Les Apéro littéraire de Caro


Les Apéro littéraire de Caro

by Marc

Mulhouse dimanche 19 janvier 2019, à 19 heures.

Nous sommes une trentaine de personnes à venir assister à un apéro littéraire organisé par Caroline Noël, du blog Carobookine. Nous sommes réunis dans la superbe librairie « Bisey », située Place de la réunion à Mulhouse.

Caroline est assistée de deux confrères de choc, Yvan Fauth qui tient le Blog Emotions, et de Hervé Weill qui tient le blog passion bouquins.

A tour de rôle ils nous parlent des lectures qu’ils ont aimées récemment. Et c’est avec un talent réel, et des mots simples qu’ils vous emportent dans le monde du livre abordé.

Pour ceux qui ne connaissent pas les émotions que peut nous apporter la lecture d’un livre, venez regarder le bonheur et les yeux brillants d’un lecteur, qui vient de fermer un bon livre. Ce bonheur je l’ai vu ce soir sur le visage de Caroline, Yvan et Hervé. Et le plus beau est peut-être dans le partage qu’ils font de ce bonheur. Mais ne nous égarons pas dans des digressions, qui nous mèneraient sur les chemins du hors sujet.

Si Carolines et Yvan parlent plus de livre récents, Hervé revient sur des livres plus anciens, et pour ma part je m’y retrouve, car j’aime alterner entre nouveautés et livres qui ont déjà quelques années.

Après la présentation de leurs lectures, les trois chroniqueurs nous annoncent une surprise, et nous avons le plaisir de découvrir qu’une auteure était cachée dans les spectateurs. Julie Ewa, jeune auteure alsacienne, vient nous présenter son nouveau livre. « Le gamin des ordures ».  C’est son troisième livre. Caroline, Yvan et Hervé ont lu le livre et nous en parle, puis c’est au tour de l’auteure nous parler de la genèse de son roman. Le livre sort fin janvier début février.

Juste avant de passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire l’apéro, Julie Ewa propose que toutes les personnes présentes mettent leur nom dans un sac, sur un morceau de papier pour effectuer un tirage au sort, afin qu’une personne puisse gagner le livre. Et j’étais au premier rang, je peux vous garantir qu’il n’y avait aucune triche, c’est l’auteur de ces quelques lignes qui a eu le bonheur de voir son nom sortir du sac. Je vais bien évidemment faire honneur à Julie en lisant et en faisant la chronique de son livre très rapidement.

Vivement la prochaine rencontre.

Vous pouvez lire Ici l’avis d’Ophélie sur le dernier polar de Julie EWA,

Le gamin des ordures 

Je me suis tue de Mathieu Menegaux


Le livre : Je me suis tue de Mathieu Menegaux.  Paru le 12 janvier 2017 aux Éditions, Points.  6€20 ; 400 p. ; 11 x18 cm.

Originellement Paru le 1er avril 2015 chez Grasset. 16€50 ; (190 p.) ; 21 x 13 cm

4ème de couverture :

Un dîner en ville. Au menu, nourriture bio, affaires et éducation des enfants. Claire s’ennuie et décide de rentrer seule à vélo. Elle ne le sait pas encore mais sa vie vient de basculer. Tour à tour victime puis criminelle, Claire échoue en prison et refuse obstinément de s’expliquer. À la veille de son jugement, elle se décide enfin à sortir de son mutisme…

 

 

L’auteur : Mathieu Menegaux est né en 1967. Il est l’auteur de Je me suis tue (Grasset, 2015 ; Points, 2017), primé aux Journées du Livre de Sablet, et de Un fils parfait (Grasset, 2017 ; Points, 2018), prix Claude Chabrol du roman noir, en cours d’adaptation pour la télévision. Et Est-ce ainsi que les hommes jugent ? (Grasset 2018). Avis rur  Je me suis tue « Un premier roman bouleversant qui se lit d’une traite. » Biba « Une tragédie moderne. » Philippe Vallet, France Info

 

 

 

Extrait :
« Toute ma vie pour cet instant ! Sa main sur la mienne posée, son sourire. Pouvoir le vivre, et le revivre, éternellement. Son émotion débordait. Il était intarissable, joyeux, excité, attentionné. Ses yeux pétillaient. Il redevenait un homme, enfin, et il en était fou de joie. Stérile disparaissait de son vocabulaire. Bouleversé. Tout a changé le jour où je t’ai donné la vie. Il était pris de vertige, perdu, ébahi devant cette perspective nouvelle. Je sentais son amour m’envahir et je jubilais au plus profond de moi : j’avais eu raison. J’avais raison. Quelle intuition, quel chef-d’œuvre, quel magnifique retournement de situation. Simple et limpide : cet enfant, c’était l’enfant d’Antoine, c’était notre bonheur, c’était la solution. Notre avenir prenait un tour enchanteur, et plus rien ne viendrait se mettre en travers de la belle histoire qui nous attendait. J’y croyais, dur comme fer. J’en étais persuadée, j’avais gagné. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Faire de chaque crise une opportunité, comme disent les manuels d’entreprise. Pauvre folle que j’étais. J’y croyais, ce soir-là, devant mon plat de pâtes. J’y ai cru, de toute mon âme.
C’est un beau roman c’est une belle histoire. »

 

 

Le ressenti de Jean-Paul

Je me suis tue de Mathieu Menegaux

Bonjour à toutes et à tous…

 Je me suis tue est le premier roman de Mathieu Menegaux.

Lecture d’une seule traite… Pas le choix, l’auteur y a bien veillé, impossible de le lâcher.

Texte court, percutant, efficace, froid et glaçant, certaines phrases relèvent même de la poésie. Et la musique, cette musique qui nous poursuit tout le long du récit mettant en évidence la solitude de Claire.

Comment et pourquoi la vie d’une femme peut-elle basculer ainsi d’un instant à l’autre ?

 Je me suis retrouvé dans la tête de Claire. J’étais Claire.

Dès le début on la sait coupable. Mais coupable de quoi ?

D’ailleurs finalement, l’est-elle vraiment ?

 L’écriture sans concession de Mathieu nous raconte l’histoire très dure d’une femme perdue, d’une femme qui s’est perdue, elle qui ne voulait que le bonheur de son mari. L’utilisation de la première personne du singulier prends tout son sens au fur et à mesure du récit et comme Claire, j’ai subit ses doutes et ses angoisses. Un final inévitable mais qui fait quand même mal, car un jour ou l’autre, nous avons tous été comme Claire, à faire des choix qui auraient été différents avec un peu plus de réflexions…

 Quelques notes et tous mes regrets,

Tous mes regrets de nous deux,

Sont au bout de mes doigts…

 Il serait dommage de passer à coté de ce petit bijou.

A lire absolument.

Karen Maitland à l’honneur # 19 ; Janvier 2019


Le dix-neuviène « Auteur à l’honneur » et premier de l’année 2019 est une auteure.

Et une auteure britannique qui plus est

C’est donc Karen Maitland que j’ai choisi de mettre en avant ce mois-ci.

Mais avant de vous expliquer pourquoi c’est Karen Maitland  qui poursuit cette nouvelle rubrique sur notre blog, je vous en rappelle le principe.

L’idée est que chaque mois, on se fasse découvrir un auteur qui nous tient à cœur. Étant tous des lecteurs d’horizons différents, cela permet aux uns et aux autres d’explorer d’autres univers qui nous tentent ! Pour participer, rien de plus simple :
  • une photo de l’auteur
  • une bref biographie de lui
  • Et enfin, deux ou trois livres que vous avez aimés et pourquoi !
Pour participer, vous n’avez plus qu’à me laisser un commentaire avec le lien vers votre article et je l’ajouterai au mien 🙂 Alors à vos claviers

Mais revenant à notre auteur à l’honneur Pourquoi Karen Maitland

J’ai eu la chance de rencontrer Karen Maitland lors du salon Poar à la plage au Havre il y a quelques années, j’avais alors lu son premier roman et j’étais tombé sous le charme, le charme de l’écriture et de l’histoire d’abord puis ensuite sous celui de notre auteure. Karen Maitland est véritable une femme charmante.
Par la suite j’ai eu la chance de la recevoir à la bibliothèque. Elle a charmée le public lors de notre table ronde.
Alors ça vous va comme explications ?

 

Karen Maitland à l’honneur # 19 ; Janvier 2019

Courte biographie

Karen Maitland, née en 1956 au Royaume-Uni, est une écrivain britannique, spécialisée dans le roman policier et le roman policier historique.

Comme les héros de ses livres, Karen Maitland vit dans le Norfolk en Angleterre. Elle fait des études en communication et obtient un doctorat en psycholinguistique. 1996 est l’année de la parution de son premier roman The White Room. Elle se lance ensuite dans l’écriture de trois romans policiers historiques : La Compagnie des menteursLes Âges sombresLa Malédiction du Norfolk publiés chez Sonatine Éditions. À la lecture de chacun de ses ouvrages, le lecteur est transporté dans un Moyen Âge d’un réalisme stupéfiant. Dressant le portrait d’un royaume dévasté par le retour des croisades, la querelle avec le Saint-Siège et l’imminence d’une guerre contre la France, Karen Maitland nous immerge littéralement dans cette Angleterre gothique où rites et superstitions sont omniprésents. Cette authenticité rare ajoute encore à une intrigue passionnante, faite de secrets, de trahisons et de multiples retournements.

 

Bibliographie

 

La compagnie des menteurs

Paru le 18 mars 2010 chez Sonatine

Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau

 

Réedité en poche chez Pocket le 1er septembre 2011 8€60 (665 p.) ; 18 x 11 cm
1348. La peste s’abat sur l’Angleterre. Rites païens, sacrifices rituels et religieux : tous les moyens sont bons pour tenter de conjurer le sort. Dans le pays en proie à la panique et à l’anarchie, un petit groupe de neuf parias réunis par le plus grand des hasards essaie de gagner le nord, afin d’échapper à la contagion.
Parmi eux, un vendeur de sainte reliques, un magicien, une jeune voyante, un conteur, une domestique, deux musiciens italiens, un peintre et sa femme enceinte. Neuf laissés pour compte qui fuient la peste, mais aussi un passé trouble.
Bientôt, l’un d’entre eux est retrouvé pendu, puis un autre noyé, un troisième démembré… Seraient-ils la proie d’un tueur plus impitoyable encore que l’épidémie ? Et si celui-ci se trouvait parmi eux ?
Toutes les apparences ne vont pas tarder à s’avérer trompeuses, et, avec la mort qui rôde de toutes parts, les survivants devront faire preuve d’une incroyable sagacité au milieu des secrets et des mensonges pour trouver le mobile des meurtres et résoudre l’énigme avant qu’il ne soit trop tard
.Avec cette formidable évocation du Moyen Âge, d’un réalisme stupéfiant, saluée comme un événement majeur dans le monde entier, Karen Maitland nous offre un roman qui captive et ensorcelle le lecteur jusqu’à l’incroyable coup de théâtre final. Rarement authenticité historique et sens de l’intrigue auront été conjugués avec un tel talent. Indispensable !
Après Le Nom de la rose d’Umberto Ecco. Après Le Cercle de la croix de Ian Pears,
La Compagnie des menteurs de Karen Maitland. 
Élu meilleur thriller historique de l’année par le New York Times.

Les âges sombres

Paru chez Sonatine le 16 mai 2012

traduit de l’anglais par Pierre Demarty

 

 réédité en poche chez Pocket le 4 septembre 2014.  8€95 ; (762 p.) ; 18 x 11 cm

 

Avec La Compagnie des menteurs, Karen Maitland a renouvelé le thriller historique. Avec Les Âges sombres, elle confirme sa maîtrise absolue du genre.

  1. Les habitants d’Ulewic, une petite cité isolée de l’est de l’Angleterre, sont sous le joug de leur seigneur et de l’Église, celle-ci ayant supplanté, depuis quelques années, le paganisme qui régnait dans la région. Non loin du village s’est installée une petite communauté chrétienne de femmes, des béguines originaires de Belgique. Sous l’autorité de sœur Martha, elles ont jusqu’alors été assez bien tolérées. Mais les choses commencent à changer. Le pays connaît en effet des saisons de plus en plus rigoureuses, les récoltes sont gâchées, les troupeaux dévastés et le besoin d’un bouc émissaire se fait sentir. Neuf hommes du village, dont on ignore l’identité, vont profiter de la tension qui commence à monter pour restaurer un ordre ancien et obscur. Renouant avec de terribles rites païens, usant de la terreur, du meurtre et de la superstition, ils vont s’en prendre aux béguines, qui devront les démasquer et élucider les secrets du village avant que la région ne soit mise à feu et à sang.

Avec cet ouvrage d’une intelligence et d’une érudition peu communes, Karen Maitland nous entraîne dans un Moyen-Âge d’un réalisme stupéfiant, sans jamais se départir d’un extraordinaire sens de l’intrigue et du suspense. Après La Compagnie des menteurs, élu meilleur livre de l’année par le New York Times et salué par une critique unanime, elle se hisse désormais au rang des grands maîtres du genre, aux côtés d’Umberto Eco ou de Iain Pears.

 

La malédiction du Norfolk

Paru le 18 septembre 2014 chez Sonatine

traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli

 

 

 réédité en poche chez Pocket le 3 septembre 2015.  8€95 ; (765 p.) ; 18 x 11 cm

 

Superstitions, rites, malédictions : bienvenue au Moyen Âge !
1208. Le pape Innocent III, en conflit avec le roi Jean, prononce un interdit sur tout le royaume d’Angleterre. Les églises et les cimetières sont fermés, le haut clergé quitte le pays, les prêtres ont défense de célébrer les offices ou de conférer les sacrements – ni confession, ni mariage, ni extrême-onction. S’ensuit un véritable chaos spirituel dans le royaume, en particulier chez les plus démunis, ceux pour qui la foi est le seul recours. C’est dans ce contexte particulièrement difficile qu’une jeune paysanne, Elena, est appelée au service du seigneur de Gastmere, dans le comté de Norfolk. Là, on l’oblige à s’adonner à un étrange rituel, celui des  » mangeurs de péchés « , consistant, en l’absence d’extrême-onction, à prendre sur sa conscience tous les péchés non expiés d’un mourant. Cette cérémonie va être le début d’une véritable descente aux enfers pour la jeune fille qui se retrouve bientôt accusée de meurtre. Son cauchemar ne fait que commencer…
Après La Compagnie des menteurs et Les Âges sombres, Karen Maitland nous propose un nouveau voyage dans un Moyen Âge d’un réalisme stupéfiant. Dressant le portrait d’un royaume dévasté par le retour des croisades, la querelle avec le Saint-Siège et l’imminence d’une guerre contre la France, elle nous immerge littéralement dans cette Angleterre gothique où rites et superstitions sont omniprésents. Cette authenticité rare ajoute encore à une intrigue passionnante, faite de secrets, de trahisons et de multiples retournements.

 

Voilà mes polardeux,  c’est peu dire que j’ai adoré cette série de roman policier historique.

J’attends avec impatience un prochain titre de Karen Maitland.

Et j’espère que vous aussi après, cette mise à l’honneur, vous aurez envie de découvrir et de lire ses romans.

Le gamin des ordures de Julie Ewa


Le livre: Le gamin des ordures de Julie Ewa, paru le 30 janvier 2019 aux éditions Albin Michel, collection spécial suspens; 416 pages;19,90 euros; format 14,5 x 3 x 22,5 cm
4eme de couverture :
Recroquevillés au fond d’une impasse où sont entreposées des bennes à ordures, deux enfants et un adulte tentent de s’abriter de la pluie. Lorsqu’elle les aperçoit, la jeune Lina leur apporte aussitôt de l’aide en leur procurant une tente.
Les Stanescu viennent de Roumanie. Le père a atterri ici, dans le nord de la France, avec ses enfants, Darius, neuf ans, et Cybèle, seize ans, espérant récupérer un peu d’argent pour rembourser sa dette au passeur.
Un destin tristement banal pour une famille Rom, à la merci des trafiquants en tout genre, qui bascule lorsque Darius et son père sont portés disparus. Alertée par Cybèle, Lina part à leur recherche avec l’aide de Thomas, un ami, remontant la piste périlleuse d’un réseau criminel aux ramifications puissantes.
Un suspense implacable et remarquablement documenté qui retrace le dangereux périple d’une famille Rom à travers l’Europe. Après Les Petites filles, Julie Ewa confirme sa singularité et se place parmi les jeunes voix du thriller français.

L’auteur Julie Ewa est née à Altkirch , le 16/06/1991.Auteure alsacienne, Julie Ewa est diplômée en philosophie à la faculté de Strasbourg. Elle oeuvre dans le domaine de la protection de l’enfance.
« Les petites filles » (2016) est son premier roman publié et reçoit le Prix des Lycéens Sang d’encre au Festival du Polar de Vienne. Elle publie aujourd’hui son second roman, Le gamin des ordures.

 

Extrait:
 » D’un pas volontairement lancinant, la Rmni se fondit à nouveau parmi les gadjé pour lui montrer l’exemple.Au lieu d’attendre que les passants viennent à elle, elle les interpellait ouvertement en brandissant son gobelet sous leur nez, sans se soucier des réactions virulentes qu’elle suscitait parfois.
« On finit par s’y faire… »
Non, Cybèle ne s’y ferait pas. Elle n’aurait pas la force de l’imiter! Depuis qu’elle avait commencé à mendier, chaque refus lui renvoyait l’image de sa propre médiocrité: le rien, le vide. […]
En les regardant, Cybèle éprouva le désagréable sentiment d’être complètement transparente: un mirage, un spectre, du vent… Pourquoi la fuyait-il comme la peste? Pensaient-ils qu’elle ne méritait par leur attention? »

Le OFF de OPH

Le gamin des ordures de Julie Ewa

Avec Le gamin des ordures , Julie Ewa nous emmène à la rencontre des Roms devant lesquels nous fermons si souvent les yeux… Qui sont-ils? Pourquoi viennent-ils en France? Que vivent-ils réellement? Au delà des clichés, des idées pré-conçues et au travers d’une intrigue criante de réalisme, la jeune auteur nous entraîne dans un roman écrit avec le cœur et l’âme.

Dans ce second roman de Julie Ewa, je retrouve sa plume caractéristique: des images chocs, des pointes d’humour, de la nervosité enrobée de douceur. Les chapitres sont courts et les 416 pages se lisent sans même que l’on s’en rende compte.

Les lieux et les références temporelles s’imbriquent les uns dans les autres sans pour autant nous faire perdre la chronologie des événements, contribuant à maintenir la tension narrative tout au long du roman.

Une fois encore, elle nous livre des personnages attachants qui nous font sourire, pleurer, qui nous touchent…

Mais ce qui marque le plus dans ce second roman, ce n’est pas l’intrigue, aussi bien menée soit-elle, ce n’est pas la forme, mais bien le travail de fond qu’a fait l’auteur et la passion qu’elle a mit dans l’écriture pour nous livrer cette histoire. Comme pour son précédent, Les petites filles, Julie se sert d’un roman pour nous faire entendre son cri.

Comme beaucoup, je détourne les yeux quand je vois des Roms. J’en ai une image négative, les a priori liés à mon métier, l’agressivité de certains, mais aussi et surtout cette capacité que nous avons tous à nous méfier de ce que nous ne connaissons pas.

Grâce à la plume de Julie, à l’histoire de Darius et de sa famille, mon regard a changé, je n’ai plus peur…

Bien que s’agissant d’un roman à suspens, Julie raconte les Roms, leur histoire, leurs us et coutumes, leur attachement à la famille, leur vision d’une France que les passeurs leur présentent comme un Eldorado pour s’engraisser sur le dos de leurs congénères. Elle revient sur leur arrivée plus massive en France depuis 2007 avec l’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union Européenne.

Roms, Tziganes, Manouches ou Gitans, plusieurs mots qui définissent une minorité ethnique sans pays, qui partage une origine commune et qui a évolué différemment selon les pays dans lesquels ils se sont installés.

Elle nous raconte la vie des Roms de Roumanie avant et après Ceausescu, le rejet des populations des pays dans lesquels ils vivent. Mal aimés, mis au banc des sociétés, l’Europe entière leur fait comprendre qu’ils sont des parias à nos yeux d’ « Hommes civilisés ».

Julie nous parle aussi de la mafia Roms, de ces individus qui par goût de l’argent et de la richesse, n’hésitent pas à exploiter les leurs, les enfants: réseau d’enfants voleurs ou encore de prostitution, partout l’argent corrompt l’humanité.

Enfin, l’intrigue se déroule en partie dans une ville du Nord, ne cherchez pas cette ville sur une carte, elle n’existe pas. Bugrassot pourrait être n’importe quelle ville de France…

Le gamin des ordures, une lecture qui marque et qui fait évoluer notre regard sur le monde…

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (17)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (17)

Bonjour, vous êtes le plus jeune personnage que j’ai reçu jusqu’à présent. Je vous laisse l’occasion de vous présenter.

Euh… oui. Je m’appelle Daniel Duffermier et je suis, ou plutôt j’étais, lycéen dans le lycée privé Saint Louis de Gonzague, à Bully-en-Yvelines.

Mettez-vous à l’aise, ça va bien se passer… Parlez-nous de vous. Votre caractère par exemple ?

Hum… Je sais pas trop. Je suppose que je suis un peu timide, réservé, discret. Je suis aussi un rêveur. Mais un rêveur réaliste, je sais que la vie n’est pas un conte de fées.

Dans le monde des personnages la jeunesse ne veut rien dire, vous êtes resté combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Pas si longtemps que ça, et en même temps un certain temps. Je lui suis venu assez vite et je suis évidemment resté très présent le temps qu’il écrive mon histoire. Et puis il m’a gardé dans un coin de sa tête quelques années, avant de faire les corrections et de sortir son roman.

Pour en revenir à votre personnalité, c’est la vôtre propre ou a-t-il calqué la sienne ? Je veux dire, il y a des parts de lui en vous ?

Probablement. J’ai lu quelque part que les écrivains s’inspiraient toujours un peu d’eux-mêmes pour créer leurs personnages. Mais pour tout vous dire, je ne le connais pas si bien que ça. Il faudrait lui poser la question directement.

Dans le livre, vos actions sont… comment dire… particulières ! Lui en voulez-vous ?

Vous voulez parler du fait que je tue mes camarades de classe ou de tout ce qui me conduit jusque-là ?

Pendant longtemps, je lui en ai voulu, oui. J’avais envie de lui demander pourquoi il me faisait subir tout ça, ce que je lui avais fait pour mériter un tel traitement. Mais, avec le recul, quand je vois les réactions des gens à mon histoire, je crois que je comprends un peu ce qu’il a essayé de faire. Ceci dit, j’aurais quand même préféré qu’il choisisse quelqu’un d’autre que moi…

 

Je dois admettre que la vie est quand même vachement plus simple quand elle est terminée.

 

La vie d’un personnage n’est pas un fil continu. Ça vous laisse du temps libre. Vous l’occupez comment ?

À l’époque où il écrivait sur moi, je passais le plus clair de mon temps libre à pleurer, maudire le monde ou le nez dans mon cahier, à expulser tous ces sentiments à travers des mots (il a d’ailleurs récupéré un certain nombre de pages pour son roman). J’ai aussi passé des heures à discuter avec Bruno, mon prof d’anglais, qui était là pour moi dans les moments difficiles. Maintenant que le roman est sorti, je profite de ma petite célébrité post-mortem. Je dois admettre que la vie est quand même vachement plus simple quand elle est terminée. Je peux enfin laisser de côté tous ceux qui m’ont fait du mal pour me concentrer sur les gens qui s’intéressent vraiment à moi.

Vous avez une question à lui poser ?

Vous voulez dire à part « pourquoi moi ? » Je crois que je lui demanderais s’il était obligé d’aller aussi loin. Mais en même temps je connais déjà la réponse. Et puis, très franchement, je suis passé à autre chose. C’est un autre avantage à être mort, on accepte vachement plus facilement la réalité.

Et pour les lecteurs qui vont apprendre à vous connaitre, vous voulez leur dire quelque chose ?

Euh… J’aimerais qu’ils gardent un esprit ouvert quand ils liront mon histoire et qu’ils ne m’oublient pas quand ils l’auront terminée.

La dernière chance – Abdelilah Hamdouchi


La dernière chance -Abdelilah HamdouchiLe livre : La dernière chance de Abdelilah Hamdouchi. Traduit de l’anglais par Valentine Leÿs. Paru le 27 septembre 2018 chez Nouveau Monde éditions dans la collection Roman Policier. 14€90; (181 p.) ; 19 x 13 cm

Quatrième de couverture

La dernière chance

Maroc, Casablanca. Othmane est soupçonné du meurtre de sa femme Sophia, poignardée dans leur chambre à coucher. Le jeune Marocain a tout du coupable idéal. Pauvre et au chômage, il s’est marié à cette riche Française de quarante ans son aînée. Et pour parachever le tableau il a une maîtresse, l’ancienne professeure de sport de Sophia. Une seule certitude : il est le suspect numéro 1 aux yeux d’une police brutale et expéditive. Du quartier huppé des expatriés aux ruelles suffocantes de la vieille ville, Othmane va entamer une véritable course contre le temps pour échapper à son destin. Un polar brûlant, témoin d’un système policier et judiciaire marocain qui, dans les années post-Hassan II, a encore du mal à tourner la page de ses heures les plus sombres.

Abdelilah HamdouchiL’auteur : Abdelilah Hamdouchi est l’un des premiers auteurs de romans policiers en langue arabe ainsi qu’un scénariste prolifigue et multiprimé. Déjà traduit en anglais, il est publié pour la première fois en France avec La Dernière Chance.

 

 

 

Extrait :
Lorsqu’il entra dans la chambre, elle écarta lentement la couverture qui la recouvrait. L’échancrure de son kimono laissait voir ses seins asséchés. Les traits de son visage semblaient figés, presque artificiels. Il lui tourna le dos pour se déshabiller. Il ne voulait pas qu’elle le regarde. Il se mit en condition en pensant fiévreusement au corps nu de Naïma. Si jamais Sophia s’apercevait qu’il ne parvenait pas à avoir une érection, la séance de torture serait deux fois pire. Elle lui demanderait ce qui n’allait pas, et elle ne le laisserait pas fermer l’œil tant qu’il n’aurait pas révélé tous ses sentiments les plus intimes. Il n’avait pas le choix : il fallait qu’il endure tout cela. Il devait tout faire pour éviter qu’elle ne soupçonne la répulsion qu’elle lui inspirait.

 

Le Post-it de la bibliothécaire, Véra

Othman est accusé du meurtre de sa femme, Sofia, une Française fortunée de quarante ans son aînée. La culpabilité du jeune homme, entretenu par son épouse qu’il trompait avec Naeema, une jeune et belle professeure de gym, semble évidente pour les forces de police marocaines.

Outresable de Hugh Howey


Le livre : Outresable de Hugh Howey. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thierry Arson. Paru le 2 janvier 2019 chez Actes Sud dans la collection Exofictions. 22€80 ; (336 p.) ; 22 x 14 cm
Présentation de l’éditeur : 
Depuis des siècles le sable a englouti le monde. Un autre s’est créé tant bien que mal parmi les dunes mouvantes, et les plongeurs des sables descendent à de grandes profondeurs pour remonter des ruines figées de l’ancien monde les trésors enfouis dont le troc permet la survie de tous à la surface. Ici, dans cette contrée constamment balayée par le vent, trois frères et une sœur se retrouvent loin les uns des autres. Leur père, qui appartenait à l’élite des plongeurs des sables, a disparu un jour sans aucune explication vers le No Man’s Land, en les abandonnant. Et leur monde semble s’apprêter à en faire autant. Bienvenue dans Outresable, le nouveau roman de Hugh Howey, l’auteur de la trilogie Silo.
L’auteur :  Hugh Howey est né en 1975. Il vit à bord de son catamaran, le Wayfinder. Traduite dans plus de quarante pays, sa trilogie Silo, parue en France chez Actes Sud, a connu un immense succès.
Extrait : 
1 La vallée des dunes
La lumière des étoiles les guidait à travers la vallée des dunes et les terres désolées du Nord. Une douzaine d’hommes avançait en file indienne, le foulard noué au cou et relevé pour protéger les narines et la bouche, dans les crissements du cuir et le claquement des fourreaux. Ils suivaient un chemin sinueux, mais s’ils étaient allés en ligne droite ils auraient dû gravir les monticules sableux et braver le plus fort des rafales de vent. Il y avait le chemin long et le chemin rude, et les brigands des déserts nord choisissaient rarement le chemin rude.
Palmer ruminait ses pensées en silence, tandis que les autres échangeaient des plaisanteries obscènes et des fanfaronnades sur tous les articles du butin qu’ils avaient obtenus. Son ami Hap marchait un peu en avant des autres, dans l’espoir de se faire bien voir des anciens. S’aventurer au cœur de ces terres désolées avec une bande de pillards était plus qu’imprudent, mais Palmer était un plongeur des sables. Il vivait en équilibre sur ce fil du rasoir entre la folie pure et le bon sens. Et puis, avec leurs barbes et leur puanteur corporelle, ces brigands payaient l’équivalent d’un mois pour deux jours de travail. Que représentaient une petite virée dans le désert et une plongée rapide, en comparaison d’un joli tas de pièces ?
La colonne de braillards contourna l’abri qu’offrait une dune au flanc abrupt et se retrouva en plein vent. Palmer ajusta les pans de son foulard et coinça le bord de l’étoffe sous ses lunettes. Le sable gifla de son crépitement le côté droit de son visage, lui indiquant qu’ils se dirigeaient plein nord. Il le savait sans avoir à consulter les étoiles, sans apercevoir les hauts sommets à l’ouest. Que les vents s’apaisent ou se mettent à souffler furieusement, leur provenance était aussi immuable que la course du soleil. Est-ouest, avec ce sable soulevé qui s’infiltrait dans les cheveux de Palmer, lui bouchait les oreilles, s’amassait pour former les courbes croissantes des dunes, et ensevelissait le monde sous mille mètres d’enfer.

 

Chronique de Lecteur : L’avis de Jean Luc

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Avec « Outresable« , Hugh Howey évoque une fois encore, un monde post-apocalyptique, et cela reste excellent !

En effet, une fois commencée cette histoire, il est difficile de s’arrêter et l’auteur nous emmène cette fois-ci, dans un monde englouti par les sables…

J’ai toujours eu du mal avec l’écriture de cet auteur, sans spoiler ce roman génial, les descriptions, en l’occurrence celle des scaphandres des sables et des embarcations qui sillonnent les déserts de sable sont un peu minimalistes et Il m’a été difficile d’appréhender leurs fonctionnements ou même d’imaginer leurs formes sans un minimum d’imagination.

En revanche, toutes les aventures liées aux différentes plongées sont prenantes et petit à petit, on rentre dans le monde particulier de cet auteur. L’auteur fait preuve de beaucoup d’imagination. Le monde qu’il nous dépeint est par moment onirique, tellement il est original, et surtout Hugh Howey est très fort dans ce type d’exercice !

J’ai aussi beaucoup aimé les différents personnages de ce roman, il y est question d’une famille déchirée confrontée à la survie dans un monde hostile dominé par les sables.., il y a de la violence, de l’émotion, et tous les ingrédients pour en faire une belle histoire.

Pour terminer, je me suis laissé porter par cette histoire, j’en suis même venu à regretter qu’elle n’a pas plus été développée, car pour moi, à l’instar de la trilogie « Silo », elle aurait mérité de plus de description et plus de profondeurs dans son traitement.

Mais quoiqu’il en soit « Outresable » avec son univers particulier est déjà une très belle réussite, et je ne peux que recommander sa lecture aux amateurs de SF ..

 

 

La 25ème Heure de Feldrik Rivat


La journée Fantastique, le nouveau rendez-vous de Collectif Polar : Chronique de Nuit.
Tout les 28 du mois, nous vous proposons de nous suivent dans de nouvelles aventures. Nous vous entraînerons dans un nouveau monde, celui de la SFFF.
Et oui nous vous proposerons nos lectures en science fiction, en fantasy, en fantastique ou encore nos lectures horrifiques.
La première à ouvrir le bal, c’est notre infernale Jumelle.
Voici donc…
La lecture fantastique de Maud.


Le livre : La 25ème Heure de Feldrik Rivat. Paru le 13 Novembre 2015 aux éditions De L’Homme Sans Nom. 18.00 euros. 400 pages. 21 x 2,8 x 14 cm

4ème de couverture :
Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grand frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale : les morts parlent ! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henry Lozé tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie de Sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme.

feldrik rivatL’auteur : Feldrik Rivat est né à Thonon-les-Bains en juin 1978. Suivant diverses explorations dans des domaines comme le théâtre, le dessin ou la sculpture, Feldrik Rivat est devenu archéologue et puise depuis dans les mondes anciens ses passions d’aujourd’hui. Après la trilogie de fantasy épique Les Kerns de l’oubli, l’auteur livre par ce texte un monde à mi-chemin entre histoire et imaginaire.

 

Extraits :

« Eudes Lacassagne n’aime pas l’animal humain. Il ne le comprend pas. Ses congénères, du reste, le lui rendent bien. Être craint par les petites et les grandes pègres de Paris et détesté par ses collègues suffit à le satisfaire. Le reste n’est qu’affaire de jalousie mal placée. C’est le prix de l’excellence et, sans doute un peu aussi, d’une maladresse chronique pour ce qui est d’entretenir des rapports humains.»

La journée Fantastique
des Lectures de Maud :

25eme h


 Première enquête pour Eudes et Louis, nouvellement arrivé à la Sûreté. Ils vont faire connaissance mais leur différence en terme de communication vont dans un premier temps les séparer. Eudes en effet ne s’exprime que peu et ne se voit pas former son collègue. Pourtant ils vont ensemble devoir faire face à de nombreux phénomènes inexpliqués.

De plus, la presse semble toujours être en avance sur leurs découvertes. Cela intrigue et exaspère Eudes au plus haut point, lui ayant une très forte opinion de lui-même ne supporte pas être ridiculisé ainsi. Revenons-en à l’intrigue en elle-même, ils enquêtent sur des morts. Normal me direz-vous pour des policiers mais là le soucis des agents c’est que se sont des morts enterrés qui disparaissent ou qui sont échangés. Pourquoi : plus ils vont faire de trouvailles et avoir l’impression d’avancer, plus le brouillard va s’épaissir autour de ce duo. De plus ils ont l’impression d’être épiés et en danger. De surprises en déconvenues, vont-ils arrive à résoudre cette énigme ?

L’auteur, que je découvre, grâce à ce volet, me rend très curieuse. Il va mélanger, enquêtes, croyances, en allant au-delà des convenances propres au XIXème siècles. Des personnages totalement opposés et atypiques dans leur genre, deux opposés en somme qui vont devoir s’habituer l’un à l’autre et s’unir dans l’adversité. Une histoire vivante qui ne manquera pas de vous surprendre !!!!

Pour ma part heureusement j’ai le second volet, Le Chrysanthème Noir qui m’attend gentiment.

Version lue : Broché

 

 

Mon ombre assassine – Estelle Tharreau


Aujourd’hui c’est double chronique avec 3 avis pour le prix d’un !

Ce matin c’est Daniele qui vous a offert sa chronique jubilatoire.

Ce soir c’est Aline et Fanny qui nous présente leur « Chronique Duo »


Le livre : Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau – Paru le 17/01/2019 aux éditions Taurnada  dans la collection Le tourbillon des mots –  9.99 € ; (260 pages) ; format 18 x 11 cm

 4ème de couverture :

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d’une femme manipulatrice et cynique.
Celle d’une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

 

 

 

L’auteur Estelle Tharreau, passionnée de littérature depuis l’adolescence, parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Ayant travaillé dans le secteur public et privé, elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

 

Extrait :
Le sort m’avait destinée à infliger la mort. Je ne savais pas quand. Je ne savais pas qui. Mais je savais que je tuerais encore, que je tuerais beaucoup et que je n’offrirais aucune occasion de m’arrêter. Je m’apprêtais à entamer une prédation méthodique. Le destin se chargerait de me désigner les proies.

 

 

Chronique duo Fanny Louise – Miss Aline.

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Mon ombre assassine, Estelle Tharreau

Editions Taurnada.

 

Miss Aline : Bonjour Fanny, c’est notre première papote sur un roman. Ravie de partager cela avec toi. Nous avons donc lu Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau. Est-ce ton premier roman de cette auteure ?

Fanny Louise : Bonjour Aline. Ravie de faire mon premier duo avec toi !! Oui c’est une découverte pour moi. Tu connaissais cette auteure ?

Miss Aline : Oui j’avais déjà côtoyé la plume de l’auteure dans son roman La boue dans la bouche. Où j’ai découvert son style, son écriture qui est particulière.

Fanny Louise : Ce type d’écriture n’est donc pas propre au roman que nous venons de lire. C’est son « style », donc ? C’est en effet assez particulier. Intéressant certes, mais il m’a fallu un peu de temps pour m’y faire.

Miss Aline : Je trouve qu’elle a une façon bien à elle de nous mettre hors du temps. Le livre, l’histoire t’absorbent. Qu’est-ce que tu entends, toi, par « style assez particulier » ?

Fanny Louise : D’un chapitre au suivant on passe d’une narration et d’un style à un autre. La construction même du roman est inédite, pour moi en tout cas. Je n’avais jamais lu un roman construit de manière aussi tranchée, avec un parti pris radicalement opposé d’un chapitre à l’autre sur toute la longueur de l’histoire. C’est déroutant au début, ce qui explique sans doute que j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire.

Miss Aline : Parlons justement de l’histoire. La 4ème de couverture nous livre le contenu. Je me suis demandée ce que l’auteure allait bien pouvoir nous raconter…vu que nous savons qui est la « méchante » ! Mais c’est justement cette 4ème qui en a beaucoup dit, qui m’a attirée.

Fanny Louise : C’est vrai que la 4ème de couverture donne le ton du roman, on sait d’entrée à qui on va avoir à faire. C’est suffisamment attirant pour que l’on ait envie de plonger dans l’histoire mais cela ne donne pas d’indices précis sur le contenu. J’aime quand un livre se présente sans trop se dévoiler et ici c’est parfait et assez malin.

Miss Aline : Toutefois pas simple de se mettre dans la tête (froide) d’une tueuse en série.

Fanny Louise : Pas simple en effet mais justement c’est sûrement voulu car à priori personne n’a envie de se mettre dans la peau d’un tueur froid. Enfin je l’espère… Quels sont tes sentiments à l’égard de cette « héroïne » ?

 

Miss Aline : L’auteure nous livre une analyse méthodique et presque froide de ce qui se passe dans la tête d’une tueuse. Elle nous montre tous les éléments : la petite enfance difficile et isolée, la peur de mourir, une mère absente (et plus), idem pour le père. Je n’ai pourtant pas d’empathie pour cette « héroïne ». Dés son plus jeune âge elle est dérangeante, elle met mal à l’aise.

Fanny Louise : En effet il est difficile d’avoir une quelconque empathie pour elle mais j’ai  quand même le sentiment que les éléments de sa vie d’enfant et d’adolescente sont là pour donner une certaine légitimité à tous ses crimes. Comme si l’auteure avait voulu lui trouver des excuses tout en décrivant quand même une personnalité froide et sans cœur. Cet aspect m’a dérouté. N’as-tu pas été gênée par le parti pris de l’auteur de donner des circonstances atténuantes à son héroïne de par ce récit de sa vie passée ?

Miss Aline : Pour moi, Estelle Tharreau n’a pas donné de circonstances atténuantes. Elle a énoncé ce qui a amené Nadège à être ainsi. Nadège ne cherche pas d’excuses à ses actes, elle assume.

Fanny Louise : Je perçois les choses différemment, pour moi la description des sévices qu’elle a subi donnent une forme de justification à ses actes. Elle est devenue ce qu’elle est de part son vécu. C’est pour moi l’origine de son mal. Elle n’est pas née « mauvaise », elle l’est devenue. Si l’auteure n’avait pas donné à son héroïne ce passé, l’horreur aurait été absolue, le personnage aurait été le mal incarné. Alors que là, le lecteur peut avoir deux lectures différentes : soit il considère que le passé est une circonstance atténuante, soit il considère que le passé n’est que le détonateur qui révèle la personnalité de l’héroïne. Nadège détaille ses actions de manière chirurgicale en expliquant précisément sa relation avec chacune de ses victimes. J’ai l’impression qu’elle essaye de se dédouaner de ses actes en rejetant la faute sur ses victimes.

Mon ressenti est que l’auteure a voulu justifier les actions de Nadège et c’est précisément l’élément qui a fait que j’ai eu du mal à me mettre dans l’histoire. Car il faut reconnaître que Nadège est vraiment un personnage qu’on déteste et qu’on a envie de voir disparaître mais dont on se dit quand même aussi : wahou quand même elle en a bavé !

Tu n’as eu aucune empathie par moment pour Nadège ?

Miss Aline : Je n’ai pas d’empathie pour la femme qui se confesse au cœur de ce roman. Elle pose sa vie sur la table de dissection. Elle s’observe, s’analyse. Même enfant elle a un côté glaçant. J’ajouterai que ceci n’explique pas cela. Un enfant battu ne devient pas forcément un parent qui bat à son tour. Nadège a fait des choix. Elle aurait pu en faire d’autres. Je suis toutefois d’accord avec les deux niveaux de lectures que tu évoques.

Je trouve que l’auteure sait parfaitement dépeindre le genre humain, créer une ambiance, une atmosphère.

Fanny Louise : Je suis d’accord. On est en tension, oppressé, on veut voir où l’histoire va aboutir. C’est un excellent « page turner ». C’est haletant à souhait. C’est très narratif mais très bien rythmé.

Au-delà, du cœur de l’histoire, c’est un livre très bien construit et le suspens y est présent de bout en bout.

Miss Aline : Estelle Tharreau est forte sur la profondeur humaine. Ses états d’âme, ses douleurs, ses espoirs et surtout sur sa capacité à faire le bien ou le mal. Avec ce roman, elle appuie le fait que l’on ne connait jamais véritablement la personne qui nous fait face.

Fanny Louise : je n’ai pas d’élément de comparaison avec ses précédents écrits, ne l’ayant jamais lu mais sur ce livre, je reconnais que ton analyse est juste. Le récit est très factuel et c’est sûrement ce qui m’a dérouté au début. Nadège est froide et du coup le roman l’est aussi car c’est nécessaire à la construction de l’histoire. Les personnages sont disséqués de façon chirurgicale. Pas de place aux sentiments, c’est pointu et précis. Sur ce point, bravo à l’auteure car cela donne beaucoup de profondeur au roman. On n’est pas dans une description de situation. On est dans l’analyse, on creuse, on va au fond des méandres du fonctionnement humain.

Miss Aline : Ne pouvant aller plus loin dans notre analyse sans spoiler, je te propose de conclure Fanny. Pour ma part, ayant déjà lu Estelle Tharreau, je confirme ma curiosité à suivre son évolution dans l’écriture. Car incontestablement : auteure à suivre !

Fanny Louise : En effet, difficile d’en dire plus sans trop dévoiler l’histoire. Je pense que je vais lire les précédents romans de l’auteure car j’ai vraiment bien aimé sa plume. C’est une jolie découverte pour moi. Merci Aline de m’avoir permis de réalise ce premier retour duo.

Miss Aline : Le plaisir fut partagé Fanny.

Nous tenons à remercier les Editions Taurnada pour ce SP confié aux flingueuses du Collectif Polar. Nous remercions également Estelle Tharreau pour nous avoir fait entrer dans son univers livresque.

Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau


Aujourd’hui c’est double chronique avec 3 avis pour le prix d’un !

Ce matin c’est Daniele qui nous offre sa chronique jubilatoire.

Ce soir ce sera le tour d’Aline et de Fanny de nous nous présenter leur

« Chronique Duo »


 

Le livre : Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau – Paru le 17/01/2019 aux éditions Taurnada  dans la collection Le tourbillon des mots –  9.99 € ; (260 pages) ; format 18 x 11 cm

 4ème de couverture :

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d’une femme manipulatrice et cynique.
Celle d’une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

 

 

 

L’auteur Estelle Tharreau, passionnée de littérature depuis l’adolescence, parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Ayant travaillé dans le secteur public et privé, elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

 

Extraits :
« Le sort m’avait destinée à infliger la mort. Je ne savais pas quand. Je ne savais pas qui. Mais je savais que je tuerais encore, que je tuerais beaucoup et que je n’offrirais aucune occasion de m’arrêter. Je m’apprêtais à entamer une prédation méthodique. Le destin se chargerait de me désigner les proies.
« Des heures durant, dans le noir de certains conteneurs ou wagons mal fermés, j’épiais l’abjection des actes qui s’opéraient parfois à quelques centimètres de ma rage et de mon couteau broyé entre mes doigts impatients.
Des actes brefs, automatiques, réalisés dans la saleté et la crasse. Des hommes réduits à leur pénis et à leurs pensées dantesques. Des filles à la passivité froide et aux gestes mécaniques. Prise dans le rythme bestial de ces mouvements de chairs corrompues, parfois mes yeux remontaient jusqu’à la gorge offerte de ces femelles rêvant de la leur trancher net pour punir leur capitulation et les effacer de ce monde.
Mais je devais me maîtriser. Une autre proie m’attendait. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Les constats : le nombre de femmes criminelles augmente, celui des tueuses en série aussi … phénomène récent. Le plus sur moyen d’échapper à la justice est de faire reconnaître comme victime, ainsi on peut considérer que le crime parfait existe….

Forte de cette constatation, Estelle Tharreau va confier la narration à Nadège, son héroïne qui sera le fil rouge de cette saga familiale, sur plusieurs décennies. Son récit chronologique est ponctué d’extraits d’auditions de l’instruction d’une enquête contemporaine, pour le meurtre d’un policier Fabien Bianchi …

Méticuleusement, l’auteure nous distille le parcours de celle qu’elle annonce d’emblée comme une tueuse réfléchie et calculatrice, manipulatrice et excellente comédienne s’il en est. Elle se présente comme la nouvelle Némésis, l’expression de la juste colère.

Excellent moment de lecture … le lecteur est pris à partie par le personnage

Crimes parfaits en cascade et art de la dissimulation au sommet de l’art.

Laurent Scalese fait dire à Samuel Moss dans Je l’ai fait pour toi :

« Première loi : le crime parfait existe.
Deuxième loi : le criminel parfait n’existe pas.
Troisième loi : l’enquêteur doit donc concentrer ses efforts non pas sur le crime, mais sur le criminel. »

Démonstration réussie !

J’avais lu Impasse en 2017, 2018 est assurément un très bon cru pour Estelle Tharreau qui tient toutes ses promesses.

Lu en version numérique. epub 5.99 €

 Extraits :
« En effet, de quoi se repaissent les crimes, selon vous ? Le crime prend irrémédiablement racine dans vos faiblesses, vos défauts, vos mauvaises habitudes petites ou grandes. Il s’en inspire, s’en nourrit jusqu’à les phagocyter et vous engloutir avec elles. »
« J’étais entrée dans le quotidien de la famille de ma victime. J’espérais qu’elle en criait d’effroi si le mystère de l’au-delà le permettait. J’espérais qu’elle frémissait chaque minute quand ma main criminelle se posait sur eux. Qu’elle endurait les mêmes tourments que ceux qu’elle m’avait infligés en voulant m’imposer cette gamine handicapée, ce monstre tout droit surgi de mon passé.»
« …les criminels ne naissent pas ex nihilo. Que la société et chaque élément qui la compose ont leur part de responsabilité, grande ou petite. Que notre indifférence, nos négligences, qu’à chaque fois que nous détournons les yeux d’un enfant ou d’une personne en détresse, nous participons peut-être à la création d’une bombe en devenir.»