Avis d’Expert : Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher. Episode 2

 

Souvenez-vous la semaine dernière Sylvie nous présentait son mémoire en Criminologie appliquée à l’expertise mentale.

Aujourd’hui avec Sylvie-Sacha on plonge dans la folie.

Allez c’est parti pour


Avis d’Expert

Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher.

Par Sylvie Butard

Episode 2 : Introduction

MEMOIRE

L’AFFAIRE JOSEPH VACHER
JUSTICE ET PSYCHIATRIE DE LA FIN DU 19e
SIECLE
SERAIT-IL JUGE RESPONSABLE DE SES
ACTES AUJOURD’HUI ?

Mon objectif, en préparant ce Diplôme universitaire, n’est pas professionnel, mais
pour ma culture personnelle. Les thèmes abordés dans cet enseignement m’intéressant
depuis longtemps, j’ai souhaité approfondir mes connaissances.
Je suis fonctionnaire de police et ne désire donc aucunement devenir expert auprès
des tribunaux, seulement me faire « plaisir ».

 

INTRODUCTION………………………………………………………………………… 1
A. Qu’est-ce-que la folie ?……………………………………………. 2
B. Perception de la folie sous l’Empire romain………………. 3
C. Perception de la folie au Moyen Age………………………… 3

 

INTRODUCTION

L’affaire Joseph Vacher remonte à la fin du 19e siècle, et pourtant, elle résonne d’unegrande modernité quant à la réflexion des trois experts psychiatres, « aliénistes »,disait-on à l’époque.

En effet, ils allaient mettre en lumière les prémices d’une nouvelle façon de penser laresponsabilité pénale.

A cette époque, l’article 64 du Code Pénal de 1810 expliquait qu’un individu ayantcommis une infraction alors qu’il souffrait de démence n’était pas responsablepénalement. Dès lors, qu’après expertise, les psychiatres estimaient qu’il souffraitd’une maladie mentale, et si le président du tribunal suivait cet avis, il était déclaréirresponsable de ses actes et était donc transféré dans un asile d’aliénés.

L’affaire Joseph Vacher illustre très bien cette mécanique après la première tentative de meurtre commise sur une jeune femme qu’il désirait ardemment épouser et qui repoussa sa proposition.
Il fut interné une toute première fois après s’être tiré deux balles dans la tête, et le médecin-adjoint de l’asile le déclara « irresponsable de ses actes ». Il n’en fut pas de même la fois suivante. Pourquoi ?
Nous tenterons d’éclaircir tous ces points au fil de cette étude. L’affaire Joseph Vacher est un cas très particulier et très riche, tant au niveau du droit, que de la psychiatrie.
Mais avant d’entrer plus profondément dans le sujet, intéressons-nous à l’essence même de ce mot qui nous fait peur à tous, à la perception que l’on en a, et à ses conséquences sur l’être humain à deux époques différentes et éloignées l’une de l’autre. La folie.

A/ Qu’est-ce-que la folie ?

Sénèque, philosophe sous l’Empire romain a dit : « Ce que la folie furieuse a de particulier, c’est qu’elle déchaîne sa férocité contre celui qui en souffre ».

La folie, en médecine, est un dérèglement mental, de la démence.

Définition certes un peu simpliste en comparaison du champ outrageusement étendu de ce mot car, par folie, s’entend principalement la maladie mentale, mais aussi et pourtant très couramment, on dit de quelqu’un qu’il est fou, parce qu’il montre un comportement complètement dénué de sens, sans pour autant présenter les symptômes d’une pathologie mentale. C’est même un mot que nous employons aussi bien d’un point de vue comique ou positif, que péjoratif. Dans ce sens, c’est davantage
une façon de parler qu’un véritable avis sur le comportement d’une personne.

Ce qui nous intéresse nous, pour cette étude, c’est l’aspect clinique, la pathologie mentale, ainsi que les troubles du comportement qui l’accompagne ou non.
Mais pour parler de la folie chez Joseph Vacher, il serait peut être intéressant de passer par la signification de la folie, du moins le sens que l’on donne à ce mot, et ce, sur deux périodes de l’Histoire qui, à mon sens, sont très éloignées en matière de pensée, mais riches dans leurs différences car on peut s’apercevoir que l’Empire Romain avait une vision très moderne de la maladie mentale et de la responsabilité pénale, alors que le Moyen Age, de par sa société cléricale très influente, s’embourbe dans la superstition et la crainte du châtiment divin.

La folie d’Athamas

B/ Perception de la folie sous l’Empire Romain :

Sous l’Empire Romain, le passage à l’acte médico-légal d’un auteur sur une victime (père ou mère), n’entraînait pas de sanction s’il était commis sous l’effet de la fureur (furor). On assistait déjà à une première idée de la responsabilité pénale, et de ses conséquences pour l’auteur présumé.
La vision et la représentation de la folie dans la Rome antique montrait une modernité précoce tant au niveau du droit que sur le plan de la médecine. Le bémol ? A cette époque, magistrats et médecins ne travaillent pas ensemble. C’est pourquoi il est difficile pour eux de s’entendre car leurs champs de compétence sont très éloignés l’une de l’autre au départ.
Malgré cela, on observe de grandes et profondes réflexions sur la frénésie (phrenetis), la léthargie (léthargos), la manie et la mélancolie. C’est la première fois que l’on écarte la magie pour expliquer certains comportements anormaux chez différents sujets, et, par conséquent, que l’on met en avant la maladie mentale.

Celse, philosophe romain, parle de frénésie, d’épisodes dépressifs et maniaques. Il met également l’accent sur la dangerosité de ces états. On prend conscience de la nécessité d’enchaîner les malades présentant ce genre de trouble avec déjà une notion de « protéger cet individu pour lui-même ou pour autrui ».

Celius, quant à lui, remarque des « intervalles libres » entre deux crises et parle de l’importance de varier les traitements suivant l’épisode dans lequel le malade se trouve, contrairement aux opposants qui restent, eux, sur l’entrave et la contention du malade, mais sans traitement.

Ce furent les premières approches de la responsabilité pénale et de la psychiatrie sous l’Empire Romain. Et pourtant le Moyen Age, loin de poursuivre l’évolution de cette pensée progressiste, verra l’ère du mysticisme et de la superstition réapparaître.
Un pas en avant, deux pas en arrière ?
Pas si sûr, car la science fera d’énormes progrès au début de la Renaissance, mais le combat contre la peur du diable sera long et douloureux.

France, Tours, Bibliothèque municipale, Ms 568, fol 19 v°.

C/ Perception de la folie au Moyen Age :

Etymologie du mot folie :

 Fol « qui signifie « enflure, bosse », qui vient aussi du mot « folis » qui veut dire « soufflet » ou « sac empli de vide ».
« Faire le fou », c’est manifester le vide de la tête et du corps.

Le Moyen Age définit la folie comme une manifestation du diable. C’est une partie de l’Histoire durant laquelle la religion avait toute autorité. Une société cléricale qui inspirait la crainte du Diable et de la possession. Ce qui pourrait expliquer une apparente « régression » de la pensée de l’époque. Le diable et les démons étaient présents partout, et surtout, étaient la cause de tous les maux de la société et de l’individu en général.

Les procès étaient complètement arbitraires et les personnes qui pouvaient présenter des troubles mentaux étaient apparentés à des possédés.
Séances de torture, puis le bûcher. On les accusait d’hérésie ou de sorcellerie. Les femmes en ont bien souvent subi les conséquences. Ces femmes qui, pour nombre d’entre elles, travaillaient à l’étude des plantes médicinales et des remèdes qu’elles pouvaient en tirer. Comme par exemple les premières sages femmes qui devaient se cacher pour exercer leur métier.

Pendant cette période, pas de peine, un jugement injuste et l’accusé finissait sur le bûcher, les flammes lui léchant le corps, et ses cris déchirant la nuit.

La symbolique du fou occupe une vraie place dans la société médiévale.
Véritable incarnation de la faiblesse des hommes et de leurs vices, le « fou » fait écho à la dureté de la vie à cette époque.
Il a sa propre fête et on laisse même le fou approcher le roi pour l’amuser, lui et s acour.
Le fou porte une tunique verte. Couleur qui symbolise la folie et l’instabilité en raison de la difficulté à faire tenir la couleur. Instabilité qui renvoie à celle de l’esprit.

Le carnaval est adopté comme la fête des fous en raison du défoulement et de la démesure qu’il autorise, allant jusqu’à la grossièreté et les jeux vulgaires.

Même à travers l’art médiéval, la folie est représentée par différentes gravures et toiles, comme par exemple « l’Extraction de la pierre de folie » de Jérôme Bosch.
Cette œuvre met en avant les symboles du fou comme le médecin représenté avec un entonnoir sur la tête, retirant lui-même du crâne de son patient, une tulipe comme image de son déséquilibre mental. Il semble qu’il souhaiterait le guérir de la folie !
Serait-ce le début du chemin vers le progrès scientifique en laissant entrevoir que le patient n’est pas possédé par le démon mais qu’il souffrirait d’une pathologie ou d’une tumeur ?

Pendant la Renaissance, les médecins restent superstitieux. Ils reconnaissent trois affections de la tête comme anomalies des humeurs dues à des influences démoniaques. Or, la thérapeutique de l’époque est le principe de traitement par les contraires. A savoir,

– La frénésie : « est un échauffement des méninges, donc il faut
refroidir ».
– La mélancolie : « est une surcharge d’atrabile (ou bile noire venant de la
rate) qu’il faut évacuer par des purges ou des saignées ».
– L’épilepsie : « est un engorgement dû à la pituite (une mucosité
provenant de l’estomac), venin fabriqué par les diables et les démons. Il
faut dessécher ».

A l’époque, les maladies de l’esprit sont toujours considérées comme des
conséquences de pêché et d’immoralité.

Félix Platter, médecin et anatomiste du 16e siècle, dans sa « praxis medica », sorte de premier dictionnaire dans lequel les maladies sont classées en fonction de leurs symptômes, est un des précurseurs dans l’attribution des pathologies mentales à des causes naturelles, et non plus à la magie, la possession démoniaque ou le châtiment divin.

Jacob Cornelisz. Van Oostsanen (?) Fou qui regarde à travers ses doigts, vers 1500. Davis Museum and Cultural Center, Wellesley (Massachusetts).

En effet, l’opinion générale se tournait encore vers la bile noire, les anges déchusattirés dans le corps, les forces surnaturelles et les envoûtements comme origine des troubles mentaux.
La Renaissance, dans ses réels progrès scientifiques, permet aux médecins la
dissection de cadavres, auparavant interdit de peur de laisser l’âme s’échapper.
Cette pratique permettra toutefois une avancée significative dans la compréhension du corps humain, et des maladies, qu’elles soient organiques ou mentales.
Une fois que les superstitions auront laissé la place à la réflexion, les recherches en matière de psychiatrie s’accéléreront considérablement, permettant même à certains malades de sortir du système asilaire.

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