L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole

Le livre: L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole. Paru le 13 septembre 2018 aux éditions French Pulp. 18 euros; 410 pages,14x 21 cm.
 
4ème de couverture:
Rose Keller est au chômage depuis plus d’un mois. Elle est réduite, en ce dimanche de Pâques du 3 avril 1768, à mendier sur la Place des Victoires à Paris.
En acceptant de suivre, pour un écu, un jeune homme soigneusement habillé qui a besoin de quelqu’un pour un peu de ménage dans sa maison d’Arcueil, elle ne peut se douter qu’elle se dirige tout droit vers l’enfer.
Elle ne sait pas encore que l’homme qui vient de l’engager n’est autre que Donatien Alphonse François de Sade, celui qu’on surnommera  » le divin marquis « , qui lui fera subir les pires outrages imaginables.
L’auteur:  Ludovic Miserole est un auteur que l’Histoire et les personnages historiques fascine.
Avec un talent indéniable,il marie subtilement histoire et fiction pour mettre en scène un passé révolu. Auteur de Rosalie Lamorlière et de Zamor  il revient aujourd’hui avec le premier tome d’une trilogie consacrée au sulfureux Marquis de Sade.

 

 

Extrait:
« Tais toi malheureuse! Tu ne sais pas ce que tu dis.L’expérience te manque.Que me parles tu de remords? Peuvent-ils exister dans l’âme qui ne reconnaît de crime à rien? Je suis capable de toutes les débauches de l’esprit et je n’ai pas de coeur. Ce coeur n’existe pas. Ce n’est qu’un nom donné aux faiblesses de l’esprit. Tu vois, en te confessant à moi, tu ne crains donc pas mon courroux et tu te sentiras soulagée. Je t’écoute. Parle! Raconte moi les pires horreurs dont tu t’es rendue coupable. »

Le OFF de OPH

L’Affaire Rose Keller, un petit bijou de Ludovic Miserole dans un écrin made in French Pulp

Chronique d’une pierre précieuse…

L’affaire Rose Keller est une exo fiction, une fiction créée à partir d’éléments réels. Ici il s’agit donc bien d’un roman noir puisque l’Affaire Rose Keller est le premier évènement à avoir mis sur le devant de la scène le Marquis de Sade et ses pratiques très controversées.

Dimanche de Pâques du 03 avril 1768, Rose Keller, jeune veuve, est abordée dans les rues de Paris par un gentilhomme qui lui propose, contre rémunération, de venir faire du ménage dans l’une de ses demeures. La pauvresse, sans le sou, après avoir précisé ne pas avoir la cuisse légère, accepte sa proposition. Ce que ne sait « la douce Rose », c’est que cet homme recherche le plaisir dans les douleurs qu’il procure aux autres…

Ainsi commence ce roman passionnant.

J’ai été fascinée par ce livre et à plusieurs titres.

Ludovic a effectué, en amont de l’écriture, un travail de recherche colossal pour nous livrer cette histoire. Extraits de lettres originales, de rapports, plusieurs documents cités et retranscris étaient jusqu’alors dormants dans divers lieux d’archives (bibliothèque nationale de France, Archives départementales de Nanterre…) avant qu’il ne les exhume.

Dans la rédaction, il a su adapter son style et son écriture à l’époque pour nous transporter, sans DeLorean, en 1768, au cœur de cette affaire sulfureuse. L’écriture est soignée, travaillée, le vocabulaire particulièrement bien adapté sans pour autant que la lecture soit lourde ou indigeste. Bien au contraire, la plume est légère, délicate, ronde tout en donnant du rythme au récit. Une fois commencé, il m’a été difficile de lâcher cette lecture passionnante.

Les descriptions des tortures que Donatien Alphonse François de Sade fera subir à Rose sont décrites sans outrance, de manière juste, comme si nous étions les spectateurs de ces scènes sans pour autant être voyeurs. Les douleurs ressenties par Rose vrillent les entrailles et hérissent les poils. La manière dont la pauvre femme sera traitée après sa fuite est à vomir… Toutes ces émotions, celles que je vous décris, sont celles qu’a fait naître Ludovic.

J’ai découvert un Marquis de Sade philosophe. Si d’aucun ne retienne de cet homme que ses pratiques sexuelles et ses écrits sulfureux, beaucoup oublient que Sade était non seulement homme de lettres, mais aussi d’esprit. En racontant cette histoire, Ludovic a fait le choix de rester totalement objectif, de ne pas tenir compte de ses ressentis par rapport à cet homme. Il nous livre donc un Marquis, allergique à la religion et à tout dogme, qui développe à plusieurs reprises sa vision de la liberté et de ses idées, et j’avoue que je suis encore, une fois ma lecture achevée, pensive :

« Le bien ? Notion étrange qui varie non seulement d’un être à l’autre, mais également d’une civilisation à une autre. C’est dire le sérieux de la chose ! Ne me parlez pas de choses qui vous dépassent. Ce qui est bien pour vous ne l’est pas pour moi et ce qui est moral pour vous n’est que fadaise à mes yeux. Êtes-vous convaincue de ce que vous prêchez ? Avez-vous seulement vécu une infime partie de ce qu’on vous interdit ? Vous m’enfermerez peut-être, mais contrairement à vous, je suis libre. »

De sa femme amoureuse et soumise à sa belle-mère dominatrice et maîtresse femme ; de son valet à son oncle religieux, Ludovic nous décrit les personnes clefs de la vie du « Divin Marquis » et le rôle qu’ils ont tenu dans sa vie.

Il y a tellement de passages que je voudrais retranscrire pour vous faire comprendre à quel point il faut impérativement lire ce livre, à quel point c’est un bijou dans sa construction, sa rédaction, dans ce qu’il pousse à la réflexion. Non pas qu’il impose un changement des visions que chacun d’entre nous peut avoir sur le personnage de Sade, que ce soit celle d’un être abject ou d’un homme libéré de tout carcan jouissant sans honte de ce qu’il considère comme étant la liberté ; mais parce qu’il amène à la réflexion, parce qu’il dévoile un autre aspect de ce personnage ; parce qu’il met en lumière le pouvoir de l’argent, le pouvoir de ceux qui détiennent Pouvoir et Influence…

Vous l’avez compris, ce livre est pour moi un énorme coup de cœur. Le travail de Ludovic est remarquable et doit être remarqué. L’Affaire Rose Keller entre dans le trio de tête de mes dix coups de cœurs de l’année pour tout ce que je viens de vous décrire. Un bon roman ce n’est pas qu’une intrigue ou une histoire et des personnages, un bon roman vous fait ressentir, vous fascine, vous passionne, vous empêche d’ouvrir un autre roman en fin de lecture parce qu’il persiste à vivre dans votre esprit… J’ai terminé celui-ci il y a 24 heures, et ce soir encore je ne lirai pas…

13 réflexions sur “L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole

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