Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand

Le livre : Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand. Paru le 19 juin 2017 aux Ed. du Caïman dans la collection Polar.13€ ;  (313 p.) ; 19 x 12 cm

Je servirai la liberté en silence

La veille du Festival International du Mime de Périgueux, son directeur artistique, Axel Blancard, est retrouvé sauvagement assassiné dans un jardin du centre-ville. Le monde artistique est en émoi et la police piétine. Il n’en fallait pas plus pour revigorer Gregorio Valmy, détective privé déprimé, en vacances dans la capitale périgourdine au moment des faits. Quelques discussions avec des érudits locaux et quelques rencontres insolites suffisent à l’enquêteur pour comprendre que cette affaire n’est pas banale. D’autant qu’Axel Blancard n’est autre que le petit-fils d’une des figures locales de la Résistance et frère du candidat socialiste à l’élection législative partielle : il n’en faut pas davantage pour qu’un passé douloureux ressurgisse…

L’auteur : Né en 1970 à Poitiers, Patrick Amand publie son premier polar en 2009. Passionné d’histoire il s’approprie ce genre littéraire pour évoquer des événements peu connus.
Humour et découvertes historiques caractérisent les aventures du détective Gregorio Valmy dont c’est ici la troisième après L’affaire du noyé de Poitiers et Gurs 10.39. Il est également directeur de la collection Noires nouvelles aux Éditions du Caïman qui compte deux titres : Omaha blues et autres nouvelles qu’il consacre au Débarquement de Normandie et Brigadistes !, recueil collectif de vingt auteurs et personnalités autour de la Guerre d’Espagne et des Brigades Internationales.
Extrait : 
« En fait ce sont les majuscules qui nous font chier. Tant qu’on nous laisse dans nos histoires avec « h » minuscule, nos trahisons avec « t » minuscule… Et aussi nos morts avec « m » minuscule, tout va bien pour tout le monde. Les majuscules sont posées par les clowns qui croient nous gouverner et qui pensent tirer les ficelles de la gigantesque farce qu’est le pouvoir. Mais le pouvoir, ce n’est pas une marionnette avec des fils même si c’est parfois Guignol à tous les étages. Tout ça pour la vitrine, pour faire rire et pleurer. En réalité le pouvoir c’est nous qui l’avons. »

La Kronik d’Eppy Fanny

JE SERVIRAI LA LIBERTE EN SILENCE DE PATRICK AMAND AUX EDITIONS DU CAIMAN

Je découvre cet auteur par ce livre qui est son troisième roman.

J’y fais la connaissance de son détective Grégorio Valmy originaire, comme l’auteur, de Poitiers.

L’histoire :

Grégorio Valmy, qui vient de se faire larguer par sa compagne, part se changer les idées chez son ami Jean-Paul Sitruc, journaliste au quotidien La Dordogne Libre et qui habite la jolie ville de Périgueux.

Jean-Paul doit couvrir pour son journal les festivités liées au Festival Mimos (festival international du Mime) et traîne avec lui Grégorio afin de lui changer les idées.

Notre détective croise une charmante Capitaine de Police qui lui fait bien vite oublier ses peines de cœur.

Jean-Paul étant occupé, et se refusant à laisser le déprimé seul, il le présente à son ami Laval

Palindrome, agrégé d’histoire, ancien professeur, devenu bouquiniste dans un cadre exceptionnel face à la superbe Cathédrale St Front.

Laval fait découvrir les produits régionaux d’exception au déprimé qui lui est confié et qui apprécie particulièrement les spécialités liquides de mon cher Périgord. Il faut dire que du Pécharmant, aux Bergerac, en passant par les Monbazillac il y a de quoi satisfaire tous les palais, même les plus exigeants.

Mais voilà qu’un meurtre est perpétré.

Axel Blancart, le conseiller artistique de Minos est la victime. Et du coup ça se complique car il est le frère de Simon Blancart. Simon est conseiller municipal de Razac S/L’Isle, commune voisine de Périgueux, et surtout candidat à l’élection partielle législative. De plus les frères sont les petits-fils d’une figure locale de la résistance. Et nous voilà replongés dans ce passé sombre et douloureux de notre histoire avec un grand H.

Ce meurtre donne l’occasion à Grégorio de revoir Claire St Martin, le Capitaine de Police qui lui a tapé dans l’œil et qui n’est pas insensible à son charme. Les voici qui enquêtent, chacun de leur côté, puis qui mutualisent leurs informations.

Grégorio, dans ses recherches, est aidé, en plus de Laval par des personnes rencontrées chez ce dernier : Léopold Turland, dit La Praline, anarchiste notoire, Léonce Carbona 92 hivers ex-résistant, ex-flic, la mémoire de ce passé qui ressurgit. Et Wlad, un polonais de passage plein de bonne volonté. Une sacrée équipe de pieds nickelés !

Saint-Martin pour sa part a deux fidèles lieutenants sur qui elle sait pouvoir s’appuyer : Levrault et Güleken, dits Teddy Ted et L’Apache.

L’enquête se complique encore un peu lorsque Simon Blancart disparaît à son tour.

Extrait p.149 – 150 : « La famille Blancart a un passif assez impressionnant dans l’histoire du Département. Les morts non naturelles du grand-père, du père et du fils interrogent. La thèse du tueur, le malfrat du coin, qui s’y prend à deux fois, on a du mal à y croire. Après la récupération d’une partie des archives familiales, Laval Palindrome pense qu’elles sont incomplètes. Ginette Blancart l’avait contacté quelques jours avant sa mort pour lui transmettre ces documents. Ce qu’il avait vu était plus consistant. »

Le meurtre, pour être compris et élucidé, va mettre en lumière des pages peu glorieuses de notre histoire. Plus particulièrement la période de fin de guerre et la sinistre BNA qui a tant fait souffrir le Périgord et dont mon Grand-père m’avait beaucoup parlé lorsque j’avais la chance de l’avoir encore.

Puis le meurtre élucidé, la raison d’Etat mettra un joli couvercle sur la vérité… Et présentera à la presse une version toute personnelle comme conclusion à l’affaire.

Ce roman nous replonge dans l’ambiance puante du 93 de la rue Lauriston. Nous permet de revoir à l’œuvre Henri Lafont et sa bande de voyous. De découvrir le parcours d’Alexandre Villaplane, qui de Capitaine de l’équipe de France de football est devenu l’un des pires collabos, membre actif de la BNA. La BNA (Brigade Nord-Africaine), créée par Lafont, est un ramassis de voyous de la pire espèce ayant rejoint la Gestapo pour leur enrichissement personnel. Ce roman nous fait découvrir les exactions commises en cette fin de guerre par cette troupe d’hommes sanguinaires et sans moral qui ont tué et torturé femmes, enfants et vieillards en plus des résistants.

Nous allons constater que le communisme très présent en France, et en particulier dans ce Périgord « rouge » surnommé la Petite Russie en 1944, inquiète et est sous surveillance.

Cette montée du communisme conduira le gouvernement français à lancer le 7 septembre 1950 l’opération « Boléro-Paprika » visant à arrêter les principaux dirigeants communistes espagnols établis en France et les communistes d’autres nationalités, membres supposés de la cinquième colonne.

Nous allons également découvrir, sans surprise, que les méchants ne sont pas tous punis et que l’Etat français, lorsque le nouvel ennemi est devenu de couleur rouge et que la paranoïa était à son comble pendant la guerre froide, en a recruté bon nombre.

Pour ma part j’ai découvert ce qu’étaient les réseaux Stay-behind *.

En revanche je dois avouer que j’ai eu du mal à rentrer dans ce roman. La période contemporaine du début, les descriptifs d’une ville que je connais par cœur, tout comme la Région, étaient pour moi trop longs je m’y perdais et m’y ennuyais. Je pense que c’est dû justement au fait que le roman se déroule « chez moi ».

En revanche j’ai été passionnée par toute la partie historique remarquablement documentée qui a fait écho à mes souvenirs personnels pour partie, mes deux grands-pères ayant vécu cette période, mes grand-mères également, qui ont pris des risques fous pour nourrir les maquisards qui se terraient dans les bois…

J’y ai également appris beaucoup sur cette période et ce qui en a découlé*.

Je vous suggère, à la lecture de ce roman qui mêle personnages fictifs et réalité, de pousser vos recherches personnelles. Des notes de l’auteur en fin de roman vous donnent de bonnes pistes à approfondir. Il y en a bcp d’autres lorsque l’on creuse.

Pour conclure, et c’est personnel, j’aurais préféré un roman purement historique. J’ai eu du mal à adhérer aux personnages contemporains du récit.

Mais comme toujours cet avis n’engage que moi et il me semble judicieux que vous vous fassiez le vôtre.

2 réflexions sur “Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand

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