La GAV : @Nicolas Jaillet sous le feu des flingueuses, 2e audition

La GAV : @Nicolas Jaillet sous le feu des flingueuses

Episode 2

Samedi 21 Juillet

Suite de la Garde à vue de Monsieur Jaillet

2e interrogatoire par Dame Sylvie K

La GAV, Garde à vue d’un auteur par Collectif polar c’est : 4 interviews d’un même auteur par 4 flingueuses différentes.

La GAV c’est des interviews en direct, du vrai live, en conditions réelles.

Durant 2 jours nous kidnappons en quelques sorte un auteur de polar.

Nous lui demandons de nous consacrer au minimum 4h de son temps sur les deux jours que dure la Garde à Vue.

Et durant ce temps nous lui posons une série de questions en batterie auxquelles il ou elle doit répondre instantanément. Nous ne lui laissons pas le temps de réfléchir à ses réponses. C’est un échange en live. Comme sur un plateau, sur un salon. C’est pas préparé,  ce que l’on recherche c’est la spontanéité. Et croyez moi au réveil ou en fin de journée, nos auteurs sont comme nous, soit pas bien réveillés soit crevés de leur journée. Et là nous les cueillons !

Nous recueillons leurs confidences.

Et c’est celles-ci que nous vous proposons en direct live. ( enfin presque juste en léger différé)

Allez place à la GAV de Nicolas Jaillet



SAMEDI 21 juillet 9h54

Sylvie : Hello Nicolas Jaillet …  tu es  là?

Ge : Oui faites entrer notre prévenu

Sylvie : Enlevez lui son café il ne peut pas parler et boire je l’attends 

Ge : Nicolas est demandé en salle d’interrogatoires

Sylvie : Nicolas Jaillet,  votre pause est terminée

Aline : Il s’est évadé Nicolas !!

Samedi 21 juillet 10h42

Nicolas Jaillet : Pardon pardon, problème de connexion ..

Aline : Pas de soucis Nicolas.

NJ : C’est la campagne, ici…

Aline : LOL

NJ : En plus c’est vrai. C’est la banlieue, mais c’est aussi la campagne. C’est la banliagne.

Aline : Sylvie va revenir. Un instant.

Sylvie : hello Nicolas nous pouvons commencer mais désolée j’ai un impératif à midi donc prêt?

NJ : Oui !

Syl : Nicolas tu es chanteur auteur traducteur parleur quel est ton rapport avec les mots les écrits?

NJ : Ça commence très fort. Et j’ai une heure ?

Syl : moins

NJ : Alors, ce matin on a beaucoup parlé de théâtre et d’oralité.

Syl : je t’aide tu est un jongleur de mots

NJ : Il ne faut pas oublier que tout vient de là : les grands textes des origines : Homère, Les Mille et une Nuits, et probablement Gilgamesh, ce sont des traditions orales qui ont été écrites par la suite;
J’ai essayé de changer radicalement de métier, de quitter complètement la scène et de me mettre à l’écriture.
Pour des raisons de planning et de santé mentale…
Mais le besoin de transmettre est revenu au galop.
Même quand j’écris un livre, je passe par la narration, c’est là que ça germe.

Syl : oui et tu alternes le genre entre « la maison » et « Sansalina » il y a une différence?

NJ : Quand je travaille sur un récit, je raconte l’histoire à tous les gens que je croise, c’est assez gênant. Surtout quand j’ai des collaborateurs. Mais on puise des informations. On voit si un récit prend ou ne prend pas… Dans le regard des gens. Et quand on arrive au moment où la petite étincelle reste allumée du début à la fin du récit, c’est bon. On peut écrire son histoire.
Alors, oui, j’alterne beaucoup, au point de fatiguer mes éditeurs.
Parce que, justement, c’est une histoire, un récit qui m’intéresse.
Et c’est le récit qui détermine le genre.

Syl : Ce qui m intéresse c est le changement entre le  roman « la maison » et l’autre plus noir
Quelle différence as tu ressenti ds l’écrit?

NJ : Avec « Sansalina » je voulais raconter une grande métaphore sur la Naissance de la civilisation. C’était très ambitieux. Voire, prétentieux. Mais c’était aussi un hommage à ces fameux grands récits auxquels nous devons toutes nos histoires. Alors c’était de l’épopée. « La Maison », c’était exactement l’inverse : c’est une épopée intime, le voyage intérieur, mental, d’une femme, toute seule dans sa maison et dans sa tête, et le moyen d’y échapper.

Syl : Tu as un côté féminin car c était très perso pour Martine?

NJ : Le changement est presque automatique. C’est parce que, dans « Sansalina », j’étais dans les grandes orgues de la violence, des grands espaces, tout ça supposait une certaine grandiloquence… que j’ai éprouvé le besoin de me plonger, par contraste, dans un mode plus intime.
Et ça se ressent, oui, évidemment, dans l’écriture.

Syl : « Sansalina » était ton premier? Quel effet de voir son livre publié? Lu et avoir les retours ?

NJ : On est dans les atmosphères. Sansalina : le vent, le sable, les mitraillettes à tambour, La Maison : la douceur oppressante d’un petit village…
Oui, Martine c’est moi, c’est clair.

Syl : Oh oui ayant lu les deux je vois bien le contraste
Tu t’es trouvé enfermé ?

NJ : Je mets toujours en scène des personnages féminins, pour deux raisons : parce que je suis un homme hétérosexuel, et donc c’est plus plaisant de passer toutes ces heures en compagnie d’une femme, et aussi parce que, fondamentalement, je suis plutôt une femme qu’un mec. Je n’ai aucune difficulté à me projeter dans un corps de femme, dans la condition féminine d’aujourd’hui.
Sansalina était mon deuxième livre publié.

Syl : Oui on le sens tu fais cela très bien.  Oups quel était le 1er et donc quel ressenti ?

NJ : Oh c’est merveilleux, de voir son livre en librairie, avec une belle couverture et le nom d’un éditeur qui m’a fait rêver enfant : JC Lattès, Gallimard… Mais la vraie aventure commence avec… vous, en fait. Quand des gens qui ont lu vos livres viennent vous voir, vous en parler, en bien, en mal, mais que vous sentez qu’il s’est passé quelque chose.

Syl : Tu es un touche-à-tout on l’a vu comment es-tu arrivé à  la traduction du Chien ?

NJ : L’histoire de Martine, oui, je l’ai très bien ressentie, je crois. J’étais à la fois le personnage masculin avec mes tendances à la ronchonnerie, au chantage affectif, et j’étais aussi beaucoup du côté de Martine, parce qu’élevais un peu tout seul mes enfants. Quand on travaille à la maison, les gens partent du principe qu’on est disponible…

Aline, Geneviève et Syl👍

NJ : Mon premier s’appelait « Le Retour du Pirate » aux éditions JC Lattès. Il est épuisé, mais il doit me rester un exemplaire quelque part. C’était un roman d’aventures à la Stevenson.
J’adore Stevenson.
Oh, Jack Ketchum, c’était une belle histoire.

Syl : Raconte en quelques mots😀

NJ : Mon amie et éditrice Lilas Seewald s’était fait virer comme une malpropre de chez Fayard, pour la bonne raison qu’elle a du talent.
Elle a trouvé un poste assez vite chez Bragelonne, et elle m’appelle pour me demander ce que j’en pense. Je lui dis : « Oh, Bragelonne, c’est des gens très bien. Par exemple c’est eux qui ont publié Ketchum en France ».
Pour info le vrai titre est « Comme un chien » avec un mot du King sur la 1er de couv!
Ketchum, je suis hyper fan.

Syl : Est cela qui t’inspire pour du roman noir?

NJ : Oui. Le titre original était « The secret life of souls » un peu compliqué, mais il faisait référence à une énorme qualité du livre, à mon avis, qui était de se plonger dans la peau d’un chien. Je ne sais pas ce que tu en as pensé, mais ça, je trouvais ça particulièrement réussi.
Et donc, Lilas m’a rappelé quelques mois plus tard pour me proposer la traduction du dernier roman de Ketchum. J’ai été très touché qu’elle se soit rappelé notre conversation.
Oui, Ketchum c’est une grande source d’inspiration pour moi, depuis longtemps.

Syl : Quel effet de traduire un texte?? Je me demande a-t-on envie de changer des mots..  ou est-on en phase avec l’auteur

NJ : Il faut lire « The girl next door » (je crois que c’est le titre en français) et « Morte saison ». Des chefs d’œuvre.
Traduire, c’est trahir.
On a cette phrase en tête tout du long, sinon on devient dingue.

Syl : Une fille comme les autres

NJ : Au temps pour moi. Bien joué, Sylvie.

Syl😍

Syl : Traduire ce n est pas essayer d’être fidèle ?

NJ : On change des mots, on coupe des phrases…
Justement, c’est tout le problème.
Si vous voulez être fidèle à l’esprit du texte original, il FAUT intervenir.

Syl : Merci pour cette autre facette intéressante

NJ : Par exemple, l’anglais est plus ramassé, plus dense que le français, parce que le verbe, peut porter beaucoup de sens. Prenez la phrase : « She fought her way through the parking lot. »

SYl : Oui la traduction  est pas toujours exacte. … Et toi face aux retours de tes écrits s’ils sont négatifs  comment l’abordes-tu?

NJ : On ne peut pas dire : « elle s’est battue pour se frayer un chemin à travers le parking » le rythme n’y est pas. Une des solutions est, à mon avis, de couper une telle phrase en deux.

Geneviève et Syl👍

Syl : Oui du boulot tu es bien un jongleur de mots…
Et donc ton retour face aux critiques?

NJ : Il y a un autre problème qui est culturel, avec la langue. Par exemple, le Français, je veux dire l’individu Français, a une forte tendance à l’exagération quand l’Anglais préfère la litote. Quand un Anglais dit : « He had little chance to survive. » Littéralement, ça veut dire qu’il avait une petite chance de s’en sortir. Mais la traduction réelle, en terme de sens, de cette phrase, c’est l’effet inverse. Je traduirais par : il n’avait pas la moindre chance de s’en sortir…
Quelles critiques ?
Ha ha ha. LOL.
Tu veux die : quelle est mon attitude face à la critique en général ?

Aline👍

Syl : Face aux retours de lecture positifs ou négatifs

Aline👍

Syl : Tu t’en serts pour les autres écrits?

NJ : Ça peut m’arriver de me vexer. Par exemple, il y a une lectrice qui avait bien aimé « Sansalina », et qui m’a pourri par mail parce que j’avais publié une comédie. Son argument était : « alors, tu as besoin d’argent ? » Là, c’était le sous-entendu qui m’a blessé. Parce qu’on peut me reprocher des tas de trucs, mais pas d’être carriériste.
Heureusement, je suis assez confidentiel, comme auteur, alors on ne m’a pas défoncé trop.

Syl : Tu en prends note pour la suite ou peu importe

NJ : J’ai deux bouquins qui ont été vraiment mal perçus, ce sont mes deux romans jeunesse pour Hachette. Peut-être qu’il y avait une erreur de cible, ou alors je n’ai pas réussi à me fondre dans le moule, adopter les contraintes de l’éditeur et en faire quelque chose de personnel…
Non, c’est important de savoir si un livre marche ou pas.
Je ne veux pas dire « en librairie », parce que ça ne veut rien dire.

Geneviève et Syl👍

NJ : Mais comme je suis un auteur de genre, quand j’écris un livre, je m’engage auprès de mes lecteurs à ce que ce livre produise des sensations particulières.
D’où le changement d histoire et pour rester dans les écrits dans les mots
Un thriller, ça fait peur, un roman sentimental ça fait pleurer, un roman pornographique… je ne vais pas vous faire un dessin…
Bref, ça marche, ou ça ne marche pas. Et on est avide de le savoir.
Une comédie qui ne fait pas rire, c’est la cata.

Syl😆

NJ : Ah, dans mon cas, ça n’a strictement rien à voir !
Enfin, ça n’avait rien à voir.

Syl : Tu composes des chansons de jolis textes … 

quelle différence entre écrire  un roman et des chansons ?

NJ : Une chanson, c’est un mode d’expression intime, dans lequel je peux m’impliquer.
Un roman, est un récit, ce sont DES personnages, c’est une métaphore en marche, etc… Tout ça est assez loin de moi.
Mais dans un livre comme « La Maison », par exemple, comme le sujet s’y prêtait, et même : le sujet l’exigeait, j’ai distillé de petites choses intimes de ma propre enfance. Même si, je tiens à le rappeler, cette histoire n’est pas mon histoire.

Syl : Mince j’aurais pense l’inverse que  l’auteur pouvait se lâcher plus ds l’écrit qu’il pouvait se libérer  (delivrééééééé)

NJ : Mais il fallait que je m’implique un peu, pour changer.
Peut-être que je suis un cas particulier.
Disons que tout ce qui relève de l’autobiographie pour moi c’est compliqué.
En écrivant des chansons, j’ai pu aborder des sujets intimes : la mort de mon père, une séparation, etc… Parce que la poésie en général est une forme très métaphorique, où la réalité est déformée.
D’une certaine façon, je me suis caché derrière cette forme très métaphorique…

Syl : On peut dire pour toi plus difficile  d’écrire un roman plus d implication les chansons tu mets des sensations des mots sur les notes

NJ : Le charme de la chanson, c’est de parler de certaines choses sans en avoir l’air.
J’en ai écrites une ou deux auxquelles personne ne comprend rien.

Syl😆

NJ : Je ne suis pas sûr de les comprendre moi-même d’ailleurs

Syl : Tu pourrais écrire des poèmes ?

NJ : Je ne sais pas si l’un est plus difficile que l’autre. Il y a des moments difficiles dans chaque mode d’expression, et des moments de grâce. Ça m’est arrivé d’écrire une chanson en deux heures…
Et d’autres, ça m’a pris trois ou quatre ans.
Oui, je pense qu’une chanson, c’est d’abord un poème.
C’est une sous-catégorie de la poésie.
Mais prenez par exemple « La chanson du mal aimé » d’Apollinaire, ou The Raven de Poe, ça swingue de ouf.

Syl : Oui Nicolas  je voudrais savoir envisages-tu un autre roman noir?

NJ : D’ailleurs, j’ai adapté sans y changer une virgule, tout un extrait d’un bouquin de Stéphane Michaka : La Fille de Carnegie. Ça marche super bien. Enfin, moi je trouve que ça marche très bien.
Je viens de finir un Thriller.
Si ça plaît à Lilas, il devrait sortir… probablement chez Bragelonne.

Syl : Ahhh super info mais je pense que cela va être abordé lors de la GAV

NJ : Je vais essayer de me discipliner à partir de maintenant : un thriller, ou un roman noir, et une romance. À un rythme un peu plus régulier.
C’est la fin du suicide commercial. J’ai décidé de devenir bankable !
Ah on dira qu’on l a bien connu avant qu il ait la grosse tête. Pour cette 1ere GAV je voulais te parler de ton rapport aux mots dans tes différents domaines et faire le parallèle avec l’écriture de roman  je crois que nous avons bien bossé ? Qu en penses tu?

Aline et Ge👍

NJ : D’ailleurs, j’ai enfin compris la  différence entre le roman noir, le thriller et le roman policier. C’est un auteur que j’ai rencontré récemment, qui m’a dit : « Le thriller, c’est le point de vue de la victime, le roman noir, du criminel, et le policier, ben… du policier » Je trouve que ça marche pas mal. Et selon ces critères, mon prochain sera un thriller, un vrai.
Aline et Ge👍

NJ : Je pense qu’on a été formidable, comme d’habitude.
Mais c’est trop tard, j’ai DEJA la grosse tête, et c’est de votre faute !

Syl😍

Syl : Je te remercie pour ta sincérité du coup tu as droit à une pause

NJ : Hi hi. Merci. Bisous.

Syl : C était mon 1er interrogatoire nous aurions pu discourir encore …merci merci Nicolas et je prends note de lire Ketchum et je surveille ta prochaine GAV  des bises 😘

Geneviève : Bravo pour cette première GAV et cette première audition Dame Sylvie

NJ : Pour un coup d’essai, c’était un coup de maître. À bientôt.

Aline. Du coup… lundi matin ? Bises, les flingueuses.

NJ : C’est quand le prochain rendez-vous ? lundi avec Aline ? Ah mais non, elle était là ce matin,

Aline : Oui lundi avec moi Nicolas.

NJ : Ah si, lundi. OK. À très vite, alors.

Aline : Ensuite tu aura Oph lundi midi.

NJ : Et nous, c’est 06 h 30.

SYl : quelle heure lundi ?

Aline : Oui 06,30 h

Syl👍

NJ : Voilà.

Aline👍

Aline : Parfait. Bon repos jusqu’à lundi !

NJ : 😘

Ge : Oui reposez-vous, profitez de la coupure dominicale. Aussi je déclare maintenant Samedi 21 juillet à 12h02 la fin de la deuxième audition de la GAV de monsieur Nicolas Jaillet–

2 réflexions sur “La GAV : @Nicolas Jaillet sous le feu des flingueuses, 2e audition

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