Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? 10

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (10)

Je m’appelle Jean-Edouard, mais mes amis ont la gentillesse de m’appeler Jed. C’est pas facile tous les jours d’avoir un prénom qui paraît tombé d’une image pieuse coincée dans un missel. Techniquement, je n’ai pas vraiment d’âge défini mais si on m’évalue à une grosse trentaine d’années on ne doit pas tomber loin. Le pedigree est bon mais il a dû y avoir un cross-over dans la génétique. L’adultère ça brasse le patrimoine, même dans les bonnes familles… J’étais destiné au col en V Burlington et au missionnaire avec une Marie-Charlotte jupe plissée serre-tête, mais j’ai bifurqué… Là je zone entre deux eaux avec quelques plongées sous la surface de la légalité. Rien de bien méchant mais disons que ma prochaine confession risque de durer des plombes.

On pourrait parler de demi-mesure en somme. Ni vraiment bon, ni vraiment méchant. C’est là l’essentiel de vos traits de caractère ?

C’est réducteur, mais le raccourci amène à bon port… Certains vous diraient que je suis mou, nonchalant, fainéant même. C’est vrai que j’ai plutôt tendance à me laisser porter par le courant. Un truc qu’on ne m’enlèvera pas, c’est une certaine notion de la fidélité en amitié. C’est maintenant que je parle de mon aptitude olympique pour les emmerdements ? Parce que, même si je ne peux pas l’inscrire sur mon CV, je vous jure qu’elle force le respect.

Ça doit prendre un certain temps à imaginer une engeance pareille. Il lui a fallu combien de temps pour les compiler vos tracas à l’autre plumitif ?

Ce type est une arnaque vous savez… En gros, il bosse sur un truc et puis d’un coup, il y a une autre idée qui vient lui vriller l’encéphale et qui s’enracine. Vous savez quand je suis apparu ? À la base je suis né dans le bassin d’un bouillon de culture municipal, au milieu d’une longueur chlorée. Parce que l’autre, il brasse. Il fait le guignol avec un tuba, une paire de binocles imperméables et un néoprène moule-machin puis il brasse. Et puis ça fait son intéressant, ça fait le rigolo devant les autres. Il écrit un chapitre et il attend fébrile pour savoir ce que les copains en pensent. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans ce parking à crocheter une DS… La suite s’est enchaînée avec une facilité déconcertante, témoignage d’un esprit assurément ramolli par l’immersion.

Le gars est un habile mélange d’enflure et de ravi de la crèche. Un ours bipolaire en somme.

Si votre auteur n’a pas d’imagination, il a dû faire un copier/coller de sa personnalité, non ? Avouez-le, lui, c’est vous. Et inversement.

 Le gars est un habile mélange d’enflure et de ravi de la crèche. Un ours bipolaire en somme. Et puis, il aime ça les avanies et les saloperies anticléricales. Je lui dois sans doute une grosse part de ce qui ressemble à de la liberté et finalement mon manque total de tact. Le gars perdrait son calbut pour un bon mot. Alors, il me fait mâchonner les phrases qu’il n’a pas le temps de dire dans la vraie vie. Je lui dois au moins ça. Je suis son décalage de répartie.

N’empêche, il vous gâte côté malhonnête dans le roman. Et puis vous n’avez pas exactement les bonnes fréquentations… Vous lui en voulez ?

 C’est plutôt moi qui subit. Alors forcément je lui en veux. Ce gars est persuadé que le réalisme passe par le fait que j’en prenne plein la tronche. Mais il me réserve quand même de belles rencontres.

La vie d’un personnage, ça laisse du temps libre entre deux baffes dans la gueule ?

 Au départ, je devais juste sombrer dans l’oubli. J’étais un ovni dans son parcours. Mais pour ça aussi il n’a pas été capable de s’y tenir. Alors, j’ai bientôt droit à un nouveau tour de manège pour tenter de chopper la queue du Mickey. Et puis, j’ai un alter ego, un gars plus sombre qui pourrait quasiment être mon frangin. Peut-être que vous l’aurez au micro un jour. Alors on se sent moins seul pour le coup.

Vous dialoguez avec le sieur Gardel ? Profitez-en, la maison vous offre une tribune, je suis sûr qu’une question vous brûle les lèvres.

 De base je tenterai d’élucider cette propension qu’il a à me faire tomber sur des roubignoles qui flottent au vent. Parce que les génitoires en étendard, j’en côtoie quelques paires dans le bazar qu’il appelle un bouquin. Il doit y avoir du Freudien là-dessous.

J’ai cru comprendre que vous alliez revenir dans d’autres aventures, j’imagine que vous avez quand même un message à passer auprès des gens qui vont vous découvrir.

 Je leur dirais qu’il ne faut pas vous formaliser. C’est pour rire tout ça. Si le type Gardel pouvait se mettre sur une table pliante à l’entrée d’une gare avec sa pile de brochés, vous le verriez le sourire en banane ! Le gars aime les amitiés viriles à la Ventura et les adjectifs qualificatifs surnuméraires. Alors, emportez-moi dans un sleeping et laissez-vous bercer par le ronflement des essieux et des phrases. Il n’en demande pas plus. Et, forcément, moi non plus…

4 réflexions sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? 10

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