Kawa Littéraire, spécial premiers romans # 6

Il y a fort longtemps que je ne vous ai pas parlé de mon Kawa Littéraire.

Depuis le mois de mars dernier.

10 mois sans Kawa alors qu’il y en a eu une par mois depuis le printemps dernier.

10 kawas à rattraper ça va vous en faire pas mal d’un coup !

Surtout qu’à chaque rencontre je fais le plein, des aficionados mais aussi à chaque fois 1 ou 2  lectrices supplémentaires qui viennent se joindre à nous.

Aussi autours du noyau dur, nous avons construit une belle communautés de lectrices.

 

Aussi au mois de mars derniers avant nous amorcé un nouveau chapitre pour notre cercle de lecteur mais aussi pour l’équipe de la bibliothèque. (Mais ça je vous en reparlerai bientôt). Donc en ce moi de mars 2017, j’ai proposé à mes lectrices pour une fois de se taire et d’écouter d’autre lectrice leur présenter 10 titres très spéciaux !

En effet…

Lors du KAWA littéraire du 03 mars 2018, nous avons accueillis deux bibliothécaires de la bibliothèque  Marguerite Audoux, Christine et Françoise ainsi que deux lectrices, Josiane et Frédérique  venues nous présenter 10 romans. Les 10 romans finaliste du prix du premier roman des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris.

 La bibliothèque Audoux participe depuis une dizaine d’année à la mise en avant des premiers romans au sein des bibliothèques de la ville de Paris et cette année elle participe tout naturellement au 1er prix des lecteurs de nos bibliothèque, un premier prix du premier roman.  Josiane et Frédérique étant elle membres du jury,pour ce prix du premier roman des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris.

Successivement, elles nous ont présenté avec enthousiasme et discernement les 10 titres concourant.

 

 

BIBLIOGRAPHIE
Les 10 titres concourant au Prix du premier roman des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris viennent d’être sélectionnés !
Jean-Baptiste Andrea : Ma reine (L’Iconoclaste, 2017)
Clarence Boulay : Tristan (Sabine Wespieser, 2018)
Olivier Chantraine : Un élément perturbateur (Gallimard, 2017)
Yves Flank : Transport (L’Antilope, 2017)
Violaine Huisman : Fugitive parce que reine (Gallimard, 2018)
David Lopez : Fief (Seuil, 2017)
Marion Messina : Faux départ (Le Dilettante, 2017)
Guillaume Poix : Les Fils conducteurs (Gallimard, 2017)
Marie Richeux : Climats de France (Sabine Wespieser, 2017)
Pierre Souchon : Encore vivant (Rouergue, 2017)

 

Olivier Chantraine : Un élément perturbateur

Un élément perturbateur

Serge Horowitz est hostile à toute forme d’engagement. Sa soeur l’héberge chez elle. Il ne doit son travail dans un cabinet de Consulting qu’à son frère, ministre des Finances. Pour ne rien arranger, il est hypocondriaque et connaît des moments d’aphasie incontrôlables. C’est une de ces crises qui le saisit alors qu’il est en pleine négociation avec une société japonaise. Quand lui revient la parole, il fait capoter l’affaire…

Mis en demeure de réparer son erreur, le voici lancé dans l’opération de la dernière chance, accompagné de Laura, son associée. Mais les déconvenues s’enchaînent.

 

 

Yves Flank : Transport

« Mon amour, mon amour, ô mon amour, maintenant je crie en plein visage. Vas-tu pleurer, vas-tu revenir, délaisser tes ombres et me sourire, répondre à cette attente infernale, m’empêcher de sombrer de trop de solitude ? Je voudrais lacérer ton épaule, cracher un venin verdâtre, t’anéantir de mes pensées, souffler sur ma douleur, t’aimer intensément. Tu entends, tu entends ? »

Dans un wagon vers l’inéluctable, se croisent les pensées de l’homme brun et de la femme rousse. L’homme brun donne à entendre, à voir, à sentir ce qui s’y passe. La femme rousse revit la passion amoureuse qu’elle chante dans sa tête. Elle appelle son grand amour au secours.

Dans ce premier roman singulier, Yves Flank nous transporte, entre rêve et réalité, aux confins de l’existence.

 

Violaine Huisman : Fugitive parce que reine

Fugitive parce que reine

« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90°, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu. »

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

 

Marion Messina : Faux départ

D’expérience, la vie qu’on vit a la douceur d’un airbag en béton et la suavité d’un démaquillant à la soude. Ne serait-elle qu’une épaisse couche d’amertume sur le rassis d’une tartine de déception ? L’amour fou, la vie inimitable, le frisson nouveau sont toujours à portée de corps, mais jamais atteints. Ça fait un drôle de bruit au démarrage. Jamais on ne passe la seconde. Faux départ, telle est la règle.

En passant devant les vitrines des voyagistes elle pouvait sentir son coeur se serrer […]. L’aventure et l’imprévu laissaient la place à l’extrême planification, à l’angoisse du lendemain, les road trips avaient disparu au profit des stages de prévention, des spots télévisés de sécurité routière peuplés d enfants aux destins et à la nuque brisés, il ne fallait plus faire l’amour sans connaître les antécédents du partenaire sexuel […]. L’obsession était à la sécurité, le découragement et la lassitude emplissaient les poumons que l’État voulait protéger des méfaits du tabac.

Banlieusarde sans accent, ni pyromane, ni victime, élevée par des ouvriers bibliophiles et fins gourmets, Marion Messina était prédestinée à ne satisfaire aucun cliché. Persuadée qu’une carrière de diplomate l’attend, elle rêve d’Oxford depuis son lycée technique de zone « sensible », tuant ses après-midi à feuilleter des catalogues de voyagistes entre deux cours de bharatanatyam. Las, ni l’ONU ni les théâtres de Madras ne se décident à exploiter son talent. Elle devient pigiste, étudiante en science politique et finit par valider un BTS agricole.

 

Guillaume Poix : Les Fils conducteurs

Les fils conducteurs

« Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur Les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l’âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s’accrocher à leurs phalanges, les mordre – et puis Les avaler. »

Près du port d’Accra, au Ghana, dans une immense décharge de produits électroniques, Isaac et Moïse initient Jacob à la « fouille ». Trois jeunes garçons plongés dans les déchets de l’obsolescence industrielle auxquels Guillaume Poix donne une grâce singulière. Ce premier roman captive tant par son style lyrique et son ambition documentaire que par l’humour impitoyable qui interroge les zones troubles du regard occidental.

 

Jean-Baptiste Andrea : Ma reine (L’Iconoclaste)

 

L’action se situe dans la vallée de l’Asse durant l’été 1965. Shell est un jeune garçon pas comme les autres, « une Alfa Roméo avec dans la tête un moteur de 2CV » dit son père. Surnommé Shell du nom de la station service tenu par ses parents, il fait le plein aux rares voitures qui s’arrêtent. Ayant failli mettre le feu à la garrigue, il décide de s’enfuir et de partir à la guerre « pour devenir un homme ». En lieu et place de la guerre, Shell se retrouve immergé dans une nature à la fois sauvage et bienveillante d’où va surgir une adolescente farouche et indocile qui va se proclamer sa « reine » et qu’il devra servir.

Dans ce roman solaire, poétique et émouvant, Jean-Baptiste Andrea donne la parole à un enfant « différent », si sensible au monde qui l’entoure.

 

Clarence Boulay : Tristan

 

Clarence Boulay : Tristan (Sabine Wespieser, 2018)

Tristan. « Face à moi, le paysage est long et bleu. Sur l’île, je ne connais personne, personne ne m’attend. La page est blanche. Tout est possible. Non. Tout semble possible. Mais, ça, je ne l’ai su qu’après. »

Après sept jours de traversée en plein Atlantique Sud, à bord d’un langoustier assurant la liaison avec la ville du Cap, Ida débarque sur l’île de Tristan. Au fil de ses déambulations dans le village accroché aux pentes d’un volcan, elle découvre son nouvel univers : le vert des collines, les allées courant entre les jolies maisons, les vaches sur les parcelles et les habitants occupés au port, au magasin ou à la conserverie. Dans cette petite communauté, avec pour seules limites le ciel immense et l’océan, ses repères chavirent peu à peu dans une lente dilatation du temps.

Suite au naufrage d’un cargo, l’activité devient soudain frénétique. Quand un soir, à l’Albatross bar, Ida accepte de partir sur les lieux du sinistre, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Le sauvetage des oiseaux mazoutés remplit les journées de l’équipe qu’elle constitue avec les trois hommes qu’elle a suivis sur cet îlot désert. Une nuit, l’un d’entre eux la raccompagne dans sa cabane. L’éblouissement amoureux surgit alors. Pendant quinze jours hors du monde – la mer est mauvaise, aucune embarcation ne peut accoster pour venir les chercher -, la valse des corps et des sentiments sera leur unique horizon.

Au rythme de la houle et du vent, Clarence Boulay excelle à donner chair à une vertigineuse sensation de dessaisissement. Son roman largue les amarres, et bouscule toutes les certitudes.

 

Fief / David LOPEZ (Seuil)

 

 

Le territoire de Jonas et de ses potes n’est ni la campagne ni la ville, mais un entre-deux, une zone péri-urbaine pavillonnaire. Leur quotidien est synonyme d’ennui, mais ils se tiennent chaud et appréhendent de quitter leur quartier : « L’ennui, c’est de la gestion. Ça se construit. Ça se stimule. Il faut un certain sens de la mesure. On a trouvé la parade, on s’amuse à se faire chier ». Son copain Untel deale du shit, Lahuiss fait des études, et il y a Ixe, Sucré… Jonas, quant à lui, est boxeur amateur en attente d’un grand combat. Quand il boxe, redoutant les coups, il manie l’esquive comme dans sa vie. Il est le chroniqueur lucide de leur quotidien.

David Lopez retranscrit subtilement, sans porter de jugement, la vie de ces jeunes qui ont du mal à quitter l’enfance et à trouver leur place.

 

Climats de France / Marie RICHEUX (Sabine Wespieser)

 

 

Climat de France est une cité de pierre réalisée dans les années 50 à Alger. La Cité heureuse est une autre cité de pierre où Marie, la narratrice, passa son enfance à Meudon-la-Forêt. Ces deux cités ont un point commun : elles furent réalisées par l’architecte Fernand Pouillon. Autour de ces lieux, Marie Richeux construit un roman polyphonique dans lequel s’entremêlent les époques et les vies de personnages parfois déchirés ou contraints à l‘exil. Malek, son vieux voisin, en est la figure emblématique. En faisant des allers-retours dans le temps et dans l’espace entre Alger et Paris, Marie peint la lumière du sud et réhabilite le grand architecte, presque oublié aujourd’hui, que fut Fernand Pouillon. Par son trait sûr dans lequel perce une grande délicatesse envers ses personnages, Marie Richeux nous fait revivre un moment de l’Histoire.

En marge de cette lecture, il faut redécouvrir Les pierres sauvages, le seul et magnifique roman écrit par Fernand Pouillon.

 

Pierre Souchon : Encore vivant

 

Encore vivant

Il se l’était juré, l’HP, il n’y retournerait jamais. Mais alors qu’il vient de faire un mariage prestigieux et qu’il a trouvé un emploi, Pierre Souchon est délogé d’une statue de Jean Jaurès où il a trouvé refuge et embarqué en hôpital psychiatrique.

À vingt ans, pendant ses études, il avait basculé pour la première fois et été reconnu bipolaire. Passant à nouveau la « barrière des fous », il se retrouve parmi eux, les paranos, les schizophrènes, les suicidaires, brisés de la misère dont il nous livre des portraits à la fois drôles et terrifiants. Son père vient souvent le visiter, et ensemble ils s’interrogent sur la terre cévenole d’où ils viennent, les châtaigniers et les sangliers, sur leurs humbles ascendants, paysans pauvres et soldats perdus des guerres du XXesiècle.

Dans ce récit plein de rage mais aussi d’humour, l’auteur nous plonge au coeur de l’humanité de chacun, et son regard se porte avec la même acuité sur les internés, ses frères dans l’ordre de la nuit, sur le monde paysan en train de mourir ou la grande bourgeoisie à laquelle il s’est frotté.

Il est rare de lire des pages aussi fortes, d’une écriture flamboyante, sur la maladie psychiatrique, vue de l’intérieur de celui qu’elle déchire.

 

Nos collègues et amies ont su parfaitement nous inculquer le goût qu’elles ont pour ces premiers roman. Aussi suite à ce Kawa et l’enthousiasme de mes lectrices, j’ai proposé à mes collègues et ensuite à ma direction de participer au second prix du premier roman. Aujourd’hui c’est chose faite. Avec 4 collègues nous mettant en avant les premiers romans au sein de notre établissement.

Et les lectrices du Kawa se sont engagées à en lire une maximum.

Ce qu’elles ont fait et font encore

32 réflexions sur “Kawa Littéraire, spécial premiers romans # 6

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