Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (1)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (1)

Une interview qui remet au centre l’essentiel de nos chers romans : les personnages.

Aujourd’hui donc voici quelques mots de « Philippe Lacroix », personnage central du roman « Des morts des vivants » de Frédéric Soulier.


Bonjour, c’est assez rare de pouvoir recevoir un personnage de roman. Pouvez-vous vous présenter ?

Je me nomme Philippe Lacroix, mais la plupart des gens m’appellent Pip. Mes potes me surnomment le Clou, rapport à ma silhouette. Ça leur est venu comme l’envie de chier, ce blaze. Quand on taquine le ballon, je reste planté sur le terrain, et comme j’ai pas de bras, juste deux moignons même pas coupés à la même longueur, ben je leur fais penser à un clou mal enfoncé. J’ai treize ans et je vis au Cratère, un camp de réfugiés situé en Sicile. En compagnie de 3000 autres réfugiés venus de toute l’Europe, on survit dans la crasse, la chaleur, la violence, la vermine, et comme si c’était déjà pas assez pénible, les Templiers nous mènent la vie dure. Avec mon père, mon trou du cul de frangin et ma sœur, nous attendons de pouvoir passer en Tunisie, où à ce qu’y paraît, c’est moins la chie-en-lit.

Quels sont vos traits de caractère prépondérants ?

T’en as des questions compliquées, técolle. J’suis un survivant, moi, c’est ça mon trait de caractère principal. J’avance un jour après l’autre. J’ai pas que ça à foutre de me poser des questions existentielles de petit bourgeois, je cherche pas à découvrir le trésor qui est en moi, je cherche juste à bouffer à ma faim. Tu as déjà croqué du rat, toi ? C’est toujours mieux que de brouter de l’herbe ou sucer des cailloux.

Vous êtes restés combien de temps dans la tête de votre créateur ?

J’y suis depuis qu’il a vu ces images terribles de « migrants » entassés sur des canots, qui cherchent à fuir la misère ou la guerre. Il s’est dit que ça pourrait être lui. Que sur les routes il y avait eu des Européens fuyant les exactions, y a pas si longtemps. La guerre, c’est comme les accidents de voiture ou le cancer, on se dit que ça arrive qu’aux autres, mais un jour ça vous tombe dessus, et tout ce à quoi vous pensez, c’est comment permettre à votre famille de survivre jusqu’au lendemain. Si vous êtes pas capable de comprendre ça, vous avez plus qu’à lire quelqu’un d’autre ou allumer Touche pas à mon poste pour recevoir votre dose quotidienne d’abrutissement.

A votre avis, il y a des parts de lui dans votre personnalité ?

Je crois savoir qu’il y a une part du boss (il aime bien que je l’appelle comme ça, ça le fait se sentir important) dans tous ses personnages principaux. Par exemple lui aussi il a un gros problème avec la religion. Parce que bon, comme vous le verrez si vous lisez Des morts des vivants, c’est que nous autres les gueux du Cratère, on est un peu coincés entre le marteau et l’enclume. Ou la croix et le croissant, si vous préférez. Et puis, lui aussi il est un peu obsédé par la mort, vous l’entendez pas vous ce décompte funeste ? Tic-tac-tic-tac… Le temps qu’il vous reste… Et puis l’injustice ça le révolte, tout comme moi. Comme il n’a pas les couilles de monter au front ou de s’engager dans de grandes causes humanitaires, et que les pétitions il pense que c’est juste un moyen de se donner bonne conscience, il écrit des livres. Ça lui sert de catharsis.

« Je cherche pas à découvrir le trésor qui est en moi, je cherche juste à bouffer à ma faim. Tu as déjà croqué du rat, toi ? C’est toujours mieux que de brouter de l’herbe ou sucer des cailloux. »

Il vous fait faire des trucs pas jojo dans le livre, lui en voulez-vous ?

C’est vrai. J’en suis vraiment pas fier. Surtout du plaisir que j’en ai tiré. Ça m’empêchera pas d’aller brûler en enfer, mais tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour. Et puis s’il m’avait pas fait faire toutes ces saloperies, vous vous seriez bien emmerdé, non ? Je suis pas un personnage de Marc Lévy… Je vis, je trébuche, je me raccroche aux branches. – Entre deux aventures, dès qu’il pose la plume, vous occupez comment votre temps libre ? Il semble que je n’arrive à exister que lorsqu’il prend la plume, c’est curieux. Dites-donc, ça commence à bien faire de me traiter de personnages. Vous en seriez pas un, vous, de personnage ? Qu’est-ce qui vous dit que vous vivez pas dans une simulation informatique ? Qu’est-ce qui me dit que Nick Gardel n’est pas le fruit d’une imagination supérieure ?

Si vous deviez poser une question à votre créateur, quelle serait-elle ?

Eh Soulier ! Oui, toi ! Tu m’as fait choper la gale, c’était vraiment indispensable ? Des jours, que j’ai passés à me gratter, du fion jusqu’aux aisselles que ça me démangeait ! C’est pas possible de torturer ses personnages comme ça. Par contre, les scènes de cul, tu aurais peut-être un peu plus développer, non ?…

En guise de conclusion, un petit mot pour ceux qui vont vous découvrir ?

Bon, si vous aimez les œuvres légères, écrites dans un français châtié, c’est pas la peine d’essayer. Y a rien de léger chez Soulier. Ce type est louuuuurd… Mais si vous voulez essayer quand même, personne ne pourra vous en empêcher.

36 réflexions sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (1)

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