La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3

La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3

La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3

Les interviews croisées 2e partie

Nous reprenons aujourd’hui la suite  de nos interviews croisées avec Barbara Abel, Corinne Martel. Jacques Saussey et Niko Tackian. 

Aline et Danièle ont passé à la question nos 4 auteurs.

Et ils se sont prêtés de bonnes grâces à ce jeu.

Pour connaitre la genèse de ce projet c’est Ici

Et pour avoir les premières questions/réponses c’est là.

Allez, place au second opus


 

Les Flingueuses : Pensez-vous que la violence fasse tourner le monde ?

 

Corinne : Elle n’est qu’un moyen déclencheur et non l’élément premier. Même la violence gratuite n’est pas si gratuite, elle exprime quelque chose.

Barbara : J’imagine que oui, d’une certaine manière. La violence, physique ou psychologique, est le résultat d’un rapport de force, donc à partir du moment où le pouvoir fait tourner le monde, la violence aussi, forcément.

Niko : La violence c’est toujours une solution de repli, quelque chose qui s’exerce car on est incapable de résoudre un conflit intérieur, car on a atteint ses propres limites, car on « lâche » la bride à nos pulsions animales. La violence nous rend toujours plus petit que l’on est.

Jacques : Les civilisations successives se sont bâties autour d’une escalade sans fin d’amours empoisonnés, de trahisons, de vols, de viols et d’assassinats. La mort de l’ennemi, de l’adversaire ou de l’être aimé, ou leur simple asservissement, nourrissent l’appétit insatiable d’un rapport de forces permanent entre les hommes. La violence est à la fois le carburant et le véhicule de l’humanité.

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Miss Aline et Niko Tackian

Danièle et Aline : Dans un polar la violence c’est un vecteur pour un message, une fin en soi, une figure de style incontournable ?

Corinne : Elle n’est pas pensée comme un scénario elle arrive parce que c’est l’évidence, mais pas pour une énigme mais pour une souffrance. Je ne commence pas un roman en me disant tiens lui je vais lui défoncer le crâne, c’est par la douleur intérieure des personnages, qu’ils partent en guerre ou pas, après il faut se donner la liberté de les laisser mener le combat.

Barbara : La violence dans un roman ne peut être qu’un vecteur pour faire avancer l’histoire. La violence gratuite n’a pas beaucoup d’intérêt, et certains auteurs qui se complaisent dans la violence passent souvent à côté de leur sujet.

Niko : La violence faisant partie de la vie et le polar étant un genre du réel, c’est un élément obligatoire de la palette, ce n’est jamais le moteur d’un récit pour moi, en tout cas pas consciemment.

Jacques : Je ne la programme pas, pas plus que mes scènes d’amour. Elle doit venir d’elle-même au fil du récit, comme dans la vraie vie. C’est en lui conservant cette fraîcheur que je peux la rendre vivante, palpable, crédible.

Aline et Danièle : Homme-femme, auteure-auteur, tous égaux devant/face à la violence ?

 

Corinne : La règle veut que l’homme frappe et la femme empoissonne.

Barbara : L’important, avant toute chose, est de justifier les actions des personnages, quelle que soit cette action et quel que soit le personnage. La violence doit donc être justifiée comme n’importe quelle autre action. L’écriture permet d’être subtile dans cette violence, plus qu’au cinéma, puisque c’est un art plus descriptif et qui autorise une plus grande introspection.

Niko : Dans la réalité les femmes sont les victimes de violences dans 80% des cas et la société est profondément injuste à leur égard sur bien des aspects. Ça se reflète forcément dans la fiction, ce n’est pas une figure de style. En ce qui me concerne, je ne réserve pas le monopole de la violence aux hommes, sur ce point comme sur tous les autres, nous sommes égaux.

Jacques : La violence fait au moins deux victimes à chaque fois qu’elle se manifeste. Celui ou celle qui la subit, et celui ou celle qui y a recours. Parce que l’emploi de la violence n’est pas anodin. Il laisse des traces. La culpabilité, le remords, la condamnation, le mépris, le rejet, la vengeance… Et si la force physique manque parfois aux dames, la nocivité de la pensée de destruction appartient bel et bien aux deux sexes.

Dany et Jacques Saussey

Danièle et Aline : Dans une scène de violence, vous êtes plutôt  victime ou agresseur ?

 

Corinne: Ils sont indissociables il n’y a pas de victime sans agresseur et inversement. Parfois on agresse à bon escient on rend la justice et le plaisir procuré est immense. Parfois la victime nous rappelle des souvenirs et on se perd en elle.

Barbara : Tout dépend des besoins de l’histoire. Là, c’est juste une question de mise en scène, suivant l’émotion que l’on veut susciter ou le point de vue par le biais duquel on veut raconter l’histoire.

Niko : Quand j’écris un criminel, je suis criminel dans ma tête, je résonne avec sa façon de voir le monde. Car lui ne se voit pas comme nous le voyons.

Jacques : Écrire la même scène selon les deux points de vue opposés. Cela apprend à se poser la bonne question quand on commence un chapitre. Par qui vais-je le faire raconter ? Tout dépend du sentiment dominant qu’on veut faire ressortir. La haine ? La peur ? La culpabilité ? La veulerie ? Choisir un thème d’ambiance, c’est ici choisir le narrateur…

Aline et Danièle : Le lecteur de polar,  vit-il par procuration une violence qui ne peut ou ne veut pas s’exprimer dans sa réalité ?

 

Corinne : Il s’agit peut-être tout simplement de plaisir, pas forcément de noirceur. Un lecteur qui aime lire un roman à l’eau de rose n’est pas forcément une âme en peine ou en manque.

Barbara : un lecteur m’a un jour dit qu’à la lecture de mes romans, qui sont toujours ancrés dans notre quotidien, il trouvait une certaine forme de satisfaction à assister à la déchéance des personnages car ça lui permettait de relativiser ses propres soucis. Est-ce du voyeurisme ? Je ne le pense pas.

Niko : Je n’en sais rien. Je suis déjà bien occupé à comprendre et définir les états émotionnels que me procure l’écriture, acte solitaire, pour réussir à analyser ceux des lecteurs ! Je pense qu’un livre est un voyage individuel pour chacun.

Jacques : Le voyeurisme est le regard d’une personne extérieure à une scène réelle qui la dérange et qui s’en repaît, consciemment ou non. Le lecteur, lui, est plutôt aspiré par une fascination morbide, à mon sens, hypnotique même parfois, quand le thème vient bousculer les repères moraux qui servent de rambarde contre l’innommable.

 

Voici la fin de ce 3e opus de notre série Violence dans le polar et le roman noir.

Nous retrouverons très vite Aline pour le clap de fin !

 

 

29 réflexions sur “La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3

  1. Très intéressant ce questionnement et ce rapport à la violence, intéressant aussi cette parité dans le choix des auteurs, bravo les filles pour ce travail et ce partage! J’attends la suite moi aussi!

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis totalement d’accord avec la réponse de barbara « La violence, physique ou psychologique, est le résultat d’un rapport de force, donc à partir du moment où le pouvoir fait tourner le monde, la violence aussi, forcément. » C’est exact. La violence est inhérente dans le polar car comme l’a dit Niko « La violence faisant partie de la vie et le polar étant un genre du réel, c’est un élément obligatoire de la palette » c’est exact aussi, le polar et le thriller reflète la réalité, le réel donc la violence est inhérente dans ces genres et la violence dans ces genres peut faire passer un message satirique de notre société pour dénoncer ça de notre société c’est ce que fait plus précisément les romans noirs également. Comme le dit Niko « Dans la réalité les femmes sont les victimes de violences dans 80% des cas et la société est profondément injuste à leur égard sur bien des aspects. » Et c’est exact aussi étant féministe, la majorité des victimes sont des femmes ou également des personnes gays, lesbiennes, ou des personnes handicapés ou des personnes grosses ou des personnes de couleur de peau différentes car ça reflète malheureusement la réalité, le féminisme n’est pas fini et ne fait que commencer, il faut faire changer les mentalités et le sexisme est enraciné depuis petits aussi en vivant dans une société patriarcale dont il y a également des femmes sexistes qui ont accepté ce sexisme, qui ont grandi avec, qui ont été imprégnées de ça et sont donc devenues sexistes comme il y a des hommes misogynes, machos, sexistes (je ne parle pas de tous les hommes) et c’est à cause de la société patriarcale dans laquelle on vit, notre société est également raciste dont la lutte contre le racisme n’est pas fini. Je suis d’accord avec Corinne « Ils sont indissociables il n’y a pas de victime sans agresseur et inversement. » Pour les lecteurs de polars et thrillers c’est à la fois de la curiosité malsaine comme comprendre le mal que font les psychopathes et à la fois cathartique en libérant aussi nos frustrations car qui n’a jamais eu envie d’étrangler une personne et de la tuer même si on ne le fait pas, on le pense et la fiction permet aussi de libérer nos frustrations et puis il ne faut pas avoir honte de l’avoir, on est tous et toutes sadiques qu’on soit auteurs/autrices comme lecteurs/lectrices qu’on aime savoir ce qu’il y a dans la tête d’un tueur ou qu’on a envie de tuer et d’étrangler des personnes qu’on connait et la curiosité est inné chez les humains qu’elle soit bonne ou malsaine c’est comme ça, on est comme ça, on naît comme ça c’est pour ça que j’ai pas honte de dire que je suis sadique, oui j’aime les thrillers et polars, oui j’aime en lire mais aussi en regarder en films et séries et j’en écris aussi (même si je les ai pas encore fini) et oui je suis sadique aussi en écrivant en aimant faire des personnes qui m’ont fait chier des méchants et méchantes en aimant les faire souffrir en fiction oui ça me libère

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