Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (19)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (19)

Bonjour, c’est un plaisir de vous recevoir. Alors, tout d’abord, madame, qui êtes-vous ?

J’ai horreur que l’on me pose cette question surtout lorsque vous me regardez comme ça avec votre air emprunté de faux naïf qui s’intéresserait à la réponse. C’est pour ça que généralement c’est moi qui demande aux autres qui ils sont. Sauf que la réponse m’intéresse. Enfin, la vraie réponse. Parce que c’est mon job de la trouver : chercher qui sont les gens, au fond, tout au fond d’eux-mêmes, là où l’on cache le monstre. Par exemple pour moi, je pourrais vous répondre : Sarah Geringën, 37 ans, inspectrice de police à Oslo. Et après, vous en faites quoi de ça ? Super, une femme flic qui a du caractère pour ne pas dire qu’elle est désagréable mais qui doit être quand même gentille parce qu’elle défend la cause du Bien. Mais si ça se trouve, moi aussi je suis capable de tuer par plaisir. Je l’ai déjà peut-être fait, ou pas. Si ça se trouve, je ne fais pas ce travail pour le Bien mais parce que je cherche à savoir ce que j’ai réellement dans le ventre.

Je m’apprêtais à vous demander quels étaient vos traits de caractère mais je crois que j’ai déjà un aperçu…

Comme si j’allais vous répondre.

Le statut de personnage de roman est assez vague, vous êtes restée combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Et vous, vous vous étiez où avant d’être conçu par vos parents ? Comment voulez-vous que l’on sache une chose pareille. Si ça se trouve, je suis née avec lui. Je sais que ma réponse peut paraître perturbante mais depuis l’affaire du patient 488, je ne vois plus la vie de la même façon… L’âme existe-elle ? Où est-elle avant la naissance et après la mort ? Si vous avez le courage de savoir ce qu’on a découvert avec Christopher, ça vous perturbera certainement autant que nous. Mais je vous aurais prévenu, ça peut laisser des cicatrices.

Si ça se trouve, moi aussi je suis capable de tuer par plaisir. Je l’ai déjà peut-être fait, ou pas.

Ce questionnement vous vient-il de lui ou est-il né avec votre création ?

D’après ce que j’entends (quand j’ai un peu de temps à lui accorder pour discuter), il est obsédé comme moi, par un truc qui peut rendre fou : le pourquoi du pourquoi du pourquoi… L’origine avec un grand O. Après tout, est-ce qu’il y a quelque chose de plus important que cette question dans la vie ? Sur ce point, on est raccords. Après, je suis rousse, il est brun. On ne doit pas avoir les mêmes origines pour le coup !

Vous avez donc votre libre arbitre. L’assumez-vous complètement ou vous retranchez-vous derrière la licence accordée par votre créateur ?

Il n’y est pour rien. J’ai toujours pensé que si j’acceptais une enquête, je m’engageais corps et âme pour rendre justice aux victimes. Alors même si j’aime la vie, que j’aime Christopher, que j’aime faire des blagues dans ma vie privée, et que j’ai des projets…je prends les risques qu’il faut. Le premier étant de ne pas être aimé par mes collègues et les témoins. Quand je travaille, je parle peu, je suis froide, je répète les questions jusqu’à obtenir une réponse et j’écarte tout ce qui parasite mon efficacité. Les flics dragueurs, les légistes qui font de l’humour noir et tous ceux qui font semblant de prendre ce métier à la légère parce qu’ils n’en peuvent plus. Dans ma vie familiale et de couple, je suis bien différente. Mais ça ne vous regarde pas.

Cette vie familiale, vous l’assumez entre deux aventures ? C’est à ce moment que vous bénéficiez de temps libre ?

Allez, je vais vous faire plaisir : on a peu de temps pour épanouir notre sexualité au cours d’une enquête. Donc je rattrape le temps perdu. Mais éteignez tout de suite cette lumière dans vos yeux et ne vous sentez pas investi d’une responsabilité, je suis très épanouie.

Vous dialoguez parfois avec Nicolas Beuglet ? Si vous deviez lui poser une question, quelle serait-elle ?

Et toi, c’est qui ton créateur ?

C’est une belle pirouette… Le mot de la fin vous revient.

Je sais que mon créateur a longtemps eu peur de dévoiler l’affaire du patient 488 dans Le Cri. Il a mis 10 ans à se décider à l’écrire parce qu’il était terrifié par le sujet. Maintenant que je connais la vérité, je comprends.

Haines de Pierre Pouchairet


Le livre : Les trois Brestoises Volume 1Haines de Pierre Pouchairet. Paru le 25 Mai 2018 aux Editions du Palémon. Collection : Enquêtes en série. 10€ ; (280 pages) ; 11  x 18 cm


4ème de couverture :
Après une longue période professionnelle dans les Stups à Nice (voir Mortels Trafics), Léanne vient d’être nommée à la tête de la Police judiciaire finistérienne, quand le sauvage assassinat d’une vieille dame, Corentine Ledantec, trouble la quiétude de la commune de Combrit en Pays bigouden. Qui pouvait en vouloir autant à cette nonagénaire, certes fielleuse ?
L’enquête est confiée à la commandant qui lance les investigations avec des méthodes déroutant parfois ses collègues, mais pour elle, nécessité fait loi. Épaulée par ses amies de jeunesse – Élodie, devenue médecin légiste, et Vanessa, psychologue dans la police nationale – Léanne devra démêler l’écheveau des haines larvées qui animent les malfrats les plus retors comme les gens sans histoires.

L’auteur : En France et à l’étranger, Pierre Pouchairet a vécu les procédures, les ambiances et les « milieux » qui inspirent ses romans. Dans ses livres éclate une vérité qui dépasse l’imagination, la vérité d’une vie engagée… Pierre POUCHAIRET est né en 1957. Dans une vie précédente, il était commandant de la police nationale, chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles… Il a également été à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure en Afghanistan, pays qu’il a parcouru du nord au sud. Il a passé plus de 4 ans à Kaboul, y a été témoin de nombreux attentats et y a travaillé en étroite collaboration avec les Afghans…
Aujourd’hui à la retraite, il vit à Jérusalem. Il a publié en 2013 un livre témoignage Des flics français à Kaboul et Coke d’Azur en 2014. Avec, à chaque fois, cette volonté de mettre au grand jour – et sous la lumière crue du terrain – la réalité brute de notre Histoire contemporaine.

 

Extraits :
« Ce fut encore agacée par la discussion que Léanne enfila la tenue de protection qu’elle compléta d’une charlotte, de gants et de sur chaussures. Spécialisée dans les stups pendant de nombreuses années, elle n’avait pas trop l’habitude de ce déguisement. Là où certains voyaient une tenue de cosmonaute, elle avait l’impression de se cacher dans un préservatif géant. Elle s’énerva sur la fermeture de la combinaison avant que la glissière accepte de se fermer.
Elle s’approcha enfin de la maison. Il s’agissait d’un pavillon à un étage, bordé par un jardinet d’une dizaine de mètres de large. L’accès à l’habitation se faisait soit par une porte centrale, desservie par un escalier en façade, soit sur le côté, en passant par la cave puis un escalier intérieur.
Elle prit par l’entrée principale. Un vestibule desservait sur la gauche une cuisine, sur la droite, une salle à manger avec à l’arrière un coin salon, ce fut là qu’elle trouva le gros de la troupe.
Le corps était étendu sur le sol, face contre terre.
Léanne balança un regard interrogateur en direction de Leroux.
— La maison a été sommairement fouillée, ça laisse tout de même une impression étrange, j’ai plus le sentiment que l’on a tout saccagé que cherché quelque chose.»

Les Lectures de Maud :

 Très heureuse de retrouver Léanne, découverte dans l’opus précédent Mortels Trafics, partie de Nice, la voilà de retour dans la région de son enfance. Nouvelle équipe, nouvelle enquête, elle va devoir prendre ses repères et démêler cette sombre affaire. Femme fraîchement débarquée, tout le monde l’a à l’œil, au moindre faux pas elle va dégringoler. Tenace et toujours équipée de son caractère bien trempé, elle va se faire une place et aller de l’avant et éviter que son affaire se retrouve entre les mains de la gendarmerie.

Une histoire, qui de prima bord, parait simple va au contraire se révéler très complexe. Mettant les nerfs à rude épreuve de toute la brigade, des politiques, des magistrats. Jusqu’où est-elle prête à aller pour que justice soit faite ? La Bretagne n’est pas Nice, la criminelle fonctionne différemment que la brigade des stup’. J’apprécie beaucoup aussi la tentative de rapprochement entre la Gendarmerie et la Police, si souvent opposées.

Elle va retrouver ses amis d’enfance, Vanessa devenue psychologue et Elodie médecin légiste. A elles trois, un trio qui fonctionne bien et qui amène du dynamisme et de la fraîcheur dans ce monde d’hommes.

Une nouvelle fois emportée par la plume de l’auteur, direct, dynamique et qui ne manque pas de rebondissements ni de retournements de situation. Un opus, où Léanne se dévoile un peu plus et qui montre certains aspects de sa personnalité qui, je l’espère ne lui brûleront pas les ailes. Une lecture que je recommande évidemment !!! Je vais très rapidement découvrir La Cage de l’Albatros, et retrouver avec plaisir Leanne !!!!