Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (21)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (21)

Bonjour. Tout d’abord, aucune raison de s’inquiéter, ceci n’est pas un interrogatoire, juste une interview. Peux-tu te présenter ?

Ouais, mec. Je m’appelle Dris.

Mon CV, c’est un casier judiciaire long comme mon bras. Outrages, violences, trafics de stups…et j’en passe. J’ai eu quarante ans, il y a quelques semaines. Quarante ans « fêtés » derrière les barreaux. Cette fois, ça m’a fait mal, très mal. Avec un putain de goût amer. Vingt ans d’allers-retours en détention… et une seule certitude : si je continuais sur cette voie, j’allai finir par crever au fond d’une cellule. Au final, pour quoi ? L’adrénaline ? L’argent facile ? Les filles encore plus faciles ? J’avais passé l’âge. Je n’avais plus la flamme. J’en avais soupé de la Justice. Jusqu’à l’écœurement. GAV, perquise, fouille à corps, preuves à charges, expertises psy, baveux, prétoire… Bref, j’ai décidé d’en finir avec toute cette merde. De repartir à zéro… Me voilà donc de retour chez mère (une femme qui n’a jamais mérité cette qualité), dans une des tours de la cité des Coquelicots, à pointer au Pôle Emploi. Oui, je sais… Il y a mieux, beaucoup mieux, pour un nouveau départ. Mais, je n’ai pas vraiment le choix… C’est ça d’avoir vécu sans jamais se projeter dans l’avenir…

Tu en a dit déjà pas mal sur ta vie d’avant. Est-ce différent aujourd’hui. En ce qui concerne ton caractère par exemple ?

Je n’aime pas beaucoup parler de moi. Il faut dire que je suis plutôt du genre silencieux et renfermé. Et que je n’aime pas particulièrement le reflet que me renvoie le miroir. Certains (beaucoup) diront que je suis une belle crevure. Un pourvoyeur de mort. Et ils auront raison. Après, je suis aussi un être humain. En d’autres circonstances, en d’autres lieux, peut-être aurai-je été un autre homme ? En tout cas, une chose est sûre : je suis déterminé…à ne rien lâcher…à m’en sortir…

C’est tout ce qui me reste.

Une vie comme la tienne ça doit prendre du temps à concevoir. Cédric Cham a mis longtemps à te créer ?

J’ai dû rester une bonne dizaine d’année enfermé dans sa tête. Le temps de se connaître et de vraiment se comprendre. Plus de dix ans, autrement dit : depuis qu’il bosse au sein de l’administration pénitentiaire. Il s’est promis qu’un jour il parlerait de ces parcours de vie qu’il croise tous les jours, de ces hommes (et femmes) en liberté conditionnelle, sous bracelet électronique ou en mise à l’épreuve. Pas pour nous chercher des excuses, juste pour permettre que l’on nous comprenne.

 

Je suis un guerrier, un boxeur, alors peu importe les obstacles. J’avance, la rage au ventre, jusqu’au dernier souffle.

 

Tu es issu de son quotidien, tu penses qu’il a calqué aussi son caractère sur ta personnalité ?

Je n’espère pas pour lui. On ne se situe clairement pas du même côté de la ligne blanche, du même côté du barbelé. Après, il y a forcément des connexions à travers une sensibilité commune, une vision des zones d’ombre de la vie. Sinon, on partage certains goûts musicaux : 2Pac, Bill Withers, DMX, Fever Ray, Alicia Keyes…

 

Par contre, il ne t’épargne pas dans « Du barbelé sur le cœur », tu ne lui en veux pas un peu ?

C’est vrai qu’il me fait faire des « trucs pas jojo ». Mais soyons honnête : je l’ai bien cherché. J’ai compris, peut-être trop tard, que dans la vie, chaque choix entraîne des conséquences à plus ou moins long terme. Que l’on finit toujours par récolter ce que l’on a semé. Mais, je suis un guerrier, un boxeur, alors peu importe les obstacles. J’avance, la rage au ventre, jusqu’au dernier souffle. Jusqu’au KO final. Et puis, mon créateur a mis sur mon chemin Sarah… mon amour de jeunesse. Une raison supplémentaire de me battre, de m’en sortir… Donc, non, je ne lui en veux pas… C’est dans l’adversité qu’on révèle vraiment qui on est.

 

Ça n’empêche pas de pouvoir souffler. Une question à lui poser ?

Eh Cham ! pourquoi ton écriture est-elle aussi noire et réaliste ?

Cela aurait été tellement plus sympa de me balancer dans un univers à la James Bond. J’aurai préféré voyager dans des pays exotiques, descendre des litres de mojito, et mater des filles en bikini… Mais, non, il a fallu que tu me renvoies dans la cité, me fighter dans des parkings désaffectés avec des mecs qui puent la sueur

Je ne te remercie pas. Vraiment pas.

 

Cette fois-ci la parole est à toi, un dernier mot ?

Je suis un mec bien…enfin, j’essaie de devenir un mec bien… Attrapez ma main tendue et venez à ma rencontre dans « Du barbelé sur le coeur ». Je vous garantis un uppercut en plein cœur…

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