Assigné à résidence : : L’interview bracelet électronique 8, Mattias Köping


Nouvelle innovation au collectif Polar : l’interview « bracelet électronique ».

Mais maintenant vous connaissez, non ?

C’est une mesure d’aménagement de peine permettant de réaliser une interview de longue haleine sans obliger l’auteur à être incarcéré. Juste  » Assigné à résidence »

Contrairement à la GAV qui est bien délimitée dans le temps, l’interview bracelet électronique est plus « libre ». Elle peut se dérouler sur plusieurs jours.

Le septième auteur, pardon la huitième auteur ayant dû vivre son quotidien avec le bracelet électronique et à être assigné à résidence est…

Mattias Köping


 Vendredi  21h00

Miss Aline : Bonsoir Mattias,
Commence aujourd’hui ton assignation à résidence avec bracelet électronique !
Peux tu en quelques mots nous donner ta biographie d’auteur ?

Dany : Bonjour Mattias

Mattias : Je me suis fait connaître avec mon premier roman , Les démoniaques, paru chez Ring en octobre 2016. J’ai récidivé en octobre 2018, avec Le manufacturier, toujours chez Ring.

Miss Aline : Tu es donc un jeune auteur. Comment es tu venu à l’écriture ?

Mattias :En fait, j’écrivais bien avant cela. J’avais écrit des romans, des nouvelles, des poésies. Tout cela était très mauvais. J’ai tout détruit et je n’ai pas écrit pendant 13 ans, avant de m’y remettre avec Les démoniaques. J’ai un rapport curieux à l’écriture : ne pas écrire ne pose aucun problème. Si je n’ai pas envie, je n’écris pas. Je m’y remets seulement quand ça me démange. Et « cette démangeaison », je ne me l’explique pas. Quand elle est là, je dois me remettre à écrire.

Miss Aline : quel a donc été ton déclencheur pour écrire à nouveau et surtout sortir les Démoniaques ?

Mattias : Au début, j’avais juste le chapitre 2 en tête : une fille marginale vole un livre. C’est tout. Mais cela a coïncidé avec le débat sur la prostitution, question à laquelle je ne m’étais jamais intéressé auparavant. J’ai été pris d’un grand intérêt pour cette question, devant la violence des débats. Là, la lumière s’est faite :  la fille qui vole le livre était devenue Kimy, une victime d’un réseau de prostitution. J’ai continué à me documenter pour nourrir le livre. Et ce que j’ai découvert m’a effaré et dégoûté…La réalité de cet univers est d’une dureté sordide et effroyable.

Miss Aline : c’est important pour toi de te documenter ? Où prends tes infos (média…) ?

Mattias : Oui, très, car cela donne de l’épaisseur à la toile de fond de mes récits.  Mes personnages principaux sont fictifs, mais tout est nourri par une masse de données. Je m’intéresse beaucoup aux infos, petites et grandes. Pour mes deux bouquins, j’ai lu et relu beaucoup d’articles de presse, mais aussi des choses plus pointues, tels que des comptes rendus de procès, des décisions judiciaires. Je regarde beaucoup de documentaires historiques et de grands reportages ( Envoyé spécial, complément d’enquête, national geographic channel, etc.), je consulte des encyclopédies en ligne ou pas, j’écoute la radio…tout cela donne un aspect très crédible. Mais, j’insiste bien, je ne suis en aucun cas historien ou géopoliticien. J’écris des fictions.

Miss Aline : Lorsque tu écris, as-tu des rituels : même endroit, musique ou pas, un nombre de mots ou de pages, etc ?

Mattias : Oui, j’ai un rituel auquel je ne déroge jamais : je relis systématiquement une partie de ce que j’ai écrit pendant la séance précédente et j’apporte des modifications, grandes ou petites, d’un mot à plusieurs pages. Pour la longueur, c’est très variable : parfois quelques lignes, parfois quelques pages…Pour le reste, je préfère écrire dans le silence, mais ce n’est pas une obligation.

Miss Aline : Pour tes deux romans je t’ai rencontré sur des salons. Tu en fais souvent. Quel est ton rapport aux lecteurs ?

Mattias : J’aime beaucoup rencontrer les lectrices et lecteurs. Ce sont de très bons moments de partage. C’est ce que je préfère dans la dimension publique de l’activité d’écrivain : échanger avec vous 🙂 ! Écrire est vraiment une activité solitaire, alors avoir des discussions avec les lecteurs est plaisant et très instructif. Ils ne voient pas forcément les bouquins sous le même angle que moi et j’apprends des choses sur mes propres livres !

Miss Aline : Bonsoir Mattias, Geneviève te remercie de ta participation..

Mattias : bonsoir à toute l’équipe.

Samedi 08:53

Dany : Bonjour Mattias, je suis le binôme d’Aline pour cette itv et aussi la candide de service « pas lu et pas vu » mais je vais me soigner très prochainement …
Alors j’ai bien compris que l’héroïne était arrivée avant l’intrigue dans les démoniaques, mais une fois le chapitre 2 écrit, est-ce que tu connais la fin de ton histoire ?

Mattias :Bonjour Danièle : je ne sais jamais où je vais. J’écris sans plan préalable. J’avance sur plusieurs possibilités et je me demande si cela fonctionne ou pas. Du coup, je ne pars jamais d’une fin préétablie.

Dany : et du coup tu peux passer d’un format « normal » à un poids lourd …
Donc toujours si j’ai bien compris … il y a un message véhiculé par l’auteur et est-ce que tu trouves essentiel ce rôle de l’auteur ?

Mattias : Un livre est le résultat des choix de l’auteur, à tous les points de vue : fond, forme, style, etc. On peut sans doute dire qu’un livre peut faire passer des messages, mais ce n’est pas non plus une catéchèse : je n’écris pas des romans à thèse. En revanche, je trouve intéressant de ne pas se ménager quand on écrit, et de ne pas non plus chercher à ménager ses lecteurs.

Dany : Je pense que j’avais compris que le « ménagement » c’était pas ton truc … la violence alors : un vecteur, un outil, un incontournable, …

Samedi 11:45

Mattias : En tout cas, la nécessité de la montrer sans fard. Tous les polars noirs et thrillers sont construits sur le crime en général. Mais le crime n’est pas glamour. Or, tel qu’on nous le montre dans les grilles de TV, en prime time, il est comestible, léger, lointain, presque anodin, alors qu’on parle de choses très graves et horribles. Essayer d’approcher au plus près l’insoutenable  est à mon avis ( peut-être que je me trompe) une façon assez efficace de ne pas occulter la vraie nature de la violence au prétexte qu’il faut ménager les lecteurs.

Dany : Jamais d’adaptation TV donc … pas de prime time du moins. Au cinéma c’est envisageable ?

Mattias : En toute franchise, je ne sais pas si c’est une bonne idée : la violence dans un livre est différente de celle d’un film. Le support n’est pas le même : avec un  livre, il faut le temps de lire la page, on peut le refermer, sauter quelques lignes, etc. Les images me semblent beaucoup plus terribles et marquantes. De plus, une image est immédiate. On n’a pas le temps de l’esquiver. En proposant un support visuel, elle s’incruste beaucoup plus dans notre esprit et notre mémoire.

Dany : quand on parle avec René Manzor, il dit justement que la TV c’est une adaptation de l’intrigue à l’image, une vision offerte au spectateur alors que pour le livre l’échange auteur-lecteur est plus intime, suggestif. Ça veut donc dire pour toi que la psychologie est plus importante que l’intrigue ?

Samedi 12:59

Mattias : je les tiens à parts égales, même si j’accorde d’abord une grande importance à mes personnages. Ce sont eux les vecteurs de la profondeur psychologique du bouquin. Ils donnent l’état d’esprit global au livre. C’est pour cela que je les travaille avec soin, en particulier les ordures. Si votre sale type n’est pas crédible, alors l’atmosphère noire va s’en ressentir. Et c’est aussi ce que je préfère travailler. C’est très stimulant de faire naître des personnages et de les observer évoluer. Parfois même, ils vous échappent et vivent leur vie.

Dany : Merci pour ces précisions très intéressantes …
Comme je disais, je ne t’ai jamais lu. J’ai tremblé avec Sinestra d’Armelle Carbonel, je ne suis toujours pas remise de La dynamique du chaos de Ghislain Gilbert, j’ai aimé Du feu de l’enfer de Sire Cédric mais je n’ai pas terminé l’enfant des cimetières … peux-tu me donner 3 bonnes raisons de lire Mattias Köping et par quel roman commencer ?

Mattias :En fait, je vais commencer par un avertissement, car il est important qu’un auteur précise la nature de ses bouquins auprès des lecteurs : mes livres s’adressent à un public averti. Cela étant dit, les lecteurs s’y aventurent désormais en connaissance de cause.
Trois raisons pour lire mes livres, donc :

1./ si vous aimez le noir, vous serez à votre aise.

2./ Je ne transige pas avec les attendus de type « grand public » . Il y a certes des moments de grâce dans mes livres, mais rien ne s’arrange jamais. Je ne cherche pas à créer à toute force du happy end ou ce genre de chose.

3./ on peut en  apprendre un peu sur les côtés obscurs de nos sociétés en lisant mes bouquins.

Quant à l’ordre, il n’y en a pas. En fait, mes deux livres sont assez différents et totalement indépendants. Peut-être que Le Manufacturier est plus dur que mon premier bouquin.

Mattias : Merci et à bientôt 🙂 !

Miss Aline : Pour conclure as tu un coup de cœur ou un coup de gueule à ajouter ?

Mattias : Un coup de cœur, oui ! Merci à toutes mes lectrices et à tous mes lecteurs, à toutes les passionnées et tous les passionnés qui partagent avec enthousiasme leurs avis sur les livres et qui donnent de leur temps sans compter pour rendre compte de leurs lectures, mais aussi pour animer des blogs, des sites et pour créer des événements. Vous êtes les meilleurs relais pour les bouquins. Un grand merci, donc ! 🙂

 Aline : Geneviève, Daniele et moi-même te remercions pour ce moment de partage.
On te rends ta liberté en te retirant ton bracelet électronique.Bonne journée Mattias.

Sans Mobile Fixe de Guillaume Grivet.


Le livre : Sans Mobile Fixe de Guillaume Grivet. Paru le 15 Mars 2019 aux éditions Le Lamantin dans la collection Le Lamantin des profondeurs. 18€ ; (262 pages.) ;  22 x 14 cm

4ème de couverture :
Pour son premier jour à Rennes, le capitaine Barbara Martin hérite d’une mission simple : retrouver un clochard soupçonné d’avoir tué une jeune fille en pleine rue. La policière au physique impressionnant va bénéficier de l’aide de Max, un SDF impliqué malgré lui. Tous deux sont bien placés pour savoir que les apparences peuvent être trompeuses. Ils ne vont pas être déçus.

L’auteur : Né en 1979 à St Malo, Guillaume Grivet vit et travaille près de Rennes, où il est également auteur, acteur et metteur en scène de théâtre. Inspiré tant par les auteurs modernes que par la littérature classique, la culture télévisuelle, le cinéma, la poésie, le rock ou la bande dessinée, il hybride ses influences dans un style aussi singulier qu’efficace. Sans Mobile Fixe est son premier roman, dans lequel il introduit des personnages qu on aura plaisir à retrouver.

 

 

 

Extraits :
«Parfois, comme ça, aux moments les plus inattendus, surgissait encore cette petite étincelle d’humanité qui, si l’on n’y prenait pas garde, vous embarquait sur cette route de l’espoir qui conduit aux désillusions. »

Les Lectures de Maud :

Version  lue : Broché

Mention : Premier Livre

 Sans Mobile Fixe de Guillaume Grivet.

Une enquête qui parait de prima bord, très facile. On connaît le meurtrier, il ne reste plus qu’à Barbara de le trouver et de le mettre en prison. Sous cet aspect, tout paraît simple, et pourtant, en creusant un peu car le Capitaine ne suis pas aveuglement les ordres, elle va mettre en lumière une toute autre affaire…

Barbara Martin, nouvellement nommée à Rennes, prend ses marques avec la ville, s’habitue à la Province et apprend à connaître ses collègues. Son passé la hante, la peur de se retrouver dans la même situation qu’à Paris, lui fait faire des erreurs. Elle n’enquête plus avec ses réflexes d’avant. Elle est sensible, attachante, sort de temps en temps des sentiers battus ; mais n’a qu’un but la vérité, pas celle qu’on lui sert.

Max, SDF, va s’avérer un atout précieux dans cette enquête. Lui également veut connaître la vérité. Il se méfie des flic et pourtant va aller à la rencontre du capitaine afin qu’ensemble ils résolvent ce mystère et qu’un innocent en finissent pas en prison.

Ensemble, ils vont déterrer les pistes et chercher ce mobile de ce meurtre car contre tout apparence ils auraient déjà le coupable sous la main.

Le Monde de l’Art, est presque un personnage à part entière, les rivalités, le monde cruel face à de futurs artiste en mal de reconnaissance.

L’auteur signe ici un excellent premier roman, du rythme, une plume ciselée et dynamique ; le tout avec une fine dose sur les préjugés et les idées préconçues. De nombreux rebondissements tiennent en haleine le lecteur. Aucun temps mort, les personnages ont des failles, des défauts et des qualités ; ce melting-pot amène une crédibilité au récit. L’erreur est aussi de mise. Les valeurs sociétales, les clichés sont très bien abordés dans ce livre, avec finesse et humour. Des personnalités fortes qui se rencontrent, vous réservent quelques scènes explosives. Le respect et la confiance sont également à l’honneur. La vie dans la rue tout comme le secret de Barbara, sont des éléments abordés avec douceur et habilité. Le titre également est un sacré clin d’œil à l’ensemble de ce livre. Un livre à découvrir !!! Je suivrai attentivement les futures sorties de l’auteur.

Je remercie les éditions Le Lamantin pour leur confiance