Le bûcher de Moorea – Patrice Guirao

Le bûcher de Moorea de Patrice GuiraoLe livre : Le bûcher de Moorea, Une enquête de Lilith Tereia de Patrice Guirao. Paru le 16 mai 2019 chez Robert Laffont dans la collection La Bête Noire. 19€ ; (391 p.) ; 23 x 14 cm.

4e de couv :

Derrière chaque paradis, il y a un enfer. Bienvenue en Polynésie !

Dans le lagon de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les cocotiers dansent au vent. Les tiarés exhalent leur parfum. Pourtant, à l’abri de la forêt, des flammes se fraient un chemin vers le ciel. Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le bûcher. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument. Et quatre têtes.

Pour quels dieux peut-on faire aujourd’hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste au quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l’enquête. Les deux vahinés croiseront le chemin d’un homme venu de France chercher une autre vie. Un homme qui tutoie la mort.

AVT_Patrice-Guirao_4398L’auteur : Patrice Guirao est un parolier et romancier français, né en Algérie en 1954
Il arrive avec sa famille à Tahiti en 1968. Il ne quittera l’île que pour poursuivre ses études en France à l’École nationale de l’aviation civile (ENAC) en 1975. Son diplôme en poche, il retourne exercer son métier d’aiguilleur du ciel en Polynésie.
Quelques années plus tard, il abandonne sa profession pour se consacrer pleinement à l’écriture. De chansons d’abord, puis de comédies musicales et enfin, de livres.
Il a contribué à l’écriture de plusieurs comédies musicales, notamment Les Dix Commandements, Cléopâtre, Le Roi Soleil, Mozart, l’opéra rock, Robin des Bois, Les Trois Mousquetaires, Alive (film musical), et Bernadette de Lourdes.
Il a également écrit des textes de chansons pour de nombreux artistes, entre autres, Johnny Hallyday (Ça ne change pas un homme, L’Eldorado, Ça n’finira jamais), Florent Pagny, Calogero (Prendre racine…), Viktor Lazlo, Pascal Obispo, Jane Birkin, Mireille Mathieu ( Un peu d’espérance, La vie n’est plus la vie sans nous, Chansons des rues)…
En 2000, il écrit un livre pour enfants, illustré par sa fille, Sydélia Guirao (1977), intitulé Tamariata, l’enfant nuage.
Il est l’auteur d’une saga de romans noir et humoristiques Al Dorsey – Le détective de Tahiti, composée de quatre tomes: Crois-le ! (2009), Lyao-Ly (2011), Si tu nous regardes (2012), Tu vois (2017). Elle fait l’objet d’une adaptation par France Télévisions avec Alban Casterman dans le rôle principal d’Al Dorsey.
Patrice Guirao vit à Tahiti.
  Extraits :
« Tous les hommes se battent pour leurs libertés. Mais rappelle-toi bien une chose, ma petite Lilith. Il n’y a pas de liberté sans oppresseurs, sinon cela s’appelle la vie. »
« Il n’aimait pas le téléphone, qu’il comparaît à une antichambre du mensonge. Il utilisait les cabines. Avant, quand on se rendait visite, disait-il, la surprise faisait partie du plaisir de la rencontre. Aujourd’hui, arriver à l’improviste chez quelqu’un est considéré comme un manque de correction. « Tu aurais dû appeler… J’aurais ajouté un couvert. » Avant, on ajoutait un couvert. On préparait une chambre. On offrait sa demeure. Aucun contrat implicite avant la visite n’était conclu, contrairement à aujourd’hui : « Je passe te voir cinq minutes », « Viens pour l’apéritif », et autres accords de principe limitant les visites à des cadres bien codés préalablement établis par téléphone. Pourquoi faudrait-il être informé de la visite d’un ami ? »
« Tu vois, si un seul homme savait le dixième de ce que l’humanité ignore, on le prendrait pour Dieu. Ne te torture plus. La vie n’a de sens que dans son quotidien, Lilith »
« L’étranger n’aime pas notre pays : il le veut. Et il le prendra en prenant nos âmes pour les livrer à ses dieux. Progrès. Réussite. Conquête. Prosélytisme. Puissance. Condescendance. Législation. Dogme. Enrichissement. Reniement. Langage.
L’étranger n’aime pas notre façon de vivre, notre façon d’être. Il les veut. Il veut les modeler pour leur donner une nouvelle peau dans laquelle il pourra se glisser en se prenant pour nous. Il est le feu qui remodèle l’acier. Tout comme notre lien à l’amour : il le détissera pour lui substituer ses chaînes. Raymond pouvait maintenant les entendre quand Nael se déplaçait. Elles faisaient un bruit d’échafaud. « Lilith, ma belle Lilith, pardonne-moi de n’avoir pas été ce récif protecteur. » Dans ses vieilles chairs flétries, l’ADN de ses îles tremblait. »

 

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

bucher dany

Le bûcher de Moorea – Patrice Guirao

 

Cet objet entre nos mains est un roman « noir azur » … noir certes nous savons ce que c’est mais il est bien plus que ça. Azur parce qu’il se passe dans les îles et plus précisément en Polynésie française mais pas que …

Lilith l’héroïne, est photographe de presse, sa complice journaliste à l’affût du scoop pour le prix Pulitzer. Toutes deux vont « collaborer » avec la Gendarmerie pour résoudre ce qui apparaît comme quatre meurtres rituels. Ce qui apparaît, car la tentation est grande d’incriminer des petits loubards locaux, qui pour vivre aux antipodes, dans une « cité », n’en subissent pas moins que leurs homologues métropolitains, le délaissement de la collectivité à leur égard.

En métropole, Nael est sans scrupules quand il s’agit de se venger de sa femme Ariane. Il va être rejoint par sa voix intérieure, son « Jiminy criquet », son rat (presque) domestique, Gaspard … sa conscience, son bon sens …tous deux vont tenter de trouver les origines de cette histoire peu commune.

Ajoutons au paysage le « mana ». Le mana est un pouvoir d’influence, véhiculé par les revenants et les esprits au travers d’un mortel bien réel. Tonton Raymond est donc le Mana de service qui use de son hypersensibilité pour préserver sa nièce, Lilith, dont il a eu la garde depuis son enfance.

Au même moment dans ce petit coin de France, se déroule un « festival des danseurs du feu », festival ethnique rassemblant des troupes internationales, pas forcément les plus amicales entre elles.

Une fois tous ces éléments posés, il se dégage une ambiance, un rythme qui pour paraître paisible n’en est pas moins désespérant. Désespérant ce rejet de la différence, cette spoliation des ressources locales, cet asservissement par le plus fort, au nom du fric et du pouvoir en général. Ils sont cependant bien contemporains nos cousins du bout du monde, la preuve … les technologies utilisées, ils essayent tout simplement de s’en sortir au mieux. Résultat : une intrigue bien menée, un suspense bien entretenu, une atmosphère moite et contemplative … des cocotiers dangereux, des personnages attachants, un univers en vert …

Un roman noir-azur, un thriller contemporain que j’ai beaucoup aimé et qui m’a rappelé le brillant « sur le ciel effondré » de Colin Niel (coup de cœur 2018).

Merci aux éditions La bête noire de m’avoir permis cette belle découverte.

Extraits :
« Il voulait un crime plus élégant, plus sophistiqué, moins commun que ceux qui lui venaient à l’esprit, tels une noyade au large de l’île, un accident de la circulation, un empoisonnement maquillé en mort naturelle… Toutes ces approches éculées du crime parfait qui n’ont comme effet que d’éveiller davantage les soupçons des enquêteurs. Il voulait, pour ce que lui considérait comme son premier crime, un chef-d’œuvre. Jusque-là il s’était contenté de tuer sans raison. Cette fois, il s’autoriserait un mobile. Un crime que l’on enseignerait plus tard dans les écoles de police.
Il eut soudain l’idée qu’il cherchait. Il en fut tout excité. Une évidence. L’implacable crime parfait. »
« Il ne prenait pas plaisir à la souffrance. Seule la mort l’intéressait. »
« Depuis cinquante ans, nous sommes victimes d’un génocide commis en toute impunité par l’armée indonésienne. Cinq cent mille Papous de la Papouasie occidentale ont été assassinés, violés, mutilés par l’Indonésie sans qu’aucune puissance, qu’aucun État s’en émeuve. Nous mourons. On nous assassine parce que nous voulons qu’un référendum soit organisé pour rendre son indépendance à la Papouasie occidentale. Aucune de nos actions n’a eu jusqu’à ce jour de portée internationale. Personne n’a osé soutenir la cause papoue. »

#LeBûcherDeMoorea #NetGalleyFrance

Lu en version numérique 12.99€

 

 

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