Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (4)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Et si on leur donnait la parole 4 Ian Yerrul

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (4)

Bonjour, très honoré de vous rencontrer. J’ose à peine vous présenter… Ça vous dérange de le faire vous-même ?

Je m’appelle Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Je suis…enfin j’étais, avant que l’auteur n’en décide autrement… commissaire à la Criminelle d’Oulan Bator en Mongolie. Je peux difficilement en dire plus sur moi, l’auteur ne m’ayant donné ni âge, ni taille, ni poids, pas plus d’ailleurs que de couleur de cheveux, de peau ou des yeux. Ah si, j’ai des mains comme des enclumes et il s’en sert pas mal paraît-il pour me faire distribuer des baffes à ceux qui le méritent (selon lui !). Tout ce que je sais d’autre, c’est que je suis né dans une famille de nomades qui m’a confié dans ma jeunesse aux moines du Septième Monastère pour me donner une bonne éducation. Et m’enseigner l’art du combat des moines-guerriers de Shaolin…

Voilà qui forge un homme ! C’est là votre trait de caractère principal ?

De ma culture nomade, j’ai hérité une obstination qui frôle l’entêtement. Une endurance certaine à la douleur aussi. Et l’irrésistible force d’inertie des gens de la steppe. De ma vie à la ville et de mon métier de flic, je dois admettre que j’ai développé une rage intérieure qui peut devenir d’une violence destructrice quand elle explose en colères. Mais ce qui me maintient en vie, à travers mes obsessions et ma violence, c’est cette lutte intérieure permanente pour respecter malgré tout les traditions de ma culture nomade et les préceptes de l’enseignement Shaolin.

J’ai développé une rage intérieure qui peut devenir d’une violence destructrice quand elle explose en colères.

Comment devient-on le plus célèbre des enquêteurs mongols ? Vous êtes restés combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Je suis resté captif dans la tête de mon auteur pendant plus de vingt ans. Nous y étions si nombreux d’ailleurs ! Quelle promiscuité : des voyous, des ripoux, des victimes consentantes, des victimes innocentes. Toute cette perversion dans la tête d’un seul homme. J’espère pour lui que nous étions compartimentés dans la section criminelle de son âme. Sinon, quelle désespérance pour lui !  À l’époque je n’étais pas encore le commissaire mongol que je suis devenu par la suite. J’étais encore un vieux flic new-yorkais de Brooklyn, tout cabossé par la vie, du nom de Donnelli. Il m’avait créé pour une hypothétique et sombre histoire de flic vengeur qui pète les plombs. Puis un jour du mois d’août 2011, le 13 si je me souviens bien, l’auteur est descendu parmi nous et nous a tous rassemblés pour procéder à une sorte de casting pour un projet d’écriture avec la Mongolie comme décor. J’en avait tellement marre de me morfondre avec tous ces personnages avides de devenir des héros ou des héroïnes et qui se bouffaient le nez à longueur de journée que je me suis porté volontaire. En fait j’étais le seul et l’auteur n’a pas vraiment eu le choix. Il a même longtemps hésité je crois quand il m’a décrit la première fois déguisé en descendant de Gengis Khan…

À votre avis, il y a des parts de lui dans votre personnalité ?

Je dirais tous mes mauvais côtés. La rage, la colère, la violence, tout ce qu’il ne peut pas faire en bon citoyen bien policé qu’il est. Pour le reste, je doute qu’il ait le moindre respect pour nos traditions. Une certaine curiosité touristique peut-être. Mais ma force de caractère, ma détermination, ma sagesse Shaolin, comment voulez que cela vienne de lui ? S’il avait toutes ces qualités, il ne serait pas auteur de polar. Il serait volontaire dans une ONG ou prix Nobel de la paix, mais pas auteur de polar.

C’est pourtant bien lui qui est aux commandes. D’ailleurs, ne peut-il pas revendiquer la paternité de vos actions, bonnes ou mauvaises ?

Il ne m’a rien fait faire du tout. C’est du pipeau tout ça, et je lui ai échappé dès qu’il m’a créé. Si l’auteur, pour nous personnages, est comme votre Dieu créateur, vous devez alors comprendre que nous nous en sommes libérés autant que vous. Honnêtement, est-ce que vous osez encore faire endosser la responsabilité de toutes les vicissitudes de votre vie à votre créateur ? Eh bien c’est la même chose pour nous. Tout ce que j’ai fait dans cette trilogie, je l’ai voulu moi, au nom de mon libre arbitre, et peut m’importe s’il cherche aujourd’hui à s’en attribuer la paternité. Je revendique tout. J’assume tout. Et je lui laisse l’illusion d’en être l’instigateur.

C’est un juste retour des choses. Mais qu’en est-il de l’instant où il pose la plume ?

Je le hante, je m’immisce dans ses rêves, je le taraude pendant qu’il cherche à penser à autre chose. Je le torture de l’intérieur. J’instille mes idées au milieu de ses pensées. Je susurre des rebondissements à son oreille interne. Bref, je fais mon boulot de lobbyiste de personnage romanesque. Je lui impose des choix malgré lui, jusqu’à ce qu’il se réveille ou sorte de ses pensées avec le sentiment d’avoir subitement, lui, lui tout seul, l’auteur, trouvé une idée géniale.

Vous dites que vous lui susurrez à l’oreille. Aucune question à lui poser ?

Sais-tu à quel point je te hais d’avoir tué ceux que j’aimais tant ?

Merci Yeruldelgger. Je vous laisse le mot de la fin. Peut-être un message pour ceux qui vont vous découvrir ?

Lisez sa Trilogie Mongole, parce que c’est pour moi ma seule chance de survivre. Sans l’auteur, je peux continuer à exister, mais sans lecteur, je suis mort. Ne me tuez pas, lisez-moi

yeruldelgger Ian Manook

11 réflexions sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (4)

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s