Le tireur de Glendon Swarthout

Le livre : Le tireur  de Glendon Swarthout.

4e de couv :

Le tireur

Au tournant du XXe siècle, John Bernard Books est l’un des derniers survivants de la conquête de l’Ouest. Après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far West, il apprend qu’il est atteint d’un cancer incurable : il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Les vautours se rassemblent pour assister au spectacle de sa mort, parmi lesquels un joueur, un voleur de bétail, un pasteur, un croque-mort, une de ses anciennes maîtresses, et même un jeune admirateur. Mais Books refuse de disparaître sans un dernier coup d’éclat et décide d’écrire lui-même l’ultime chapitre de sa propre légende.

À l’instar de Larry McMurtry avec Lonesome Dove, Glendon Swarthout signe avec Le Tireur un western incontournable.

L’auteur : Glendon Swarthout (1918-1992), né le 8 avril 1918 à Pinckney, , dans le Michigan, et mort le 23 septembre 1992 à Scottsdale, en Arizona, est un écrivain américain, auteur de western et de roman policier. C’ est un auteur prolifique qui s’est illustré dans divers genres littéraires, mais qui était surtout reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’Ouest américain et du western. Plusieurs de ses romans ont été des best-sellers et sept d’entre eux ont été portés à l’écran.

 

 

Extrait :
« Il chevauchait au pied des Organ, une chaîne de montagnes désolée qui s’étendait au sud et à l’est à travers des plateaux sablonneux ridés de vaguelettes desséchées. Il avait fixé à l’arrière de sa selle une valise noire et une cafetière en porcelaine. Le couvercle avait émis un claquement monotone toute la matinée. Il s’arrêta et, pivotant lentement, il détacha la cafetière, se tourna à nouveau et la lança aussi haut qu’il put dans les airs. Il comptait dégainer et tirer pour la cribler de balles avant qu’elle ne touche terre, mais l’effort de son lancer lui provoqua une telle douleur dans l’aine qu’il ne parvint pas à dégainer. Il s’affala, agrippa le pommeau de sa selle et la cafetière heurta le sol, roulant au bas d’une vaguelette de sable, claquant et claquant encore. »

Le post-it de Ge

John Bernard Brooks, l’un des derniers survivants de la conquête de l’Ouest apprend, après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far West, qu’il est atteint d’un cancer incurable. Il décide de réaliser un dernier coup d’éclat.

Un putain d’auteur. Pratiquement inconnu en France, G. Swarthout est considéré aux Etats-Unis comme l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire du Far West. Edité dans les années 70/ 80 par la série Noire puis les Presses de la Cité, il a disparu pendant 20 ans des tablettes avant que Gallmeister le republie il y a 7 ans . Le tireur ( Une gachette, en série noire)est le son roman référence de Glendon Swarthout. Ce western incontournable, a été porté à l’écran par Don Siegel en 1976, avec John Wayne dans son dernier grand rôle. Pour et selon Claude Mesplède, c’est« un des plus extraordinaires récits sur la mort de toute la littérature ». Alors si Claude l’a dis !

Ce que l’on peut dire aussi de ce roman c’est que Le Tireur est un western magistral, dur et bien ficelé.

Ce roman est même bien plus qu’un western ; les personnages y sont infaillibles, l’intrigue est passionnante. Glaçant, macabre, captivant du début à la fin. Le duel final est un classique. Un conte fascinant, impossible à lâcher avant la dernière ligne. Ce livre magnifiquement écrit va vous laisser scotché dans votre fauteuil pendant plusieurs heures.

Ah dernière petite chose : Ce roman est publié dans une nouvelle traduction intégrale.

Allez parce que c’est vous je vous donne à lire le début du roman

Un

IL PENSA : Quand j’arriverai là-bas, personne ne croira jamais que j’ai réussi un tel voyage à cheval et, Dieu m’en est témoin, je n’y croirai pas non plus.

Il était midi en cette journée maussade. Le soleil était pareil à un œil injecté de sang dans la poussière. Son cheval souffrait d’une fistule. Une friction entre la selle et la couverture, une épine, un caillou ou un nœud de ficelle avait créé un abcès au niveau du garrot, profond et purulent, et l’unique traitement, il le savait, aurait été de cautériser la plaie et de la laisser sécher à l’air libre sans remonter sur l’animal, mais il ne pouvait pas s’arrêter. Si le cheval souffrait, l’homme souffrait davantage encore. C’était son neuvième jour de voyage, et le dernier.

Il arborait un Stetson gris, une redingote noire, un gilet et un pantalon gris, une chemise blanche, une cravate grise et des bottes en lézard noires.

Entre le cuir de la selle et son arrière-train, il avait calé un coussin moelleux en velours écarlate orné de glands dorés. Il n’aurait pas supporté le voyage sans ce coussin. Il l’avait volé dans un bordel de Creede, au Colorado.

Il chevauchait au pied des Organ, une chaîne de montagnes désolée qui s’étendait au sud et à l’est à travers des plateaux sablonneux ridés de vaguelettes desséchées. Il avait fixé à l’arrière de sa selle une valise noire et une cafetière en porcelaine. Le couvercle avait émis un claquement monotone toute la matinée. Il s’arrêta et, pivotant lentement, il détacha la cafetière, se tourna à nouveau et la lança aussi haut qu’il put dans les airs. Il comptait dégainer et tirer pour la cribler de balles avant qu’elle ne touche terre, mais l’effort de son lancer lui provoqua une telle douleur dans l’aine qu’il ne parvint pas à dégainer. Il s’affala, agrippa le pommeau de sa selle et la cafetière heurta le sol, roulant au bas d’une vaguelette de sable, claquant et claquant encore.

Il y avait désormais de nombreux bosques, ou bosquets, qu’il contournait. Mais le sentier l’obligea à passer entre deux arbustes, et alors qu’il s’y employait, un homme surgit d’un buisson et, braquant un revolver antique à barillet, lui croassa de jeter son portefeuille à terre. L’homme était mince et âgé, évoquant au cavalier son propre grand-père qui avait été parfois poussé à commettre des actes désespérés. Il avait la main gauche en griffe, pliée en permanence au niveau du poignet, les doigts raides et écartés. Serrant les rênes, le cavalier fouilla dans sa redingote. Main Tordue agita son revolver en guise d’avertissement.

— Je ne suis pas armé, lui assura le cavalier. Fais attention avec ce revolver.

Il sortit le portefeuille de sa redingote et le lança. Le regard du vieil homme en suivit la trajectoire et il n’aperçut pas l’arme dans la main du cavalier, apparue aussi soudainement qu’une vague de sable soufflée par le vent, ni n’entendit la détonation de la balle qui explosa dans son abdomen, perfora ses organes vitaux et, déviée par la colonne vertébrale, vint se loger et terminer sa course dans la cavité de la hanche gauche. Il lâcha son arme et tomba à genoux, couinant comme un cochon qu’on égorge.

— Seigneur tout-puissant, tu m’as tué !

— Apporte-moi mon portefeuille.

— Je peux pas ! Seigneur tout-puissant !

— Apporte-le-moi, vieux salopard, ou je t’en colle une autre dans le même trou.

La griffe du vieil homme s’agita sur le portefeuille, sa main valide pressée contre son ventre comme s’il s’agissait d’un tonneau débouché se vidant à gros bouillons, puis il chancela jusqu’au cavalier et lui tendit son portefeuille.

— Merci, dit ce dernier en rangeant son arme et son portefeuille avant de reprendre ses rênes.

— Tu vas pas me laisser en plan ici !

— Si. (Le cavalier le scruta.) Mais je vais te rendre un service. Tu as un mal de ventre dont tu ne risques pas de guérir. Tu peux agoniser ou mourir tout de suite. Si tu le souhaites, je t’achève.

— Achève-moi !

— Si j’étais dans le même pétrin que toi, je me sentirais redevable. Je suis bon tireur et tu es déjà bien vieux, et la vie n’a pas l’air de t’avoir fait de cadeaux.

Main Tordue recula, tomba une fois encore à genoux et se mit à sangloter comme un enfant. La bouche ouverte de stupéfaction. De la salive lui coulait sur le menton.

— Comme il te plaira, dit l’homme sur son coussin écarlate, faisant demi-tour pour repartir. N’essaie pas de braquer quelqu’un d’autre avant de mourir, papy. Tu es vraiment nul pour ça.

Une heure encore sous le soleil obscurci et irrité par la poussière, et il atteignit une crête surplombant le col : à ses pieds s’étendaient la ville et le Rio Grande, et plus loin encore, Ciudad Juárez, une autre chaîne de montagnes et le Mexique. Un vent frais le poussa depuis la crête jusqu’au col. Il n’était pas revenu à El Paso depuis des années et la ville s’était considérablement développée, avait-il entendu dire, oscillant entre péché et rédemption. Ils y avaient installé des églises, un ou deux Républicains, une flopée de banques et une salle de concert pour orchestre symphonique, ainsi que cinq gares ferroviaires, une scierie et les fondations d’une bibliothèque. Voilà pour le péché. Quant à la rédemption, on dénombrait environ quatre-vingt-dix saloons, presque un pour cent habitants, bien que les béni-oui-oui de la ville aient fait reculer les salles de jeu à l’arrière des établissements ou dans les étages. Il y avait dans Utah Street un pâté de maisons offrant les bordels les plus chics et les filles les plus élégantes de toute la chrétienté. Le champagne se vendait à cinq dollars la bouteille et les filles se promenaient en calèche le dimanche. À El Paso, disait-on, “il faisait jour toute la journée, et il faisait jour toute la nuit, aussi”.

Il pensa : Si Hostetler est là et s’il dit que je vais bien, et il ferait bien de le dire après que j’ai parcouru presque cinq cents kilomètres pour le voir, je retrouverai mes trente ans en trente secondes. Je prendrai la meilleure chambre du Grand Central ou du Orndorff Hotel. Je dînerai d’huîtres et de palomitas que je noierai dans du vin blanc. Puis j’irai à l’Acme, au Keating’s ou au Big Gold Bar, je m’installerai, prendrai mon jeu de cartes, sortirai une quinte flush et gagnerai 1 000 dollars. J’irai ensuite au Red Light ou au Monte Carlo, où j’enflammerai la piste de danse. Je me rendrai dans une maison close et leur ferai remplir une baignoire de champagne français, je me déshabillerai et y plongerai en compagnie d’une blonde nue, d’une rousse et d’une mulâtresse, et tous les quatre, nous nous enivrerons, nous rirons et lâcherons des pets diaboliques en faisant des bulles, puis nous nous baptiserons au nom de ma Paire, du Pénis et du Piper-Heidsieck.

Mû par de telles perspectives, il poussa son rouan au trot, augmentant la douleur dans son aine, et se maudit de s’être imaginé à nouveau trentenaire et d’avoir ainsi mis la charrue avant les bœufs.

Il entra dans El Paso par l’ouest, évitant comme la peste Santa Fe Street et la grand-place. Il ne fallait pas qu’on le reconnaisse déjà, pas avant que Hostetler ne lui ait annoncé la bonne nouvelle. Il tourna au sud dans Chihuahua Street et fut aussitôt entouré de chariots, de cabriolets et de calèches. La ville lui était presque méconnaissable. La plupart des vieilles bâtisses hospitalières en adobe avaient été remplacées par des structures à un étage aux façades de briques ornées de fausses corniches. À intervalles réguliers se dressaient de hauts mâts reliés par des câbles et il comprit peu à peu qu’il s’agissait de poteaux et de câbles pour le téléphone et l’éclairage électrique. Encore un peu, pensa-t-il, et il y aurait des troupeaux de calèches sans chevaux. À ce rythme-là, El Paso serait aussi urbanisée que Denver, bien trop prétentieuse pour un homme qui aimait lâcher prise de temps à autre. Les rues, elles, étaient toujours recouvertes de graviers et de nids-de-poule sablonneux.

À l’angle de Chihuahua et d’Overland, un petit vendeur de journaux braillait. Le cavalier tira sur les rênes, lui lança d’une pichenette une pièce de cinq cents et jeta un coup d’œil à la première page afin de découvrir ce qui se passait dans le monde. C’était le Daily Herald d’El Paso en date du mardi 22 janvier 1901. Il affichait en une deux titres gigantesques : LA REINE VICTORIA EST MORTE et VIVE LE ROI. Il lut l’article principal :

Londres, 22 janvier – La Reine Victoria vient de décéder. Ses derniers instants auront été vécus sans douleur. Elle se trouvait dans un état comateux depuis un certain temps. La famille royale entourait son lit de mort, plongée dans le silence tandis que la souveraine la plus célèbre du siècle passait dans l’au-delà. Les préparatifs ont été aussitôt mis en œuvre afin d’annoncer officiellement la nouvelle au Prince de Galles et de le couronner sous le nom d’Édouard VII.

Il replia le journal et le glissa dans sa poche avant de tourner à l’est dans Overland Street, regardant à droite et à gauche. Plusieurs maisons affichaient un panneau où l’on pouvait lire PENSION COMPLÈTE, mais sur l’une d’entre elles, une bâtisse neuve d’un étage en briques, agrémentée d’un porche, d’une allée et d’une clôture en bois, un panneau plus petit annonçait CHAMBRE LIBRE. Sa simplicité lui plut. Elle était chic. Il tira sur ses rênes et se demanda si, au bout de neuf jours, il parviendrait à mettre pied à terre tout seul.

Il retira le coussin sur lequel il était assis. Passer la jambe droite par-dessus la selle déclencha une douleur si violente qu’après avoir dégagé sa botte gauche de l’étrier, il fut contraint de se pencher un instant, le front posé sur le troussequin de la selle, en sueur. Il coinça le coussin sous son bras, attacha son rouan à la clôture en bois et monta les marches d’un pas mal assuré avant de frapper à la porte d’entrée, une porte à doubles battants décorée de vitraux.

Une femme lui ouvrit. Il voulait loger en pension complète pendant un jour ou deux. Elle lui dit préférer des réservations plus longues. Il insista, expliquant qu’il venait de chevaucher neuf jours et qu’il était trop harassé pour perdre son temps à chercher ailleurs. Elle le laissa entrer pour inspecter la chambre. Elle se trouvait dans un angle à l’arrière de la maison, au rez-de-chaussée, et on y accédait par un couloir donnant un peu plus loin sur le salon et sur la salle à manger de l’autre côté. Elle avait une fenêtre au sud, une autre à l’ouest, et elle était équipée d’un lavabo avec l’eau courante. La salle de bains, dit la femme, se trouvait au bout du couloir et le tarif était de deux dollars par jour.

— Il n’y a pas de tiques dans le lit, hein ?

— Certainement pas.

— Je prendrai mes repas ici.

— Je les sers dans la salle à manger.

— Je vous paierai trois dollars par jour.

Elle hésita.

— Oh, très bien. Puisque vous ne restez qu’un jour ou deux.

— Auriez-vous quelqu’un pour faire des courses à ma place ?

— Il y a mon fils. Gillom.

— Dites-lui de conduire mon cheval à une écurie. Mais faites-moi d’abord porter mon bagage. Puis allez trouver un docteur du nom de Hostetler et demandez-lui de passer me voir.

— Vous pouvez téléphoner au docteur. Nous avons le téléphone.

— Je ne sais pas comment faire. Et je ne suis pas d’humeur à apprendre aujourd’hui. Faites-le.

— Vous semblez habitué à donner des ordres.

— Non, madame. Habitué à n’en faire qu’à ma tête.

— Je vois.

Elle le laissa. Il ouvrit le robinet du lavabo, se lava le visage et les mains, puis plaça le coussin écarlate sur un fauteuil en cuir, s’y assit avec prudence, étira les jambes et ferma les yeux.

Au bout de quelques minutes, elle lui apporta son bagage.

— Sur le lit, dit-il, paupières closes.

— J’ai appelé le docteur Hostetler. Il passera bientôt. Il voulait connaître votre nom.

— Qui d’autre loge chez vous ?

— J’ai trois pensionnaires réguliers. Deux employés des chemins de fer et une femme, une institutrice. Ils logent à l’étage. Je m’appelle madame Rogers. Je ne connais pas votre nom.

— Est-ce nécessaire ?

— Pour vivre sous mon toit, oui.

Il ouvrit les yeux et l’examina. Elle avait quarante ans, pensait-il, un visage ordinaire, un corps puissant, des manches bouffantes et un col blancs, un mari qui, imaginait-il, portait une visière et deux brassards aux manches de sa chemise, passait son temps assis à un bureau, faisait l’amour à son épouse une fois par semaine dans le noir après avoir pris son bain. L’Ouest se peuplait de femmes comme elle, et elles l’intéressaient autant qu’une fiente de hibou séchée.

— Hickok, dit-il. William Hickok.

— Et d’où venez-vous, monsieur Hickok ?

— D’Abilene, dans le Kansas.

— J’ai entendu dire que c’est une ville sans foi ni loi.

— Tout à fait.

— Et que faites-vous là-bas ?

— J’en suis le shérif.

— Oh. C’est bien.

— Non, ce n’est pas bien.

Elle se mordit la lèvre.

— Je suis contente que vous ne restiez pas longtemps, monsieur Hickok. Je crois que je ne vous apprécie pas vraiment.

— Peu de gens m’apprécient, madame Rogers.

Elle recula vers la porte.

— Mais je suis très respecté, lui assura-t-il.

Au coin de la fenêtre sud, Gillom Rogers espionnait le nouveau pensionnaire. L’homme défit son bagage et rangea ses affaires dans un tiroir du chiffonnier, puis suspendit sa redingote dans le placard. Lorsqu’il se retourna, il n’était plus vêtu que d’une chemise et d’un gilet. Le garçon écarquilla les yeux. De chaque côté du gilet, un étui avait été cousu à l’envers et dans chaque étui se trouvait un revolver, crosse vers l’avant. Sous le regard du garçon qui retenait son souffle, l’homme sortit les armes, fit tourner les barillets et rechargea une des chambres qui avait de toute évidence été vidée, puis il les replaça dans son gilet avant de le suspendre à son tour dans le placard. Les revolvers étaient une paire de Remington nickelés de calibre .44 à canon court et à action double, sans viseur, sans doute fabriqués sur mesure. Une des crosses était en gutta-percha noire, l’autre en nacre.

Gillom s’éloigna discrètement pour mener le cheval à l’écurie, laissant échapper de ses poumons un soupir de soulagement pour accueillir une telle révélation. Il avait dix-sept ans et passait le plus clair de son temps dans les saloons. Il n’était pas encore autorisé à boire, mais il prenait du bon temps et récoltait de nombreuses informations, certaines véridiques et d’autres, d’une authenticité contestable. Mais l’homme dans la chambre du fond ne lui était pas étranger. Il avait entendu bien assez d’histoires glaçantes et terrifiantes pour savoir qu’un seul homme portait ainsi une telle paire de revolvers.

Il avait sorti une bouteille de whisky de sa valise qu’il avait posée sur l’étagère du placard. Il en but une gorgée et s’installa sur son coussin écarlate avant de déplier leDaily Herald. Il le feuilleta pour passer le temps. Il lut un écho mondain :

Mme Harry Carpenter a tenu une soirée tout à fait délicieuse lundi dernier au domicile de Mme Holm, en l’honneur de son invitée, Mlle Johnson. Un jeu de levées a été organisé, et après un certain nombre de parties, Mlle Anne Martin a remporté la mise des dames, un magnifique plateau peint à la main. La mise des messieurs, une adorable brosse à vêtements en ébène à monture d’argent, a été remportée par Frank Coles. Vers 11 heures, les invités ont été dirigés dans la spacieuse salle à manger où ils se sont vu servir des rafraîchissements. Après le souper, Mlles Martin et Trumbull ont charmé les convives de leurs chants mélodieux.

Il lut une publicité :

Le docteur Ng Che Hok, médecin chinois diplômé et fort d’une expérience de vingt ans, soigne toutes les maladies féminines et masculines. Il garantit une cure contre : les infections du sang, la virilité perdue, les maladies de peau, les œdèmes, les hernies, la gonorrhée, les scrofules, les paralysies, les rhumatismes, les maladies du cerveau, du cœur, des poumons, des reins, du foie, de la vessie et tout malaise féminin. Ces maladies sont soignées exclusivement à base de plantes, sans aucune intervention chirurgicale. Consultation gratuite.

On frappa à la porte.

— Je m’appelle Charles Hostetler.

— Docteur. (L’homme ne se leva pas.) Asseyez-vous, dit-il en lui désignant une chaise en bois. Vous me reconnaissez ?

— Je ne crois pas, non.

— Vous m’avez retiré une balle à Bisbee, dans l’Arizona, il y a huit ans de ça.

Le docteur posa sa sacoche et prit place sur la chaise.

— Bisbee. Voyons voir. (Il se pencha en avant.) Books.

— Tout à fait.

— John Bernard Books.

— Tout à fait.

— Vous avez changé.

— Ça ne nous rajeunit pas.

— Mais je dois dire que vous semblez en meilleure forme que ce soir-là.

— J’espère bien. C’était une sacrée altercation.

— Vous aviez tué deux hommes.

— Ils avaient presque réussi à me descendre. C’est la seule fois où j’ai été touché. J’en ai pris une dans le ventre, dans un restaurant, aux alentours de minuit. J’ai eu une sacrée chance que vous soyez dans les parages.

— Je m’en souviens. Vous aviez eu chaud. Je ne sais toujours pas aujourd’hui comment vous avez réussi à vous en sortir.

17 réflexions sur “Le tireur de Glendon Swarthout

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