Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (43)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (43)

Bonjour, je suis personnellement enchanté de vous rencontrer « en vrai ». Mais peut-être que certains lecteurs ne vous connaissent pas comme je vous connais. On va quand même vous laisser vous présenter.

Putain, c’est pas évident… Je suis Mehrlicht. Daniel, mais on m’appelle rarement par mon prénom. Je sais pas pourquoi. Je suis capitaine de police au Central du XIIème à Paris. J’ai pas de chat, pas de chien, mais j’ai deux lieutenants. Ils sont pas toujours finauds mais ils ont un bon fond. Parfois j’ai un troisième sbire, mais c’est un stagiaire, autant dire que ça compte pas… même si je m’amuse souvent bien avec, comme quand gamin, j’arrachais une à une les pattes des mouches.

Il y a deux ans, ma femme est morte d’un cancer.

Il y a un an, mon meilleur pote est mort d’un cancer.

J’attends mon tour en fumant des Gitanes et en vidant des godets de rouge.

Je sais que je suis le prochain. C’est la seule histoire, parmi toutes mes enquêtes, qui ne contient aucun suspense.

À part être assez loquace, qu’en est-il de votre caractère ?

J’ai lu des bouquins alors, c’est sûr, ça agace ceux qui citent Drucker. Mais c’est vrai que j’aime bien ramener ma fraise. Je prépare les sélections de Questions pour un Champion ces temps-ci, mais depuis que cette quiche de Lepers est parti, j’ai un peu perdu le goût du pain.

Sinon, je suis une crème. Tout le monde te le dira.

Peut-être pas mes deux lieutenants, mais il faut que je les cadre, sinon ils font n’importe quoi…

Mes stagiaires non plus, mais j’ai jamais demandé à en avoir ; ils sont nuls et ils sentent le chat mort.

Mes autres collègues du commissariat sont franchement des abrutis, donc compte pas non plus sur eux…

Voilà. Je crois que j’ai fait le tour.

C’est vrai que je suis un peu taquin parfois…

On ne me la fait pas. Je sais bien que derrière le personnage se planque l’auteur. Même quand celui-ci ose parfois exiger qu’on l’appelle « créateur ». Alors ? Lebel c’est Mehrlicht ? Ou l’inverse ?

Je crois qu’il se lâche pas mal avec moi. Il a un petit côté policé et flegmatique qui me fout les abeilles, alors qu’il a fait de moi un sanguin : je dis tout ce que je pense aux cons, persuadé que ça les aide un peu. Je te l’ai dit, je suis une crème.

Et il faut combien de temps pour faire monter la crème ? Puisqu’on se tutoie, tu as zoné combien de temps dans ses neurones avant de te pointer à la lumière ?

Il faudrait voir avec lui. Tout ce que je peux dire, c’est que dans sa calebasse, il y a un sacré fouillis. J’y traînerais pas la nuit. C’est un peu la fête foraine sans les barbapapas mais avec deux fois plus de trains fantômes, si tu vois ce que je veux dire. Le gars, il est bizarre… Franchement loufoque, OK, mais limite malsain.

Et puis la question, c’est pas tant « combien de temps j’y suis resté ? » que « combien de temps il me reste à tirer ? ». Je sens qu’il est pas clair, ces temps-ci. Il me prépare un truc du genre « je t’aime, je te quitte, tu peux pas comprendre »… Bon ça fait cinq enquêtes qu’on est ensemble. Ça nous ferait du bien à tous les deux de se mettre au vert chacun de notre côté. Et puis si on veut se retrouver, il faudra qu’on se sépare. Tous les couples passent par-là, non ?

Je dis tout ce que je pense aux cons, persuadé que ça les aide un peu.

En tout cas, ta vie n’est pas de tout repos. Il t’assaisonne copieusement au fil des bouquins. Tu lui en veux ?

Putain ! Tu m’étonnes !

Une fois, il m’a fait dîner dans un resto atroce. C’est quand même pas dur de m’inventer des bistrots sympas ! Ben lui, non. Il me dégote les pires clapiers, ceux où on te sert de la bouffe en barquette. Et je te parle pas de la douloureuse. J’y laisse mon salaire de fonctionnaire, en plus. Non, franchement, il y a des trucs qu’on peut pas pardonner…

Une fois aussi, il m’a fait courir ! Je te jure ! Au moins 20 mètres. J’ai tourné de l’œil, évidemment. À mon réveil, j’ai dû fumer deux clopes de suite pour me remettre. C’est te dire l’état de choc ! Me faire courir… Là, il y a crime contre l’humanité ! Quand je te dis qu’il est malsain, le gars…

D’autres fois, il me fait ramasser des macchabées, parfois juste des bouts, mais ça, ça va…

C’est sans doute le coté poète qui s’exprime. En dehors de ça, c’est quoi le quotidien de Mehrlicht quand il ne court pas après les cadavres ?

Je bouquine. Je pars voir ma copine Mado dans le Limousin. Je fais des Sudoku et des mots-fléchés. Je vais boire des coups avec Régis, mon copain légiste. On repeint le monde au cognac. La vie, quoi…

C’est le grand moment d’inverser les rôles. Tu peux profiter du fait que Lebel ne peut pas contrôler le truc pour lui poser une question. On verra bien s’il a les gonades pour répondre.

Pourquoi tu me fais faire tous ces cauchemars ? J’y comprends rien et ça me bouffe. Est-ce que tu peux arrêter s’il te plait ? (C’est celle-là, ma question.)

Merci pour toutes ces considérations, je n’ai pas été déçu. Une petite conclusion pour les ceusses qui ont tenu jusqu’ici ?

Le Côte-Rôtie est l’un des vins rouges les plus prestigieux de la vallée du Rhône septentrionale. Sa robe profonde de couleur rubis s’accompagne d’un nez complexe et élégant d’épices, de fruits rouges ou noirs.

Si vous venez me découvrir, apportez une bouteille.

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