Assignée à résidence : L’interview bracelet électronique 10, Nicolas Lebel

Assignée à résidence : L’interview bracelet électronique 10, Nicolas Lebel

L’interview « bracelet électronique »,  vous connaissez maintenant, non ?

C’est une mesure d’aménagement de peine permettant de réaliser une interview de longue haleine sans obliger l’auteur à être incarcéré. Juste  » Assigné à résidence »

Contrairement à la GAV qui est bien délimitée dans le temps, l’interview bracelet électronique est plus « libre ». Elle peut se dérouler sur plusieurs jours.

Le neuviène auteur ayant dû vivre son quotidien avec le bracelet électronique est…

Nicolas Lebel

MER 08:01

Miss Aline : Bonjour Nicolas, bonjour Geneviève et bonjour Danièle
Commence maintenant l’assignation à résidence de Monsieur Nicolas Lebel.
Nicolas,  peux-tu te présenter en quelques mots ?

Dany : Bonjour Nicolas, bonjour Aline, bonjour Cheffe

Geneviève : Bonjour les flingueuses

Nicolas Lebel : Damn ! Il est tôt ! J’espérais une garde à vue grand luxe avec lit king size, croissants et spa ! Je suis un roux héliophile (nous ne sommes pas nombreux) amateur de chocolat et de whiskies Iskay, sportif fumeur et auteur de polars quand le temps s’y prête…

Dany : Tu les veux à quelle heure les massages ?

Nicolas : Ah enfin un peu de standing ! Disons 11h, à mon prochain réveil, quoi…

Dany : Sérieux Nicolas,  on a pris des cours d’interrogatoire avec ta grenouille … il va falloir être plus …. précis !

Nicolas : pouvez répéter la question ?

Dany : Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Nicolas : Nicolas Lebel, né le 29 11 1988 à Paris 12. Sagittaire ascendant nougatine. Professeur d’anglais. Je ne dirai rien d’autre avant l’arrivée de mon avocat. Je connais mes droits.
Ah et dans 5 minutes je pars bosser…

Miss Aline : Pas besoin d’avocat, il s’agit d’une audition en qualité de simple témoin…. pour le moment.

Dany : Je crois que le prévenu triche sur son année de naissance Aline … signe de coquetterie ?

Nicolas : PAS DU TOUT !!!! J’ai des témoins !

Miss Aline : Il pense que nous ne savons rien …. oui sûrement Danièle.

Dany : Nous avons nos indics aussi …

Nicolas : Norek et Tackian ont toujours cherché à me nuire !

Dany : Pas d’esquive Nicolas … Ta jeunesse de lecteur … tu nous en parles ?

Nicolas : Mais bien sûr….
Je lisais peu gamin, surtout parce que le bouquin n’était pas un objet usuel. Mes parents lisaient peu, alors je lisais et relisais les mêmes BDs. La découverte du livre s’est faite bien plus tard. Un peu au collège, beaucoup au lycée où je lisais tout ce qui m’attirait. J’ai lu tout Freud et découvert Edgar Morin en seconde par exemple, pendant que l’école me faisait découvrir Madame Bovary.

Dany : et quels étaient les héros, tes modèles ?

Nicolas : Je ne crois pas en avoir eus…

Miss Aline : Comment t’es venu l’envie d’écrire ?

Nicolas : La réponse… à mon retour ! Bises

MER 18:22

 

Nicolas : J’étais une quiche en dessin et en musique. Il fallait bien que ça sorte d’une manière ou d’une autre ! Alors l’écriture s’est imposée dès mes 12-13 ans… Des poèmes, des petites nouvelles… Puis j’ai travaillé davantage la forme à mesure que je comprenais en cours comment les grands auteurs avaient fait. Le travail de la forme s’est rapidement imposé en complément de l’intrigue en elle-même.

Dany : Quel était ton public à cette époque ?

Nicolas : Mes copains élèves puis un groupe d’amis plus restreints, puis ma copine du moment…

Miss Aline : parles-nous du travail d’écriture en lui même : tes rituels (musique, temps d’écriture, lieux)

Nicolas : Je commence par ouvrir le dico, papier ou virtuel. Puis je relis ce que j’ai écrit la veille pour me mettre dans le bain. Je retravaille, réécris, efface, étoffe. Puis je m’attaque à la partie suivante. J’ai une visibilité sur 3, 4 chapitres à venir, alors j’écris. Quand j’arrête ( surtout à cause de la faim au bout de  5 à 8 heures plus tard parce que j’oublie souvent de déjeuner), je prépare le travail à venir : quels chapitres viendront ensuite ? Je prépare de manière à savoir toujours ce que j’ai à écrire quand je me mets au travail. Je n’ai pas le temps de me demander ce que je dois écrire, il faut que mon plan me le dicte. Le lendemain, je recommence ces étapes dans le même ordre.
Jamais de musique. J’y suis un peu trop sensible, et la musique influence mon humeur. Donc pas de musique. J’ai écrit un texte une fois en n’écrivant qu’en musique, parce que je voulais être « sous influence ». Je ne le fais pas pour le polar.
Quant au lieu, le mieux c’est chez moi. Mais tant que j’ai un ordi et une connexion internet (pour les dicos), je peux bosser.

Miss Aline : Mehrlicht l’anti-héros, pour quoi un tel personnage ?

MER 21:22

 

Nicolas : Le capitaine Mehrlicht est un flic qui agrège des éléments notoires des archétypes du flic : l’imperméable de Columbo, l’âge de Maigret, la clope de Bourrel, l’argot de Vidocq… Ce sont précisément ces éléments qui font de Mehrlicht un personnage différent, parce qu’il est d’un autre temps, en décalage et en souffrance. C’est un petit homme rongé par la Gitane et par le deuil, à la peau jaune, à la voix érayé, un homme fragile et cynique, vieillissant et obsolescent, raide et réac. Mehrlicht, c’est aussi un amateur de bouquins, un érudit vieille-école qui n’approche ni télé ni ordinateur et qui distribue les vannes comme autant de gifles, jusqu’à en devenir pénible… Un tel bonhomme me permet de m’amuser, de me lâcher aussi.

MER 22:32

Miss Aline : Quel avenir lui réserves-tu ?

Nicolas : C’est classé secret défense. Je pourrais vous le dire mais je devrais ensuite vous pousser dans un mixeur…

Miss Aline : Et il faudrait un très gros mixeur…
Décalé Mehrlicht mais profondément humain et attachant.

 Jeudi 08:06

Miss Aline : Bonjour à tous.

Quel est le rôle d’un auteur ? En a-t-il seulement un ?

Dany : Bonne journée à vous !!!
L’auteur dort Miss Aline…Il a fait la fête hier ?

Miss Aline : Tu crois …?

Dany : Est -ce qu’il respire au moins ?….

Miss Aline : Il cherche comment se débarrasser de Mehrlicht..!!

Dany : Ou de nous …

Miss Aline : Ça ça va être plus compliqué…

Nicolas : Je fais passer le bac… Quand je vous dis que je suis très pris…

Dany : On se revoit plus tard ?…

Miss Aline : Bac quoi ?

Nicolas : Viii vers 15h ! Je réfléchis au rôle de l’auteur… s’il en a un…

Geneviève : Salut les Flingueuses, Hello mister Nico.
Nicolas,  je veux bien jouer ton avocat si tu as besoin.
C’est vrai les filles, notre auteur repasse le BAC, soyez un peu patientes, quoi😛 😉

Miss Aline : Bonjour Ge . Il a dit « je fais passer le bac » et pas « je passe mon bac »
Les épreuves sont en juin !

Geneviève  : Oui c’est ce qu’il nous fait croire😜

Dany : Quel blagueur celui-là !!!

Geneviève : ça Danièle c’est le mot qui lui va bien !

Dany : Ou alors il fait ses valises pour s’échapper …

Geneviève : Il ira pas loin avec son bracelet électronique.

Dany : Il est toujours branché?

Geneviève : oui, oui

Dany : Besoin physiologique urgent ?
Café les filles en attendant ?

Miss Aline : Chocolat pour moi!

Geneviève : Non moi je file prendre le bac pour la bibliothèque. A tantôt les flingueuses

Dany et Miss Aline : 👍

Geneviève : autour de 15h c’est ça le rdv, non ?

Miss Aline : Ouii

Geneviève : Ok, j’essaierai d’être là !

15:02

Dany : Hello, il y a quelqu’un ?

Nicolas : viii !

Dany : Alors, heureuse de te revoir Nicolas … tu reprends où on en était ? Le rôle de l’auteur ?

Nicolas : Je ne sais pas… Je raconte des histoires ancrées dans notre présent, dans l’actualité, mais aussi dans notre histoire.

Dany : Néanmoins, sans être un lanceur d’alerte, tu mets en lumière des situations préoccupantes

Nicolas : On peut dire ça.

Dany : C’est un peu court jeune homme … Quand tu choisis de parler de l’immigration, ou des violences conjugales … ça n’est pas seulement un artifice d’écrivain ?

Nicolas : Non, bien sûr. J’ai un engagement politique assez visible. J’écris sur des sujets qui me touchent, évidemment. J’espère que ça peut être un moyen de porter ces combats sous les yeux de chacun.

Dany : Tu me rassures … Comment construis-tu tes romans … l’intrigue principale d’abord puis le contexte social ou l’inverse ?
Quel est le point de départ ?

Nicolas : Tout commence avec une idée, ou plutôt deux ou trois, qui s’agrègent qui prennent sens ensemble. Un article de presse, une nouvelle, un bouquin lu… Ça tourne pendant un moment, en général, pendant que je travaille sur autre chose. Puis des épisodes me viennent, des scènes sans lien entre elles, des images, et bientôt la scène de fin. A partir de là, je sais où je vais. Je n’ai plus qu’à trouver le chemin. La documentation (conséquente) vient combler les trous.

Miss Aline : Jusqu’à quel point tes personnages partagent ton quotidien ?

Dany : Un grand tableau sur un mur, un paquet de post-it sur le miroir de la salle de bains, un petit carnet moleskine, papier crayon ou ordi-tablette ?
ou tout dans la tête ?

Nicolas : Non, non, chacun chez soi. Je ne vais pas chez eux, ils ne viennent pas chez moi. Mais évidemment quand on est dans l’écriture d’un roman, on y pense en continu…
Une base papier stylo, puis plein de fichiers words ; le plan par chapitres / les personnages / la documentation…

Dany : Combien de temps de préparation avant l’écriture ?

Nicolas : Il n’y a pas de règles. Il faut juste que les caméras soient aux bons endroits, dans les bons décors avec les bons personnages. Moteur !
Ça y est ? Je suis libre ? C’est une erreur judiciaire… Je vous le dis dans les yeux…
Ma personne est sacrée, je vous dis !!!

Miss Aline : Tu peux nous parler de ton actualité ?

Nicolas : Viiii ! J’attaque bientôt (au retour des vacances de Pâques) la tournée de Dans la Brume écarlate. J’ai participé à un recueil de nouvelles sous la houlette d’Yvan Fauth qui s’intitule Écouter le Noir et qui sortira chez Belfont en mai, en même temps que L’Heure des fous sortira au Livre de Poche. En novembre paraîtra une enquête de l’Embaumeur (le 14e de la série) chez French Pulp, roman qui est actuellement en correction. Je viens de prêter la main à un embryon de série. Et après les vacances de Pâques, j’attaquerai un grand format dont l’idée m’amuse beaucoup, avec de nouveaux personnages, et qui devrait être terminé au printemps 2020. Walaaaaa !

Miss Aline : Que de projets. 
Veux parler de quelque chose qui te tiens à cœur et que nous n’avons pas abordé ici ?

Nicolas : Ma libération ?
Je suis claustrophobe.

Miss Aline : C’est Ge qui signifie la fin des assignations à résidence. 
Geneviève,  le monsieur veut partir !

Nicolas : En plus, y’a des rats dans votre truc !
Et je crois que le junky du fond est mort…
depuis deux semaines.

Miss Aline : C’est pas grave. Par contre certain y a pas de rats.
Allez file ! 
Merci pour cet échange.

Nicolas : Si j’attrape des maladies… Ah merci !! bises

Miss Aline : Bonnes vacances

Nicolas : Merciiii ! Je vais voir un désert que je ne connais pas…

Miss Aline : Tache de pas te perdre et n’oublie pas de revenir.
A tantôt.

Nicolas : Je ne promets rien…

Miss Aline : 👍

Dany : Attention l’auteur, on te relâche mais c’est peut-être du provisoire ! Tu auras droit à des contrôles judiciaires aléatoires tout au long de l’année  et … les flingueuses ont la mémoire !

Geneviève : Quoi comment on a libéré l’auteur sans que son assignation à résidence soit levée ?

Dany : Nicolas,  il faudra m’en dire encore un peu plus à Fargues

Miss Aline : Il avait un impératif Ge .

Geneviève : Allez parce que c’est Nicolas, il est pardonné.
Va falloir que je me reprenne et que je ne me laisse pas attendrir, là !

Miss Aline et Dany😂😂

41 réflexions sur “Assignée à résidence : L’interview bracelet électronique 10, Nicolas Lebel

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