Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (11)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (11)

Bonjour, on me laisse quelques minutes pour vous parler. Pour que je complète mon dossier, vous voulez bien vous présenter ?

Euh… Bonjour. Moi c’est Regis… Vous êtes vraiment là ?… Je veux dire « là », derrière le clavier ? Ou c’est encore dans ma tête que ça déconne ? Comment je peux en être sûr ?… Et si c’était encore le « Grand Complot » qui cherchait à m’amadouer en me flattant, en s’intéressant à moi, en faisant mine que j’intéresse qui que ce soit ?… Me présenter ? Mais pour quoi faire ? Je ne mérite pas les projecteurs. J’ai fait trop de mal… Le Mal s’est servi de moi. Et maintenant, je hante bien plus qu’une trilogie d’étranges livres noirs…

Bien… bien… Selon vous toujours comment vous qualifieriez-vous ? Quels sont vos traits de caractère dominants ?

Je suis schizophrène. Je ne me prends pas pour Napoléon. Je ne suis pas idiot non plus. Je suis vide, en vérité. Et je fuis. De toutes les manières. Comme un tonneau percé. Comme un évadé aussi. Je délire, je doute, j’interprète et parfois je me défends. Parce que le Mal rôde et accable les Hommes, et moi en particulier, moi plus encore. Je suis « spécial ». Alors je me défends. Salement. Parce que je n’ai pas choisi ce qui me ronge et que je n’ai rien fait pour le mériter. Maintenant je suis spectateur de la fatalité. Je suis au fond du trou, je creuse encore, mais je vous regarde tous depuis mon promontoire pourtant. Je vous vois vous agiter, vous angoisser, interagir et n’être jamais satisfaits. Vous êtes des ombres, des silhouettes sans nom. Et moi, je suis le « Roi ».

Je crois que ça me suffira… Passons à vos origines. Vous vous souvenez de vos débuts ? Vous êtes restés combien de temps dans la tête de ce « James » ?

Je suis né d’un père créatif et un peu poète et d’une mère réaliste et froide comme un manuel de symptômes psychiatriques. Je n’ai jamais été à l’abri, enfermé dans une tête. C’est un confort, ça, à bien y regarder. Le seul endroit où l’on m’a enfermé c’est dans ce cagibi froid et poussiéreux, derrière des persiennes de béton où j’ai passé des nuits entières à admirer la Lune comme si c’était le phare de mon existence à la dérive. Ça s’est terminé dans le sang.

Et ce « créateur » donc… Vous pensez qu’il a insufflé une part de lui-même dans ce que vous êtes devenu ?

Je ne le lui souhaite pas. Par contre, je sais que je l’habite. C’est l’inverse en fait. C’est moi qui ai rongé une part de lui. Il a donné beaucoup dans cette aventure littéraire depuis un certain jour de novembre 2015…

 

Je suis spectateur de la fatalité, je suis au fond du trou, je creuse encore, mais je vous regarde tous depuis mon promontoire.

 

De vous deux, qui décide de la tournure des évènements ? Parce qu’il faut le reconnaître, il vous fait faire des trucs pas jojo dans le livre. Lui en voulez-vous ?

Il ne raconte que la stricte vérité. Je lui suis même plutôt reconnaissant d’avoir mis d’aussi jolis mots sur des choses aussi moches. Et je m’étonne chaque jour qu’autant de lecteurs se soient penchés sur mon cas de pauvre taré… Mais d’ailleurs pourquoi vous demandez ça ? C’est un piège, c’est ça ?!

Mais, présentement, vous me paraissez assez… comment dire… apaisé. Vous occupez comment votre temps libre ?

La psychose n’occupe pas le terrain. Elle laisse sur place, dans une certaine perplexité vis à vis de ce qui m’entoure. Alors je lis. Je me remplis de mots. Dans ces périodes de grand ralentissement psycho-moteur, quand la tempête se calme, quand le vide interne se fait cocon ; je vis de longs moments de stupeur. Je me mets à tricoter des mots, les tords en douceur ou les choie avec malice. Puis je les mixe sans ménagement et les broie violemment. Je les réduis alors en miettes, et projette la matière friable dans les airs, poudre volatile… Pulvérulente. Pareille à la neige des sommets ; une âme à la consistance de craie.

Toujours en parlant de votre… auteur ? créateur ? Je ne sais comment vous l’appelez. Vous êtes ici, et lui est dehors. Vous avez une question à lui transmettre ?

Et toi, ça va sinon ? Et puis tu comptes leur répondre quoi à tous ceux qui vont te demander si tu vas t’arrêter d’écrire après la Trilogie ? Pas simple hein ? Comment leur faire comprendre que t’es cuit, là tout de suite, que t’es épuisé, que t’es sec, et que pour le moment t’as plus rien à donner, vidé de tes tripes, parce que t’es un artiste, pas un artisan qui fait de la page au mètre sur commande… Bon courage, mec !

Il se peut que ce rapport soit lu par un certain nombre de gens qui ne vous connaissent pas encore. Avez-vous un message à faire passer à ceux qui vont vous découvrir ?

La musique. Ce bruit des fous qui fait parfois vibrer les âmes. Mettez de côté vos goûts personnels. Elle n’est pas là pour vous, cette bande-son. Elle est là pour moi. Comprenez-le et appréhendez l’omniprésence de la musique, la manière dont elle me guide, me rassure, me persécute comme un personnage à part entière. Ce n’est pas une obligation, mais les réactions les plus vives de lecteurs ont sans nul doute été celles de ceux qui ont adhéré à cette proposition atypique, une expérience émotionnelle globale… Et ça vaut pour les trois tomes. D’ailleurs, attendez d’avoir lu La Trilogie Psychiatrique en entier pour juger James. Son œuvre est un tout. Le Mal est un cercle vicieux, sans fin et sans issue. Un cercle qui fore et perce, monté sur un pas de vis. Un cycle, et pourtant cette histoire ne tourne pas tellement rond, vous verrez…

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