Corps variables de Marcel Theroux

Le livre :Corps variables de Marcel Theroux . Traduit de l’anglais par Stéphane Roques. Paru le 12 février 2015 chez Plon dans la collection feux croisés. 20,90 € ; (318 p.) ; 23 x 14 cm.

4e de couv :

Un homme enfermé dans un hôpital psychiatrique prétend être le professeur Nicholas Slopen, mari trompé et universitaire sans le sou, spécialiste de Samuel Johnson, grand auteur du XVIIIe siècle. Rien ne peut le faire changer d’avis, pas même le fait que Slopen soit mort depuis des mois.

Quelque temps avant sa disparition, ce professeur avait été engagé par un collectionneur afin d’authentifier des lettres inédites de Johnson. Intrigué par ce qu’il découvre, sa détermination le conduit jusqu’à un étrange savant russe, faussaire de génie. Fasciné par le fraudeur autant que par le sujet, Slopen s’enlise dans les enjeux irréversibles d’un terrible complot. Des recherches scientifiques sont secrètement menées sur la possibilité de dupliquer les êtres humains à travers l’écriture : la Procédure Malevine est née.

L’auteur : Marcel Theroux est né en Afrique du Sud en 1968. Il a publié plusieurs romans dont Au nord du monde (Plon, 2010), qui a remporté le prix de l’Inaperçu 2011, et Jeu de pistes (Plon, 2011), distingué par le prix Somerset Maugham en Angleterre. Corps variables est son troisième roman traduit en France.

 

Extraits :
« Tout ce que je sais, c’est que cette histoire a commencé quand Nicky Slopen est revenu d’entre les morts.
L’homme qui est entré dans ma boutique ce jour-là était solidement bâti, barbu, et avait les cheveux coupés ras, mais il connaissait mon ancien surnom. Il s’est approché du comptoir d’un pas traînant et l’a dit en guise de salut. « Ça fait un bail que personne ne m’a appelée comme ça.
— Ça fait un bail, oui, a-t-il répondu. C’est moi. Nicky. »
Il y a eu un brusque moment de gêne quand je me suis mise à dire des banalités pour cacher le fait que je ne le reconnaissais pas, puis une sensation plus déplaisante encore quand il a prononcé son nom de famille.
« J’ai entendu dire que tu étais… » Je ne suis pas arrivée à finir ma phrase. « C’est une blague ? Parce que je ne trouve pas ça drôle.
— Du calme, Sukie, c’est vraiment moi. »
L’espace d’un instant, je ne l’ai tout simplement pas cru, mais il m’a dit des choses que lui seul savait, des choses qu’on s’était dites, et peu à peu j’ai vu que c’était bien lui. Ses yeux avaient une intensité familière, et quand il m’a appelée par mon nom, sa bouche l’a formé comme elle l’avait toujours fait. »
«Parfois je me réveille à l’hôpital avec une douleur dans la poitrine qui me donne l’impression que mon cœur se brise. Oui, que mon cœur se brise. Ma description manque de valeur médicale ou littéraire mais ça n’arrange rien de savoir que ma maison de souffrance est murée et barrée de clichés. Larmes, cœur brisé, pitoyables illusions de ciels larmoyants et de crépuscules sanglants : ces choses ne sont pas d’insignifiantes approximations d’expériences vécues, elles sont le nerf et la fibre même de la vie humaine. Je n’ai jamais été whorfien, et pourtant j’ai fini par m’apercevoir que nous sommes faits de mots.»

Le post-it de Ge

J’avais adoré le premier roman de Marcel Theroux Au nord du monde. Un roman visionnaire et obsédant sur la beauté du monde et sa fragilité. La quête hantée et bouleversante d’un personnage qui explore, à travers un monde dévasté, le genre humain et la possibilité de sa fin.

J’avais un peu moins accroché à son second, Jeu de pistes

Et puis en 2015, cinq ans après mon gros coup de coeur pour Au nord du monde,  est arrivé Corps variables. Et là boum ! a nouveau un énorme coup de coeur pour ce livre brillamment construit. Ce livre qui rend hommage aux mots et à la parole. Qui nous entraîne dans les obsessions littéraires de son héros. Enfin de son anti-héros devrais-je dire, car le professeur Nicholas Slopen est loin d’être un homme extraordinaire, bien au contraire. Et pourtant… il va nous entraîner dans une aventure incroyable, extravagante, surprenante autant que étrange, étonnante, inouïe, surprenante et remarquable.

Et si je puis dire que la construction de celle-ci est complexe et insolite, l’écriture et le style de Theroux est elle aussi singulière, elle porte parfaitement ce thriller fantastique. Oeuvre hybride comme on les aime.

Mais alors que raconte ces Corps variables : 

Un jour, un ancien petit ami passe la porte de la boutique de Susanna, c’est Nicholas Slopen. Vingt ans ont passé, elle a du mal à le reconnaître. Lorsqu’il quitte les lieux, Susanna, curieuse, tape son nom dans Google. Surprise: Nicholas Slopen est mort l’année passée, laissant derrière lui une femme et deux enfants. Il revient. Et il fait alors à Susanna le récit d’une extraordinaire aventure, celle qui lui permet de continuer à exister dans un autre corps. Nicholas est un chercheur, il a été engagé quelques années auparavant pour authentifier des lettres de Samuel Johnson pour le compte d’un collectionneur.

Nicholas, consciencieux, a creusé, jusqu’à trouver un faussaire, un savant russe, incroyable imitateur. Fasciné par le fraudeur autant que par le sujet, Nicholas s’est embourbé trop loin dans les enjeux de l’affaire, des recherches scientifiques menées en secret sur les clés de l’identité et la possibilité de dupliquer les êtres humains à travers l’écrit.

Architecture du doute et des fausses pistes, le roman de Marcel Theroux n’oublie jamais son héros, les émotions perturbatrices, profondes et puissantes qu’il éprouve, et le mystère de son existence ne l’empêche pas de nous emporter avec lui dans un tourbillon littéraire et dramatique, où les livres permettent de communiquer avec les morts, et peut-être de les rendre éternels ?

Frankenstein du 21e siècle, Corps variables a le rythme et l’intensité d’un thriller, savamment combinés à la gourmandise littéraire d’un romancier passionné d’archives, de mystères, et en interrogation constante sur le pouvoir des mots.

Malheureusement le livre n’est pals commercialiser et que contrairement au 2 précédents il n’est pas paru en poche, mais je crois que vous pouvez le trouver en epub. Alors ne vous gênez surtout pas pour le lire. Une sacrée découverte je vous dis !!!

 

 

7 réflexions sur “Corps variables de Marcel Theroux

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