Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (29)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (29)

Bonjour et merci d’avoir accepté cette entrevue. Sacrifions aux habitudes de cette série, pouvez-vous vous présenter ?

Cécile Quidelevitch, Capitaine de son état dans la PJ. Officiant à Paris, mais provinciale du Nord. La trentaine bouillonnante, pour ne pas dire ni plus ni moins. Regard d’effrontée, je l’admets. Fumeuse pour tuer le temps, je l’assume. Souvent à côté de mes baskets, mais aussi en plein dedans quand il faut résoudre une affaire. À la tête d’une équipe de lieutenants devenus amis – l’amitié, c’est dans mes gènes -, je ne ménage pas mes efforts pour prendre des risques à leur place, parfois malgré moi en raison de mon côté va-t-en-guerre imprudent. Divorcée, je connais le mal d’amour, la mélancolie qui en découle que j’oublie dans les bras de Hanjo, mon amour de chat. Tout comme je ne me sépare jamais de ma vieille Toyota qui me sert de refuge mobile quand il faut fuir les soucis du quotidien. Et si je donne l’impression de n’avoir peur de rien, c’est bien l’incertitude des lendemains qui m’effraie le plus. Combative avec la hiérarchie, je dispose d’un caractère de feu pour dénoncer les injustices liées à notre statut de policier. Et surtout, n’oublierai jamais ce pour quoi je suis rentrée dans la police et qui me la fera quitter quand j’aurais résolu ce mystérieux pourquoi.

Eh bien… Voilà qui est complet ! J’ose à peine vous proposer de compléter cela par un court exposé de votre caractère ?

Obstinée, jamais je ne traite les affaires en surface. Dans tout je m’investis. La présence d’une arme ne me fait pas kiffer. Son emploi est synonyme d’échec. Je préfère le dialogue et les rapports humains. Pour ça, je suis increvable. Ne croyant pas au manichéisme, je peux pardonner s’il y a encore de l’humanité chez l’autre, sous condition que ce ne soit pas un tueur d’enfants. Retord, mon esprit me joue des farces, me mettant dans des situations parfois complexes. Casse-cou, je suis capable de sauter d’un balcon pour rejoindre l’indicible. Je ne crois pas à l’évidence soudaine. Bien sûr, je peux faire preuve d’autorité si l’on ne me comprend pas. Mes prises de risques inattendues de baroudeuse sont mes travers, mais aussi mes meilleures armes.

Tout cela est très précis et nuancé… Votre création a dû prendre un certain temps, non ?

Alors ça, quelle affaire ! Car croyez-moi, jamais je n’aurais imaginé être la source d’un tel envoutement. Ah ça non. D’après lui, ça a muri des mois. Je veux dire par là que j’ai grandi de longs mois dans sa tête. Tout ça parce que je hantais son mur virtuel, moi, Cécile Quidelevitch. Bref, si j’ose le croire, ça a duré cinq mois avant qu’il se décide à me faire une place dans son histoire. Forcément, pas un jour où je ne cède pas à l’envoi d’une petite humeur, lui donnant presque tout de moi sans que je m’en rende compte.

Si je comprends bien vous êtes en quelques sortes un passage du virtuel au réel ? Mais Sourisse a-t-il mis de lui-même dans ce transfert ?

On est semblable sur plusieurs points, c’est forcé. C’est un solitaire, je le suis. Je suis une passionnée, nul doute qui l’est. C’est un fouilleur des âmes, dont des plus sombres j’essaie d’en retirer de la lumière. On se complémente. Peut-être que ce qui nous diffère et nous rassemble aussi, c’est que j’ai un chat, il a une chienne. Nous aimons la rude campagne et les boulevards cabossés des grandes villes. Tout ce qui est lisse, trop évident nous projette dans une nouvelle aventure. La banalité et l’ennui sont nos ennemis.

Contre cette banalité et cet ennui, il ne vous ménage pas pourtant, lui en voulez-vous ?

Dans la pénombre, je vois une silhouette bougée dans les buissons depuis mon balcon, il me fait enjamber son parapet, quitte à me retrouver dans les ronces. Il ne l’aurait pas fait, je lui en aurai voulu. Et ce n’est qu’un petit exploit. Alors lui en vouloir, non, impossible !

Tout ce qui est lisse, trop évident nous projette dans une nouvelle aventure. La banalité et l’ennui sont nos ennemis.

Mais votre existence n’est pas un travail à temps complet, si j’ose dire. Entre deux instants d’écriture comment occupez-vous votre temps libre ?

Je ne fais pas de mots croisés, ça, c’est certain. Je revis les scènes de l’enquête qui vient de s’achever et me pose des questions sur ma propre capacité à me lancer dans une nouvelle affaire. Pour avancer, j’ai besoin de sentir des vibrations au fond de moi. Et ce que je n’ai pas pu approfondir, comme des liens humains qui me hantent encore, j’essaie de les comprendre en les retrouvant dans ma mémoire où pas un tiroir ne reste vide longtemps, rempli d’images, d’odeurs, de sons. Sinon, à bord de ma Toyota, j’adore me lancer dans un road-movie. Puis, il est vrai aussi que ma complicité avec la Plume fait qu’on ne se quitte jamais. J’ai besoin qu’il titille mon esprit, qu’il vienne réveiller ma curiosité et mon désir d’en finir avec un monde hostile. Et forcément, ça implique que j’influence sur son état d’esprit, sur les choix de ses prochains thèmes.

Prenez donc ce rôle d’influenceur une nouvelle fois, mais cette fois-ci, posez-lui une question.

Pourquoi moi ?

C’est effectivement une question récurrente ici… Le mot de la fin ?

Parlez-en ! Parlez-en ! Étant avant tout lectrice, je me rends compte combien nous les lecteurs sommes confrontés à une pléthore de propositions de lectures, ce qui certes est très sain, mais pour un auteur comme celui de la plume de Crucifixions, exerçant à l’aube de son activité, l’anonymat est une réelle difficulté à surmonter.

D’ailleurs, je vous conseille de lire son 1er roman noir, Cortèges et ses pièces de théâtre. Ça vaut le détour, parole de Capitaine !

2 réflexions sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (29)

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s