Avis d’Expert : Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher. Episode 3

Avis d’Expert : Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher. Episode 3

Souvenez-vous il y a deux semaines  Sylvie nous présentait son mémoire en Criminologie appliquée à l’expertise mentale.

Et puis la semaine dernière on plongeait dans la folie.

Aujourd’hui avec Sylvie-Sacha on explore l’histoire de la psychiatrie

Allez c’est parti pour l’épisode 3


Avis d’Expert

Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher.

Par Sylvie Buttard

Episode 3 : Histoire de la psychiatrie

MEMOIRE

L’AFFAIRE JOSEPH VACHER
JUSTICE ET PSYCHIATRIE DE LA FIN DU 19e
SIECLE
SERAIT-IL JUGE RESPONSABLE DE SES
ACTES AUJOURD’HUI ?

I/ HISTOIRE DE LA PSYCHIATRIE ET SON APPARITION DANS
LES AFFAIRES CRIMINELLES, NOTAMMENT DANS L’AFFAIRE JOSEPH VACHER

Pendant longtemps, la médecine était essentiellement compassionnelle, c’est à dire que l’on ne soignait pas. On accompagnait le malade mais il n’existait pas de moyen thérapeutique de soigner les personnes souffrant de pathologie mentale.

A l’époque de l’affaire Joseph Vacher, le mot « psychiatrie » n’existe pas encore. On parle d’aliénés et d’aliénistes. Les asiles sont les précurseurs des hôpitaux psychiatriques dans lesquels on retrouve autant des personnes malades, que des criminels malades ou souffrant de troubles du comportement. En fait, les asiles regroupent tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont créé un trouble à l’ordre public et qui paraissent malades.

Victor Hugo, dans la préface du « dernier jour d’un condamné », déclare :

« on regardera le crime comme une maladie, et cette maladie aura ses médecins qui remplaceront vos juges, ces hôpitaux remplaceront vos bagnes. La liberté et la santé se rassembleront. On versera le baume et l’huile là où l’on appliquait le fer et le feu ».

Mais l’un n’est-il pas le complément de l’autre ? L’avancée de la psychiatrie et l’évolution des lois s’appliquent à faire de la société une entité pleine et juste. Du moins, j’aime à le croire !

La loi du 30 juin 1838 établit une mesure d’enfermement pour des raisons d’ordre public et de sécurité. Cette loi donne à l’aliéniste une mission de protection de la société et lui confie l’aliéné pour des soins et une durée de séjour qu’il déterminera.

Les premiers anti-psychotiques n’arrivent sur le marché qu’en 1952 et les premiers neuroleptiques entre 1952 et 1953. Ces médicaments permettent alors de faire sortir certains patients du contexte asilaire, notamment ceux souffrant de schizophrénie. A noter que cette pathologie mentale est reconnue comme telle à partir du 19e siècle.
En 1871, on la nomme « hébéphrénie », processus morbide qui survient à la puberté et qui aboutit rapidement à la démence.

Henri COLIN, neuro-aliéniste du 19e siècle, prend conscience qu’il y a différents types de patients dans les asiles, notamment des sujets complètement ingérables. En 1894, il est nommé médecin à l’asile spécial de Gaillon pour les aliénés criminels.

Pour faire un parallèle avec l’affaire Joseph Vacher, le 1er avril de la même année, celui-ci est libéré de l’asile de Saint Robert, en Isère, et un certificat de complète guérison le prouve.

Internement dont il a fait l’objet une année plus tôt suite à une tentative de meurtre sur une jeune femme qui refusait de l’épouser. Mais nous y reviendrons dans le détail lorsque nous aborderons sa biographie.

Henri Colin acquiert une grande notoriété concernant les aliénés criminels et crée alors une unité à son nom en 1910, correspondant un peu aux SMPR ( Service Médico-Psychologique Régional) ou UCSA (Unité de Consultation et Soins Ambulatoires), pour les soins somatiques des criminels souffrant de « démence », à l’époque. Car il ne faut pas oublier que l’article 64 du Code Pénal de 1810 parlait de « démence », et que ce dernier, malgré la circulaire Chaumié de 1905, était en vigueur jusqu’en 1994, date de l’application du nouveau code pénal

Puis, un mouvement institutionnel crée la Psychiatrie en 1965. Les patients sont même pris en charge par rapport à leur secteur d’habitation.

En 1970, on accepte l’idée que l’on peut être transgresseur et avoir besoin de soins, c’est à dire commettre une infraction et malgré tout nécessiter un traitement psychiatrique. La psychiatrie devient partie intégrante des affaires criminelles.
Pourtant, l’affaire Joseph Vacher démontre encore une fois sa modernité, car, en 1897, des experts psychiatres avaient déjà été désignés par le Juge Emile Fourquet pour déterminer s’il souffrait d’une pathologie mentale, mais aussi pour étudier le comportement de l’individu, apportant ainsi les premières recherches en matière de psychiatrie criminelle. On se mit aussi à rechercher le mobile, les motivations des criminels. Pourquoi et qu’est-ce-qui pouvait déclencher ces accès de sauvagerie.
Sauvagerie qui pouvait être aussi le révélateur d’une maladie mentale latente où déjà déclarée mais pas encore diagnostiquée. En effet, l’opinion allait se rendre compte que tous les crimes n’étaient pas seulement une envie de faire le mal, encore que cela reste à prouver concernant Joseph Vacher.

En 1985, les secteurs psychiatriques sont reconnus, avec des structures intra ou extra hospitalières.

En 1986, par arrêté du 14 octobre 1986, création des UMD (Unités pour Malades Difficiles) dans lesquelles on trouvera aussi bien des patients criminels ou pas.

Fin de l’épisode 3

 

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