Son autre mort de Elsa Marpeau

Son autre mort de Elsa Marpeau. Paru le 7 mars 2019 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 20€ ; (288 p.) ; 21 x 14 cm.
4e de couv :
Alex mène une vie normale jusqu’à l’arrivée de l’écrivain Charles Berrier dans le gîte rural qu’elle tient avec son mari. Une nuit, l’homme essaie de la violer. En cherchant à se défendre, elle le tue. Paniquée, craignant que les conséquences de son acte ne détruisent sa famille, Alex dissimule le corps. Avant que la disparition de Berrier ne soit connue, et pour éloigner d’elle les soupçons, Alex décide de s’infiltrer dans son entourage pour trouver qui, parmi les proches de l’écrivain, aurait pu l’assassiner…

Elsa Marpeau• Crédits : Francesca Mantovani/Gallimard

L’auteur : Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Son autre mort est son sixième roman à la Série Noire, après notamment Les yeux des morts, prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011, L’expatriée, prix Plume de Cristal 2013, ou encore Et ils oublieront la colère en 2015. Elle est également la créatrice de la série Capitaine Marleau.

 

Extraits : 
« Quand ils s’étaient rencontrés, elle avait dix-neuf ans. Elle en aurait quarante dans quelques jours et elle n’imaginait pas comment elle avait vécu ou aurait pu vivre sans lui. Elle aimait la monotonie du quotidien, les bonheurs minuscules, les moments où l’habitude abolissait l’angoisse. Quiconque eût interprété cet amour comme une forme de résignation serait passé à côté de l’essentiel. Certains jours, Alex aimait Antoine avec exaltation. »
« En temps normal, Antoine déposait les filles à l’école en se rendant à Nantes, au lycée Clemenceau où il enseignait. Dans la mesure du possible, Alex évitait les interactions avec l’école, les parents d’élèves, le personnel enseignant, qui l’effrayaient tout particulièrement. Sa scolarité, du primaire au lycée, ne lui avait laissé que des souvenirs de combats et de cruauté. On la disait trop sensible.
Ses filles semblaient mieux armées qu’elle pour affronter cet univers brutal. Elle préférait néanmoins ne pas être témoin des conflits quotidiens auxquels elles se livraient et qu’Alex trouvait insurmontables.
Elle ne se rappelait plus depuis combien de temps elle les craignait. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne. Elle se revoyait à six ans, ravie parce qu’une « grande » de CM1 l’avait prise sous sa protection. Pourtant elle n’était pas battue, pas même harcelée. Alors de quoi fallait-il être protégée ?
Elle craignait la cruauté des autres – physique mais surtout mentale. Aujourd’hui encore. Elle ne comprendrait jamais ceux qui n’ont pas peur, ceux qui n’y pensent pas, ceux qui ont confiance. Derrière chaque visage, elle imaginait l’abîme de noirceur. La main de celui qui appuie sur le bouton pour déclencher la décharge électrique dans l’expérience de Milgram. Quelle confiance ? Confiance en quoi, si n’importe qui, soumis à un ordre, est prêt à vous torturer jusqu’à la mort ? Depuis la découverte de la Solution finale, de Dachau, d’Auschwitz, de Buchenwald, de Ravensbrück, de Belzec, de Sobibor, de Treblinka, qui pouvait encore croire en l’humanité ? Une espèce qui non seulement massacre toutes les autres mais se détruit elle-même doit être évitée à tout prix. Il ne s’agit pas de cultiver son jardin, mais d’y dresser des murs, des barricades, pour se mettre à l’abri.
Aucune bête aussi féroce. Aucun animal plus cruel. »

 

Le post-it de Ge

Son autre mort d’Elsa Marpeau

 

Vous savez ce que j’aime chez Elsa Marpeau, c’est qu’elle se réinvente à chaque nouveau bouquin. Pas de héros récurrents, des nouveaux personnage à s’approprier à chaque nouvelle histoire. Des nouveaux lieux aussi.

Mais il y a chez Elsa une constante que j’admire, elle nous présente toujours des héroïnes fortes même lorsque leur intégrité physique est en jeu.

Ici nous allons suivre Alex. Alex que l’on présente comme une femme discrète. Une femme dévoué à sa famille. Une femme aimante. Alex qui sait écouter, qui observe, qui ne se place jamais au centre des débats, des conversations.

Alex toute en retenue, interagissant peu avec les autres, effacée en société, réservée presque invisible.

Alex tient des chambres d’hôtes dans la campagne nantaise. Ce n’est pas la foule dans ce coin trop tranquille aussi pour passé le temps, Alex écrit. Elle s’essaie à l’art subtil de la nouvelle. Un jour elle reçoit un hôte un peu particulier. Un de ses auteurs favoris. Un prix Goncourt,  Charles Berrier. Un auteur qu’elle admire. Il s’est mis au vert pour écrire son prochain roman.

Elsa Marpeau met en place tranquillement tout les ingrédients de son histoire. Elle nous révèle par petites touches les personnalités de ses diverses protagonistes. Simplement, elle tisse les liens qui les relient les uns aux autres. Peu à peu, on sent monter la tension et on attends avidement le drame.

Avec son écriture clinique, elle nous tiens à distance, juste ce qu’il faut pour mieux nous plonger ensuite dans le tourmente.

Oui l’écriture d’Elsa Marpeau, clinique presque froide. Une écriture qui montre simplement. Qui place l’histoire à distance, juste ce qu’il faut pour que nous lecteurs ou lectrices nous puissions nous immiscer dans les interstices que nous laisse l’auteur afin de mieux ressentir l’atmosphère, le suspense, la tension qui monte et les motivations des protagonistes. Bref que nous ressentions les émotions de chaque situation.

En effet, la vie d’Alex va exploser le jour de ses 40 ans. Le jour où  Charles Berrier tentera de la violer.

Et là démarre une autre histoire.

A partir de là Alex va devenir une autre. Je ne vous dit pas comment, je vous le laisse découvrir. Cette autre Alex, c’est que du plaisir. Et si elle devient cette autre c’est pour mieux enquêter sur la personne mais aussi le personnage qu’est et que joue au quotidien Charles Bernier. Elle va totalement devenir lui, penser comme lui. Elle va faire revivre au yeux de tous cette homme qu’elle a tuait et dont elle a dissimulé le corps.

Ainsi décide-t-elle de prendre son destin en main. Et notre auteur une nouvelle fois nous bluffe en nous faisons nous attacher à une meurtrière. Alex a tué, pourtant je vous jure que tout au long du bouquin j’ai souhaité qu’Alex s’en sorte !

Et en plus de nous servir une intrigue menée avec brio, Elsa Marpeau nous propose quelques autres pistes. Des pistes de réflexions sur la création littéraire, sur le petit monde qui gravite autour de la littérature. Ce microcosme diffus qui grouille autour d’un auteur, d’un auteur à succès qui plus est. Une réflexion sur le statut d’écrivain.

Elle nous parle aussi des réseaux sociaux, des dérives qui en découlent, des faux-semblants, des hypocrisies,  de la violence qu’ils peuvent engendrer.

Elle nous parle des femmes et du monde qui les entoure.

Elle nous offre un parfait suspense psychologique. Alex, la phobique sociale va se métamorphoser et nous allons suivre cette périlleuse et pernicieuse transformation. Et jusqu’à bout on se demande comment tout cela va-t-il bien pouvoir finir.

Encore un super scénario de dame Marpeau !

20 réflexions sur “Son autre mort de Elsa Marpeau

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