Papote d’auteur : 3 flingueuses étaient avec Isabelle Villain

Papote d’auteur : 3 flingueuses étaient avec Isabelle Villain

Maud a demandé une interview à Isabelle Villain que notre auteure a gentiment acceptée

Mais comme deux autres Flingueuses avait aussi lu son dernier polar, Maud leur a proposé de participer à cet entretien.

Ainsi Aline et Marc sont devenus les complices de Maud pour cette interview à bout portant d’Isabelle Villain autour de Mauvais Genre

Maud : Bonjour Isabelle Villain, merci d’avoir accepté notre invitation, je te présente Aline et Marc qui t’ont également lue. Le but est d’un peu mieux te connaître. Ne t’inquiètes pas, il ne s’agit pas d’un interrogatoire, pas besoin de témoins ou d’avocat.

Peux-tu nous parler un peu de toi, les lecteurs sont très curieux…

Bonjour à tous, merci pour votre invitation ! J’ai eu plusieurs vies. 15 ans d’événementiel et d’organisations de salons : Un job prenant et passionnant où l’on doit être disponible 20h sur 24. 10 ans à m’occuper de mon fils (une période qui a passé beaucoup trop vite à mon goût…) et enfin depuis 2010, l’écriture : une activité beaucoup plus solitaire, mais très excitante. J’avais toujours rêvé d’écrire pour mettre sur papier toutes les histoires que j’inventais, mais je ne pensais pas du tout en être capable. Je n’ai pas une grande confiance en moi pour tout dire… Un jour en vacances, mon mari et mon fils s’étaient inscrits pour passer leur diplôme de plongée, et c’est en les regardant arriver sur la plage que j’ai imaginé une intrigue criminelle en milieu sous-marin. L’histoire s’est installée, un peu comme un scénario, et je suis allée acheter un cahier. C’est ainsi que tout a commencé. Un peu sur un coup de tête.

Je suis une passionnée : une musicienne tout d’abord, j’ai joué pendant de très nombreuses années de la flûte traversière au conservatoire. J’ai appris grâce à mes parents à aimer l’opéra. Petite, je chantais devant la glace l’air de la Reine de la nuit dans « la Flûte enchantée » au désespoir de ma mère qui devait m’écouter. Mais je suis aussi une fan de rock et de blues : sans aucune hésitation Queen, Bowie, Peter Gabriel, Janis Joplin et Bob Dylan demeureront toujours au top. Et comme je suis très souple, je fais un grand écart musical avec Patrick Bruel !

Vivant à Paris, je profite beaucoup des théâtres, des cinémas, et spectacles en tous genres. J’adore la magie, les imitateurs, l’humour noir, la danse, les comédies musicales… Bref, tout ce qui peut me permettre de m’évader.

Aline : Que représente l’écriture pour vous ? C’est inventer des vies ? Vivre des vies par procurations ?

L’écriture pour moi, c’est avant tout imaginer des histoires, des personnages, des rebondissements. J’aime tracer des chemins et des fausses pistes, inciter le lecteur à les emprunter pour qu’à la fin, il réalise qu’il a fait fausse route. C’est une gymnastique vraiment intéressante et très grisante. Toutefois, même si je m’attache énormément à mes personnages, je n’ai absolument aucune envie de vivre leur vie. Beaucoup trop déprimante et dangereuse !

 Aline : Il y a beaucoup de dialogue dans votre texte. Pour moi c’est ce qui donne du rythme et ce qui rend le récit vivant. C’est une technique d’écriture ou là encore vous vous laissez porter ?

C’est une technique d’écriture. Pour moi un polar doit être vivant, cadencé, percutant. On ne doit jamais s’ennuyer, être toujours à la recherche d’indices, se poser tout un tas de questions. Les dialogues sont très importants pour parvenir à ce résultat. Je ne suis pas adepte des longues descriptions de paysages ou d’ambiance qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue et qui risquent de lasser le lecteur, ou pire de le perdre totalement. Pour décrire une ambiance, quelques mots bien choisis suffisent souvent.

Marc : Avez-vous travaillé avec un plan structuré, dès le début de l’écriture en sachant exactement où vous vouliez aller ? Ou au contraire comme certain, laisser l’histoire faire son chemin au fur et à mesure en avançant dans les chapitres ? 

Je suis plutôt du genre organisée. Comme j’invente en général toute l’histoire dans ma tête, la nuit, j’ai besoin de tout caler par la suite sur un cahier. Je place les éléments principaux, les meurtres, l’intervention de tel ou tel personnage, les rebondissements et la scène finale. Je rajoute des éléments secondaires, des anecdotes. Rien n’est figé à l’exception du thème, des victimes et de l’identité du meurtrier.

Maud : Mauvais Genre, le troisième volet d’une série du Commandant Rebecca de Lost. Tu peux nous en dire un peu plus ?

Je démarre toujours une histoire avec un sujet de société qui sera ma toile de fond. Le thème des transgenres n’est pas encore très développé. On commence à en parler, mais il y a encore du boulot pour faire admettre cette souffrance. Quand j’ai débuté mes recherches sur le sujet, j’ai appris que les transgenres étaient considérés avant 2010 comme des malades mentaux. Les troubles de l’identité de genre relevaient donc avant cette date des troubles psychiatriques. Le traitement : internement ou une bonne dose d’anxiolytiques… Et nous sommes le premier pays au monde à le reconnaître, c’est dire l’étendue du chantier…

C’est en regardant une émission sur la 5 qui s’appelait « devenir Il ou Elle » que l’idée m’est venue. Cette émission traitait du parcours laborieux et douloureux de quelques enfants, nés dans le mauvais corps. L’histoire d’Angélique a très rapidement pris forme dans ma tête ainsi que tous les personnages secondaires. Concernant le rôle du procédurier, il est primordial à la Crim’. J’ai fait beaucoup de recherches sur ce sujet toujours dans le souci de coller à la réalité. Un jour, j’ai rencontré sur un salon un lecteur qui était un flic de la BAC. Il était convaincu que je travaillais au 36. Un magnifique compliment !

Aline : Vos personnages sont profondément humains. Comment les travaillez-vous ? Vous vous laissez guider ou vous faites des fiches personnages pour bien cadrer le protagoniste ?

Le groupe de Rebecca est né en 2014. Au départ, je trouvais intéressante l’idée de mettre une femme au poste de commandant. J’ai imaginé Rebecca en regardant la série « Lost ». Après, j’ai constitué son groupe, effectivement en élaborant quelques fiches, principaux traits de caractère, physique, etc. Les personnages étaient au départ assez simples. Puis ils ont pris de l’épaisseur. Puis les failles sont apparues. Les blessures. Il est vrai que mes romans deviennent un peu plus noirs au fil du temps. Le gros avantage d’avoir des personnages récurrents, c’est justement de pouvoir les faire évoluer à notre goût, selon notre humeur. Un exercice très difficile à réaliser sur un seul roman, à moins d’écrire un pavé de 700 pages.

Marc : J’ai ressenti aussi une mise en avant des femmes dans ce roman (Ce n’est pas un reproche bien au contraire). Toutes les femmes du roman sont fortes, avec un caractère marqué. Est-ce une réelle volonté de votre part, où c’était inconscient ?

C’est totalement conscient ! Tout d’abord, il faut savoir que je ne suis pas du tout du genre ultra féministe, mais nous sommes très loin d’une équité hommes femmes dans le monde professionnel. En tant que femme, installer Rebecca comme chef de groupe était une évidence. Mélina, la dernière recrue a aussi un rôle de plus en plus crucial au fil des romans. Toutefois, il est important de noter que toutes ces femmes, même avec un caractère bien trempé, ont toutes des fêlures et des parts d’ombre. Dans « Mauvais genre », cette force et cette détermination ne vont malheureusement pas porter chance à tous les protagonistes de l’histoire…

Aline : D’où tirez-vous toutes les informations sur chaque job (le procédurier..) ? Vous avez intégré une équipe ou juste discuté ou fait des recherches ?

Pour l’écriture de « Peine capitale », j’avais décidé de proposer le manuscrit au prix du Quai des Orfèvres. Loin de moi l’idée de le remporter, mais parfois le jury envoie un courrier avec quelques commentaires et conseils. Ce fut le cas pour moi. Puis en réalisant un petit clip vidéo pour la promotion de « Peine capitale », j’ai fait la rencontre de l’un des photographes de la Crim’ qui se trouvait être aussi et surtout un procédurier. Ce métier m’a immédiatement intéressé, car il est unique en France. Les procéduriers n’existent qu’à la Crim’ parisienne. C’est un métier à part. Un élément clé dans un groupe. Un pivot. Une charnière. J’ai fait lire le manuscrit à cet homme puis nous avons beaucoup parlé de son job et de toutes les incohérences à éviter.

Aline : Le personnage d’Angélique (sans rien révéler aux futurs lecteurs), comment vous en est venue l’idée ? (parce que c’est plutôt culottée d’avoir créé ce personnage)

Une fois la toile de fond installée, je devais inventer une histoire. Le personnage d’Angélique est venu naturellement. Je voulais essayer de faire comprendre aux lecteurs le parcours laborieux de ces personnes, comment parviennent-elles à surmonter cette différence dans l’intimité, la réaction de leur famille, mais aussi celle de leur partenaire, de leurs collègues. Nous avons l’impression que nous sommes très ouverts, que le principal pour un homme ou une femme c’est d’être heureux dans son corps et dans sa tête, mais la réalité est toute autre. Tout est très compliqué. Leur vie est un véritable parcours du combattant : 60 % d’entre eux souffrent de dépression et 20 % ont déjà fait une tentative de suicide.

Maud : Tes plus belles joies en tant qu’auteur ? Tes « pires » moments ?

Mon pire moment est celui de l’attente. Je ne suis pas du tout sûre de moi et pour tout arranger, je suis une grande angoissée… Pour Mauvais genre, mon éditeur m’avait bien rassurée, mais j’avoue que lorsque toutes les chroniques ont commencé à tomber, j’ai enfin pu respirer !!!

Mes plus belles joies sont simples : pouvoir toucher la première fois son livre enfin édité, et évidemment lire les retours de lectures enthousiastes. C’est aussi la première fois que je travaille avec un éditeur qui a un distributeur, alors pouvoir découvrir son livre dans le rayon polar de sa Fnac à côté de Fred Vargas… C’était plutôt sympa !

Aline : Lors d’une GAV, un auteur a dit : « un bon auteur est un auteur qui souffre sinon il n’aurait rien à dire. ». Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord avec ça. Je sais qu’il y a beaucoup d’auteurs qui ont eu des vies compliquées et qui se sont servis de cette souffrance pour écrire, mais ce n’est pas mon cas, et je ne pense pas que la qualité d’une histoire et la qualité de l’écriture dépendent ni de son passé ni de ses blessures. En revanche, un auteur doit savoir encaisser les coups !

Maud : Après nous avoir parlé de toi en tant qu’auteure, peux-tu décrire la lectrice que tu es ?

Je lis beaucoup en vacances, au bord de la mer. À Paris, je partage mon temps l’après-midi entre l’écriture et un peu de lecture. Mais lorsque je tombe sur un super roman, je peux le dévorer en une journée. Mon genre de prédilection est le roman policier. Original :  Quand  je repère un écrivain qui me plaît, je peux lire toute son œuvre en quelques semaines. Cela a été le cas pour Pierre Lemaitre, bien avant qu’il ne reçoive le prix Goncourt, pour Karine Giebel, et pour Exbrayat (c’est grâce à lui que j’ai découvert le genre vers 13 ans). Avec ma tablette numérique, j’ai pu télécharger et relire des classiques : Dumas, Tolstoï, Agatha Christie.

Maud : Je vais terminer par une indiscrétion, un projet de roman ou autres ? Oui oui, là c’est lectrice impatiente que je suis qui s’exprime.

Je travaille sur la suite de « Mauvais genre ». J’ai trouvé le sujet et j’ai les enquêtes en tête. Il faut maintenant que je mette un peu le turbo.

Marc : Une dernière petite question. Songez-vous pour vos prochains livres, à poursuivre avec vos personnages récurrents (J’imagine, car va bien falloir qu’on attrape le malade avec son marteau), ou y a-t-il aussi des projets de « one shot » ?

Pour le moment, je reste très attachée au groupe de Rebecca. J’ai envie de les faire encore évoluer. Je ne suis pas prête à les abandonner. J’ai tout de même une petite idée qui me trotte dans la tête depuis quelque temps, mais qui va me demander un gros travail de recherches : j’aimerais me lancer dans le roman policier historique. Mais bon, chaque chose en son temps. Tout d’abord la suite et la fin du tueur au marteau !

Maud : Nous te remerciions de t’être gentiment rendue disponible afin de nous en apprendre un peu plus sur toi. Et nous te laissons, si tu le souhaites le mot de la fin :

Mauvais genre est un roman qui aime les femmes. Je conclurai par cette phrase d’Audiard : un gentleman c’est celui qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de geste.

Merci à vous !

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