La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 2

La violence dans le monde du polar et du roman noir.

La violence dans le monde du polar et du roman noir.

Episode 2, les interview croisées partie 1

Au printemps dernier, deux Flingueuses sont venues me trouver avec un projet un peu fou. Aline par qui tout est arrivé a d’abord tenu à me  présenter sommairement ce projet. J’avoue sur l’instant je n’ai pas compris grand chose. J’ai quand même noté dans un coin de ma mémoire que quelque chose se préparait sur le thème de la « violence dans le polar ».

Aline ayant aiguisé ma curiosité, j’ai dit:

– Banco, bien sur que je suis preneuse pour Collectif Polar. Belle idée, Miss Aline, mais je ne vois pas comment tu vas procéder.

– Ne t’inquiète pas Cheffe, je suis sur le coup avec Mamie Danièle

Et nos deux Flingueuses de revenir vers moi en me proposant une série de questions et des interviews croisés de différents auteurs de polar.

C’est seulement à se moment là que j’ai compris que l’idée avait germé suite à leurs échanges autour de la lecture commune du roman Les voleurs du temps de Corinne Martel

Alors je les ai laissait faire, intervenant le moins possible sauf si demande express.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la genèse de ce beau projet c’est ICI « La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 1″  Nos 2 Flingueuses vous en parlent mieux que moi ! Et en plus elles vous proposent une petite biographie de chacun de nos 4 auteurs

 Car… Au final, quatre auteurs donneront leur consentement pour ces interviews au long-court : Corrine Martel, il va de soi mais aussi Barbara Abel ainsi que Niko Tackian et Jacques Saussey.

La parité est respectée que les interrogatoires commencent :


Les interviews croisées

1ère partie.

Les Flingueuses : Pouvez-vous nous donner votre définition de la violence physique et/ou psychologique?

Corinne : La violence physique est peut-être la moins « lâche ». L’auteur  « assume » en laissant des traces. La violence psychologique est plus pernicieuse.  Il faut une espèce d’intelligence pour la pratiquer.

Barbara : La violence naît à partir du moment où quelqu’un se sent agressé. C’est ce qui provoque une blessure physique ou psychologique.

Niko : La violence est le moment où la réalité vous rattrape. Nous sommes tous équipés pour l’exercer. La violence des mots est bien plus répandue et souvent bien plus radicale.

Jacques : C’est le fait de se retrouver dans une situation où est menacée notre intégrité Peu importe son origine, la violence brise l’équilibre précaire de la sécurité. Elle est la porte d’entrée de l’angoisse, le déclic premier du roman noir.

Danièle et Aline : Pensez-vous que la violence provienne d’une société, d’un entourage qui l’engendre ou est-elle innée chacun la maintenant bridée ou non ?

Corinne : Comme le cancer, nous serions tous porteurs. Nous sommes tous le noir et la lumière, après il y a le parcours personnel qui amène d’un côté ou d’un autre, qui fait ressortir les couleurs dans le cœur.

Barbara : Je pense qu’elle provient du vécu du personnage, donc de la société ou de son entourage. Je n’ai pas vraiment de légitimité pour répondre à cette question, mais me dire qu’elle est innée me semble terriblement déprimant.

Niko : Elle provient principalement, pour moi, de notre entourage depuis nos premiers jours d’existence. Notre enfance, notre éducation, notre milieu, les rencontres que nous avons, ou pas, la chance de faire. Nous sommes le fruit de nos actions mais aussi des actions des autres. Mais il y a toujours moyen de changer…

Jacques : Je pense que la violence est l’un des premiers mécanismes automatiques de l’instant de survie, et qu’à ce titre nous en portons tous l’étincelle noire soigneusement enfermée au fond de nous. Si la société génère des situations conflictuelles entre les hommes, elle n’en est que le catalyseur. La vraie matière organique de la haine et du désir de nuire repose en nous, comme un terreau qui attend patiemment la petite graine de la colère pour lui insuffler la vie.

Aline et Danièle :  Vous est-il arrivé de faire l’expérience de la violence : la voir ou la subir ?

 

Corinne : la voir oui, la subir aussi, mon second roman est comme « un testament » pour moi, mais aussi pour tous ceux qui m’ont confié leurs maux. Un peu de violence physique, très peu, mais saupoudré d’énormément de violences psychologiques. Écorché vif depuis le premier jour. C’est comme un jeu de cartes, à la base nous avons tous des jeux différents et on n’y peut rien, après on pioche…Bonne ou mauvaise pioche et après on joue. Tapis ? Pour savoir mon jeu il faudra me le demander les yeux dans les yeux

Barbara : J’ai été agressée une fois dans la rue, par une femme complètement bourrée. Comme je refusais de répondre à ses provocations, elle s’en est prise physiquement à moi. Au début, je me suis sentie démunie, je n’ai pas l’habitude de me battre. J’ai fini par lui en coller une, je ne dis pas que je lui ai fait grand mal, mais du moins ma réaction l’a surprise et elle m’a foutu la paix. A la suite de cet épisode qui m’a tout de même chamboulée, j’ai pensé à prendre des cours de self défense. Et puis, finalement, j’ai peu à peu repris confiance en moi et je n’ai plus, à ce jour, pensé suivre de cours.

Niko : Avec mes parents et la manière déplorable dont ils ont géré leur divorce. Avec l’école et la manière dont elle cherche à vous déformer pour que vous puissiez rentrer dans le moule. Avec le monde du travail et la manière dont il érige des règles visant à vous rendre plus productif au dépit de vos propres aspirations. Avec la société dans laquelle je vis et ses innombrables conflits, inégalités, injustices.

Jacques : Lorsque l’étincelle noire s’allume, tout devient possible. Et pour chacun de nous. Les arts martiaux, notamment le Karaté, m’ont aidé à canaliser cette énergie destructrice et à l’apprivoiser.

Danièle et Aline : Avez-vous déjà eu du mal à écrire une scène de violence ? Laquelle et pourquoi ?

Corinne : Même si je ne devrais pas le dire : non, c’est me retenir qui est compliqué, parce qu’à bien regarder les informations, nos mots sont tellement en dessous de la réalité.

Barbara : En fait, en ne racontant rien, je sollicite leur (les lecteurs) propre imagination qui est souvent plus terrible que les mots que j’aurais pu utiliser pour décrire la scène

Niko : Pas du tout. Pour ce qui est de la violence physique, mes années de pratique sur les tatamis m’ont donné le sens de la douleur, des os qui se brisent, du goût du sang dans la bouche, de la peur, de la souffrance, du sentiment de domination ou au contraire d’être la victime… ça me sert énormément à rendre réel cette violence là. Pour ce qui est de la violence psychologique, elle se construit autour des personnages avec la nécessité de leur avoir donné une psychologie juste. C’est une violence plus technique.

Jacques : je n’aime pas particulièrement décrire l’acte en lui-même au moment où il se déroule. C’est la raison pour laquelle je me débrouille le plus souvent pour que le lecteur y assiste par procuration, soit en arrivant trop tard, soit parce que je coupe la narration à l’instant où cette scène va se déclencher

Aline et Danièle : Les garçons, vous avez des héros récurrents ce qui induit un « happy end » même s’ils sont bien abîmés. Avez-vous l’intention de tuer un héros ? Il n’est pas nécessaire de nous dire quand !

 

Corinne : Ah mais je n’ai pas de héros récurrents c’est justement en partant de ce constat qu’est né l’idée de Bébé 3.

Barbara : Je ne suis pas un garçon !

Niko : Je pourrais absolument tuer un personnage important mais il faudrait que ça ait un sens par rapport à l’histoire et surtout par rapport à la ligne de mes personnages.

Jacques: Ha ha ! Même sous la torture, je ne révélerai rien !

Voici pour les premières questions-réponses entre nos flingueuses et nos auteurs.

Des échanges assurément passionnants.

Je suis certaine que comme moi vous souhaitez connaitre la suite. Alors je vous donnes, nos protagonistes vous donnent rendez-vous après demain.

16 réflexions sur “La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 2

  1. très intéressant merci! Moi je pense que la violence (physique, morale, psychologique, des mots etc) est inné comme la colère est inné même si on bascule dans la criminalité par des facteurs comme éducation, classe sociale, pauvreté, autre motif, pulsions etc mais par ex un thème récurrent qui est la vengeance, je pense qu’on peut tous et toute chercher justice et vengeance quand on s’en prend à un de nos proches et quand la police ne fait rien par ex c’est beaucoup pour ça qu’on s’identifie, j’adore ce thème aussi et ça nous libère de nos frustrations aussi que ça soit en écrivant comme en lisant: faire d’une personne qu’on aime pas dans la vie et qu’on a envie d’étrangler un méchant d’une histoire en écrivant c’est libérateur de même pour les lecteurs et lectrices, on connait tous et toutes des personnes dans la vie comme sur le net qu’on a envie d’étrangler mais qu’on ne fait pas mais qu’on peut faire en fiction ^^ Et whaou je me reconnais dans les mots de Niko « Avec l’école et la manière dont elle cherche à vous déformer pour que vous puissiez rentrer dans le moule. Avec le monde du travail et la manière dont il érige des règles visant à vous rendre plus productif au dépit de vos propres aspirations. Avec la société dans laquelle je vis et ses innombrables conflits, inégalités, injustices. » Je suis totalement d’accord avec ça, je suis militante et tout ça me révolte! Je n’ai pas connu de situations de violences physiques heureusement, j’ai connu quelques remarques et violences psychologiques racistes, je fais attention étant une femme d’origine asiatique, je sais que je pourrai non seulement subir des agressions sexuelles, des viols (même si ça m’est pas arrivé mais je suis féministe) mais aussi du racisme et je suis militante pour un monde plus égalitaire envers les femmes, les minorités ethniques, les handicapés, les LGBT etc et je lutte contre le sexisme, le racisme, l’homophobie etc sinon j’ai répondu à la question je n’ai pas subi de violences physiques et pas vraiment de violences psychologiques non plus!

    Aimé par 1 personne

    • Merci Julie pour ce belle éclairage que tu nous apporte. Et bravo pour ton engagement vis à vis des minorités. Il est important que votre jeunesse, que vous les jeunes adultes vous soyez mobilisés afin de stopper toutes les dérives possibles de nos démocraties et faire en sorte que les idées nauséabondes ne prennent pas le pouvoir !

      J'aime

      • Exactement ^^ même niveau féministe et dénoncer le sexisme, la culture du viol etc, nous les jeunes on ose dénoncer ^^ on voit la différence avec les femmes plus âgées qui sont encore enracinés dans le sexisme et sont sexistes et ne voit pas le mal qu’on nous « importune » comme catherine deneuve xd elles ne savent ce que c’est que le harcèlement sexuel et le harcèlement de rue! Après j’ai vu aussi une femme youtubeuse jeune dans la vingtaine ou trentaine être sexiste aussi et qui fait des vidéos propagandes contre le féminisme et pour le conservatisme religieux et moi ça m’énerve car elle a déjà détourné le féminisme à des fins religieuses conservatismes et ça m’énerve qu’on fasse ça! Le plus paradoxal aussi avec la liberté d’expression c’est qu’on entend plus les trolls, les rageux, les machistes, les sexistes, les racistes etc (les oppresseurs donc) que les opprimés et on censure plus les opprimés avec une armée de trolls, machistes, sexistes etc contre nous qu’on devrait les censurer eux les trolls, les machistes, les sexistes, les racistes etc qui déversent leur haine sur internet alors qu’il y a des limites à la liberté d’expression dont l’incitation à la haine qui est interdit

        Aimé par 1 personne

        • Il ne faut pas faire de généralité, le sexiste nous gouverne depuis la nuits des temps. Et il est plus facile de dénoncer son harceleur ou violeur aujourd’hui sans passer pour une salope et une traînée ! Il faut continuer la bataille car même si la parole se libère, les mentalités elle ne change pas vraiment et la société non plus !

          J'aime

          • C’est un discours trop fataliste pour moi car moi je pense qu’on peut faire changer la société et les mentalités et on peut également déconstruire les clichés, préjugés sexistes qu’on a digéré malgré nous c’est faisable! C’est pas parce qu’une personne a fait des remarques sexistes sans remettre en question qu’elle est juste une personne sexiste, elle peut changer, tout le monde peut changer en se remettant en question, en remettant en question les préjugés et clichés qu’on a digéré etc

            Aimé par 1 personne

            • Tu as raison la militante que j’étais à laisser la place à une femme dépitée qui voir resurgir des pensées nauséabondes qu’elles croyait pourtant dépassées depuis longtemps et elle se dit que tous ces combats menés pour faire bouger les choses n’en pas tous étaient vains mais que chaque victoire est si fragile que d’un coup tout peut redevenir pire qu’avant !
              Et que chaque avancée telles que l’avortement ou encore le mariage pour tous peuvent du jour au lendemain être remis en question. Alors oui il y a une part de fatalisme car nos lignes n’avancent plus mais semblent à nouveau reculées. L’humanité est ainsi et mon bel humanisme avec elle c’est envolé ! Mais Julie, je reste vigilante et me remobilise au quotidien pour faire avancer les choses ! C’est pas à un vieux singe que l’on apprend à faire des grimaces !

              J'aime

              • Ok mais personnellement je suis jeune et même si à ma mort ces combats n’ont pas encore réussis je serai fière si après ma mort dans le futur que ça change même si j’aimerai voir ça avant ma mort aussi, je le sais que tout peut basculer du jour au lendemain pour avortement etc et au féminisme il y a des machistes, misogynes, sexistes qui ne veulent pas le monde changer et les femmes changer mais tu sais le plaisir qu’on peut se faire c’est d’informer, de parler, de se soutenir entre femmes etc parce qu’on entend plus les oppresseurs que les opprimés qui en plus utilisent la liberté d’expression et la loi contre la diffamation pour jouer contre nous en nous attaquant, en nous diffamant etc mais on peut être courageuse et malgré tout ça ne pas se laisser faire comme Rokhaya Diallo qui malgré des personnes qui l’attaquent sur twitter, dont des personnes ont voulu la censurer en ne donnant pas de subvention à un festival féministe car elle allait venir mais elle ne s’est pas laissée et a eu gain de cause et a pu venir au festival c’est ce genre de femmes que j’admire ^^ après je comprends qu’en vieillissant on devient fataliste mais du moment qu’en vieillissant on ne devient pas aigri, méprisant, arrogant car c’est tout ce que je déteste et tout ce que je ne veux pas devenir!

                Aimé par 1 personne

              • Ce n’est que le début du féminisme par ex car les générations de femmes d’avant n’ont pas osé parler et les générations d’avant n’avaient pas internet non plus, ni les réseaux sociaux dont on peut s’exprimer plus facilement dessus! Et même concernant le racisme, les minorités osent parler maintenant contrairement à avant et osent dénoncer et pareil pour les LGBT qui ont gagné le mariage pour tous alors que c’était pas gagné et le mariage pour tous est assez récent donc tout ça ne fait que commencer

                Aimé par 1 personne

          • Par ex, la notion de consentement sexuel avant on en parlait pas alors qu’on commence à en parler et dans le féminisme on en parle comme il y a aussi le viol marital et conjugal qui est encore tabou mais qu’on connait et on en parle doucement alors qu’avant on banalisait ça comme il y a aussi la culture du viol à déconstruire non c’est pas la faute de la victime, comme il y a aussi la notion de harcèlement sexuel et harcèlement de rue dont on parle avant alors qu’avant on en parlait pas etc etc donc oui il y a des femmes sexistes qui ont grandi avec le sexisme de façon « normal » sans remettre ça en question comme « le droit d’importuner » dont des femmes âgées ont fait une pétition et ne savent absolument ce que c’est que le harcèlement sexuel et harcèlement de rue! On peut faire changer les mentalités en informant, en parlant, en dénonçant, en remettant en question le système, la société dans laquelle on vit! Et avant les femmes egyptiennes et celtes avaient les mêmes droits et pouvoirs que les hommes mais ça leur a été enlevé donc c’est des droits qu’on nous a enlevé, comme la femme était sacralisée avant de devenir « inférieure » à cause de la société patriarcale, les règles étaient également sacralisées avant de devenir mal vu etc il y a un très bon livre féministe dont j’ai appris tout ça c’est « le mythe de la virilité » de olivia gonzalé

            J'aime

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s