussi pour bien commencer cette journée, nous vous avons proposé la chronique double du 3e roman solo de Nathalie Hug. 1 rue des petits pas.

Maintenant c’est au tour d’Elsa Marpeau d’entrer en scène avec Les corps brisés

 

Le livre : Les corps brisés d’Elsa Marpeau.  Paru le 11 mai 2017 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 19€ ; (235 p.) ; 23 x 16 cm

4e ce couv: 

Sarah est une coureuse de rallye reconnue dans un milieu hautement macho. Un jour, lors d’une « spéciale », elle sort de route. Son coéquipier meurt sur le coup et elle se retrouve plongée dans le coma, avant de se réveiller paralysée des deux jambes. Elle intègre un centre hospitalier perdu en haute montagne, où rayonne un médecin que tout le monde surnomme le « docteur Lune ».

Brisée physiquement et psychologiquement, Sarah développe une dépression paranoïaque, qui atteint son paroxysme quand la patiente qui partage sa chambre disparaît. Pour le personnel, il ne s’agit que d’une fugue, mais Sarah est convaincue qu’il n’en est rien…

Inspiré d’un fait divers réel, Les corps brisés est un thriller glaçant avec son lot d’angoisses et de rebondissements, qui se termine sur un huis clos étouffant. L’auteure y dresse un sombre constat sur la place des handicapés dans notre société moderne qui donne la priorité à l’efficacité et à la performance.

L’auteur : Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Après Les yeux des morts (prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011), et L’expatriée (prix La plume de cristal 2013), elle continue à tracer son sillon dans le champ du roman noir français avec Les corps brisés, son cinquième livre à paraître à la Série Noire.

 

Extrait :
Sarah a toujours aimé la vitesse, les éclats des réverbères sur la carrosserie, la sensation du moteur sous ses pieds. Gamine, elle rêvait déjà de faire le grand huit comme son frère. Jeune adolescente, elle participait aux courses que Nathan organisait avec ses copains sur les chemins de campagne. Elle se saoulait du bruit des moteurs. Ils roulaient sur n’importe quoi : vélos, mobylettes trafiquées, motos, puis voitures dès qu’ils ont eu le permis. À dix-huit ans et trois mois, l’un comme l’autre.

La chronique d’Eppy Fanny

LES CORPS BRISES D’ELSA MARPEAU – SERIE NOIRE GALLIMARD

 DIMANCHE 4 MARS 2018
Ce récit est inspiré d’un fait divers réel qui est survenu dans l’Yonne dans les années 1980, ce qui lui donne une force supplémentaire, si nécessaire. Même s’il s’agit d’un thriller, le roman fait avant tout réfléchir sur la place des handicapés dans notre société et le regard que nombre de gens « normaux » portent sur eux. Il nous interroge également sur la façon dont nous ferions face si demain les gestes les plus simples de notre vie, que l’on considère comme acquis, devenaient un défi quotidien.

L’histoire :

Sarah est une coureuse de rallye reconnue. Depuis l’enfance, avec son frère elle est passionnée par la vitesse et tous les véhicules à moteurs la stimulent et la font vibrer. C’est sa drogue. Sa vie. Et elle ne l’imagine pas autrement. Son corps ne fait qu’un avec la machine, l’un comme l’autre est en phase et réagit au doigt et à l’œil (à l’oreille aussi). Chaque vibration du moteur se propage en elle comme un orgasme à chaque fois renouvelé. Puis cette course elle doit la gagner. Elle a une revanche à prendre ! Mais la vie en a décidé autrement. Un moment d’inattention et c’est l’accident. Un de ceux qui fait que plus rien ne sera comme avant.

Elle la voilà après des mois de combat, repliée sur elle, car désormais c’est avec un fauteuil roulant qu’elle fait corps. Et elle va devoir apprendre et souffrir pour devenir un aurige des temps modernes.

Son frère la dépose dans un centre de rééducation au milieu des montagnes. Un lieu où elle va attendre et espérer. Se réapprendre et s’accepter. Ne plus être un être humain, juste un corps, une machinerie avec une tuyauterie capricieuse. Etre tâtée, auscultée, lavée. Devoir compter sur d’autres pour tout.

Extrait page 50 : Sarah ne s’est jamais vraiment habituée à être déshabillée, frottée, torchée. La pire des pertes, à l’hôpital comme en soins de suite, c’est celle de l’intimité.

Puis la rééducation, dans la souffrance, des exercices qui vont l’obliger à aller au-delà de ses limites pour gagner en autonomie.

Elle va découvrir une équipe de soignants et les autres pensionnaires. Toutes ces personnes différentes, qui, comme elle, sont là pour se réapprendre et se réinsérer dans cette société.

Dans ce petit groupe de pensionnaires, les discussions apprennent à Sarah qu’une d’entre eux aurait disparue. Des interrogations restent en suspend. Qu’est devenue Isabelle ?

Puis il y a Clémence, sa compagne de chambre, cette femme qui se sait condamnée mais qui peint la vie de mille couleurs pour la rendre belle et supportable. Pour elle, pour son fils qu’elle n’a pas vu depuis longtemps et pour Sarah.

Elle éclabousse les murs de leur chambre d’une multitude de couleur. Comme une fenêtre ouverte sur la vie et l’avenir. Et elle offre sa toile soleil à Sarah, le fameux tableau jaune qui illumine tout. Puis elle peint leurs corps, recouvre les cicatrices, sublime tout. Elle est la joie, elle est la vie et l’optimisme. Elle est celle qui redonne à Sarah le goût de vivre et de se battre.

Mais voilà que Clémence la fée disparaît, comme cette fameuse Isabelle avant elle. Sarah s’interroge, questionne, s’entête. On lui répond que Clémence est retournée chez sa mère pour se rapprocher de son fils qui lui manque. Mais les signes contraires sont là et Sarah s’entête toujours plus. Un entêtement qui va lui être fatal car une ombre rôde.

Sarah se réveille dans une cave. Auprès d’elle cette forme recroquevillée n’est plus que l’ombre de Clémence. Ses bleus lumineux ont disparu. Ne restent que du bleu, dur, sombre et le noir. Si noir. Juste éclaboussé de rouge… sang. Le sien. Le leur. Sarah se réfugie au plus profond d’elle, là où les tableaux, les couleurs vives de Clémence lui permettent de s’envoler.

Car lorsque l’on perd la capacité de se défendre dans ce monde de performances on devient une proie, une victime. Une marchandise. Et l’on en est réduit à ça. Jusqu’à la mort. Car il y aura toujours des profiteurs et prédateurs de tout crin dont la jouissance passera par la souffrance (morale et/ou physique) qu’ils pourront affliger aux plus faibles en toute impunité.

Mais Clémence a réveillé en Sarah le goût de vivre… Le rouge sang coulera, éclaboussera les murs de la cave, le rouge feu flambera, mais le jaune soleil et le bleu des montagnes seront les plus forts et éclaireront l’horizon.

J’ai beaucoup aimé ce roman qui fait la part belle au courage et à la détermination. Je ne peux que vous encourager à le découvrir à votre tour.

4 réflexions sur “Les corps brisés – Elsa Marpeau

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