L’exquis cadavre exquis, épisode 36

L’exquis cadavre exquis, épisode 36

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 36 Patrice

Episode 36

By Patrice Guirao

 

Á mains nues

L’immeuble est cossu. Quatre étages. Rue passante. Une seule entrée. La cible a emménagé au deuxième. Il sort la photo que Louys lui avait remise en même temps que les cinq mille euros. Rien d’autre. Excepté le numéro de téléphone derrière la photo. Jolie fille. Jeune. Un rien arrogante. Pleine de vie.

 Cinq mille euros.

La vie n’a pas de prix.

Ça dépend d’où on vit.

Le vieux trainait son infirmité depuis l’enfance. Mauvaise polio. L’avantage de son handicap, dans sa profession, c’est qu’il inspirait plus souvent la compassion que la méfiance. Ce qui lui laissait presque toujours un temps d’avance.  Une compensation au fait qu’il ne pouvait se permettre de se faire courser dans les rues. Avec sa patte folle c’eut été folie.

Il lui avait fallu élaborer des techniques personnelles. Pas d’arme à feu, pas d’arme blanche. Exit les risques lors d’un éventuel contrôle. Quarante ans de métier et pas un faux pas. Il sourit à cette étrange formule le concernant.

Son truc c’était le fait main. La nature l’avait doté d’une force hors du commun concentrée dans ses poings. Ses meilleurs outils.

A dix-sept ans, lors des fêtes de Pampelune, il avait tué, d’un uppercut, un taureau qui fonçait sur lui. Il en avait été stupéfié lui-même. Les autres jeunes avaient couru, lui s’était défendu. Depuis ce jour il avait scrupuleusement évité toutes les situations dans lesquelles sa survie pouvait dépendre de ses jambes.

Il lui avait fallu quatre jours pour remonter jusqu’à cette adresse grâce au numéro de téléphone. Il avait mis à contribution quelques connaissances toujours prêtes à lui renvoyer l’ascenseur. Une vie de menus services, ça paie toujours.

Louys avait distribué les trois enveloppes au hasard. Frantz avait ouvert la sienne. Il en avait sorti une liasse de dix mille et l’avait secouée devant eux un sourire aux lèvres.

– Jackpot !

Il s’était gardé de montrer la photo de sa cible. Un minimum !

Sam avait pris la sienne et l’avait glissée dans sa poche sans aucun commentaire.

Louys se chargeait de trouver les contrats et eux les exécutaient.

Pas de liens directs avec les commanditaires. Louys achetait les contrats sur un site du Darknet. Une sorte de vente aux enchères. Une bourse de la mort. Les enveloppes lui étaient alors expédiées en poste restante. Il y prélevait ce que lui avait coûté le contrat et la moitié de la somme restante. Puis il remettait les contrats à ses trois tueurs à gage. Une petite entreprise qui fonctionnait bien. Mais parfois un pari financier risqué.

Le vieux ne fumait pas, il prisait.  Il insuffla quelques grammes de poudre de tabac habilement posés sur le dos de sa main. Il secoua légèrement la tête et se frotta le nez.

Il était temps de monter.

Pas d’ascenseur. Des escaliers larges. Recouverts d’un épais tapis orné de lys.

L’appartement était celui de droite. Tant mieux. La porte s’ouvrait sur la gauche. Un avantage. S’il devait frapper, les quelques dixièmes de secondes gagnés pour lancer son poing droit pouvaient s’avérer importants.

Pas de judas. Ça se présentait plutôt bien.

Il sonna et attendit.

La porte s’ouvrit.

C’était la fille de la photo. Mais blonde.

Le poing partit avec une violence et une rapidité impossible à imaginer venant d’un vieil infirme. La jeune femme, dès qu’elle l’avait aperçu, avait immédiatement senti le danger. Elle avait essayé de faire un pas en arrière tout en tentant de refermer la porte mais trop tard. La poussée qu’elle donna réussit tout de même à dévier légèrement la trajectoire du coup. Au lieu de percuter sa gorge, il la toucha juste en dessous, à gauche, près du cœur. Elle entendit ses côtes se briser et ressentit une douleur violente qui lui coupa le souffle et la paralysa. L’homme l’écarta de son chemin et ferma la porte derrière lui. Il n’avait plus qu’à l’achever tranquillement. A mains nues.

-Amanda ? C’est qui ? Qu’est ce qui se passe ?

Une voix de jeune fille. Ça venait de l’autre bout du couloir. D’une chambre. Ou de la salle à manger.

Le vieux se figea. Il y avait quelqu’un d’autre dans l’appartement. Ce n’était pas prévu. Elle vivait seule. En une semaine de planque, il n’avait jamais vu personne lui rendre visite. Impossible de terminer le boulot. Pas question qu’il exécute quelqu’un d’autre que sa cible. Cette fois il allait devoir compter sur ses jambes et, pour la première fois depuis toute sa carrière, il fut saisi d’une mauvaise angoisse.

Il était temps qu’il raccroche.

Ce n’était plus un métier pour lui.

Il sortit de l’appartement, referma la porte sans la claquer et se précipita dans les étages supérieurs. Ces vieux immeubles avaient tous un accès sur les toits. Il y resterait le temps qu’il faudrait. En priant pour que personne n’ait l’idée d’y monter.

2 réflexions sur “L’exquis cadavre exquis, épisode 36

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