Il était une fois mon meurtre d’Emily Koch

Le livre : Il était une fois mon meurtre d’Emily Koch. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Eric Moreau. Paru le 29 mai 2019 aux Editions Calmann-Levy, collection Calmann-Levy Noir, 21€90. (427 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv : 

Alex est dans le coma depuis deux ans, à la suite d’un accident d’escalade. Sa petite amie Béa, ses parents et sa soeur envisagent l’arrêt des soins comme il ne réagit à rien autour de lui. Mais en réalité, Alex est parfaitement conscient : son corps est certes inerte, mais son esprit est vif, et il entend tout ce qui se passe autour de lui. Quand un jour, Alex surprend deux policiers dans sa chambre, puis Bea se plaindre de se sentir suivie dans la rue, il comprend que le danger les menace tous deux.

En se replongeant dans ses souvenirs fragmentés, et au fil de phrases perçues ici et là, Alex commence à douter que sa chute n’ait été qu’un accident. Mais comment faire pour sauver sa peau, et celle de sa petite amie, en étant cloué à son lit d’hôpital ?

Un thriller d’une grande intensité qui se lit comme un puzzle que l’on recompose, aidé d’un narrateur bouleversant, et unique en son genre.

L’auteure :  Emily Koch est auteure et journaliste. Son premier roman, Il était une fois mon meurtre, publié en 2018, a connu un beau succès en Grande-Bretagne et a été sélectionné pour le prix lan Fleming Steel Dagger, à l’instar d’auteurs tels que Don Winslow, Gillian Flynn ou encore Paula Hawkins. Elle vit à Bristol, en Angleterre.

Extrait :

 – Quel temps de chien ! s’était exclamée Bea lorsqu’elle m’avait rendu visite, peu après Eleanor.

Elle s’interrompait sans cesse pour mastiquer bruyamment son chewing-gum – une habitude horripilante, mais elle prétendait que ça l’aidait à ne pas fumer trop de roulées.

– Ça me fiche la trouille (mâche, mâche, mâche), on dirait un mauvais présage.

J’avais entendu un bruit de fermeture à glissière et senti une petite pluie de gouttelettes froides sur mon bras gauche. J’avais imaginé Bea en train de sortir maladroitement les bras des manches de son imperméable. Les gouttes m’avaient paru agréables – rafraîchissantes.

– Regarde-moi ce ciel … Il fait presque nuit en plein jour. Ça fait surnaturel.

Son ton avait changé lorsqu’elle s’était détournée, peut-être pour contempler le ciel qu’elle me décrivait. C’était trop dur à supporter. La soif me tenaillait : ma gorge était sèche comme le désert. Avant qu Bea arrive, j’avais fantasmé sur une Corona bien fraîche avec un quartier de citron vert coincé dans le goulot.J’avais senté les bulles sur ma langue, l’amertume du fruit. Mais maintenant qu’elle me parlait de pluie, je m’étais vu en train de sortir de la chambre – de m’enfuir comme un voleur. Je fonçais dans les couloirs de l’hôpital, je débouchais sur le trottoir. Je levais la tête vers le ciel violet noirâtre et j’ouvrais la bouche en grand, la laissais se remplir d’eau avant d’avaler une grande gorgée. Ma chemise d’hôpital imbibée me collait à la peau, mais je ne m’en inquiétais pas. L’eau dégoulinait sur mon menton, mes joues, mon cou. Je contemplais le sol, où des flaques se formaient dans l’herbe bien verte un peu plus loin ; je m’en approchais pour y tremper les pieds.

Bea s’était penchée vers moi, m’avait soufflé une odeur de menthe sur le visage, avait remis en place les oreillers sous ma tête avant de me donner un baiser sur le front. J’avais encore décelé une trace de vanille sur elle. Un parfum qui évoquait un gâteau sortant du four, ou une des bougies hors de prix qu’elle faisait brûler dans notre chambre.

– Pour qui tu t’es parfumée ?

J’ai perçu la douce pression de sa chair contre la mienne quand elle s’est assise à côté de moi.

Chronique d’une flingueuse : les Chros de Flo

Emily Koch nous livre un premier roman très abouti sur un sujet qui pouvait se révéler très casse-gueule : se mettre dans la peau de quelqu’un atteint du Locked In Syndrom, végétatif en apparence mais en capacité à penser, à ressentir, sentir, entendre.

J’ai lu ce roman au moment où son sujet résonnait particulièrement avec notre actualité française, à savoir l’arrêt des soins pour une personne en état végétatif depuis plus de 10 ans. Mais aucune prise en otage affective ni médiatique, car ce roman reste une fiction même si l’auteure a fait un vrai travail de recherche sur les thèmes abordés dans son roman auprès de professionnels, de personnes connues désormais pour ce syndrome, comme Jean-Dominique Bauby.Quelle expérience de lecture que ce livre !! 427 pages qui se lisent à belle vitesse et m’ont fait passer par toutes sortes d’émotions.

Alex, du fond de son lit se reconnecte péniblement au monde qui l’entoure au terme de plus d’une année de coma profond dont il n’a aucun souvenir bien sûr. De même, il ignore tout des raisons qui l’ont amené à cet état végétatif mais il va les découvrir progressivement grâce aux dialogues voire aux monologues des soignants et de ses visiteurs : son père, sa soeur Philippa, sa compagne Bea, ses amis Tom, Rosie et Eleanor. Il entend que son accident d’escalade n’en serait peut-être pas un et découvre au détour des visites de sa compagne Béa, que celle-ci ne se sent pas en sécurité.

Commence pour lui un défi insensé, sauver Bea et découvrir la vérité autour de son accident. L’intrigue fonctionne parfaitement bien, grâce à des chapitres qui alternent les souvenirs d’Alex, de sa vie de couple, de son histoire familiale, de ses relations amicales avec les moments où Alex décrit ce qu’il entend, ce qu’il entrevoit, ce qu’il sent et ce qu’il perçoit. Ces chapitres-là sont particulièrement brillants, tant Emily Koch parvient à traduire par des mots ce qui est de l’ordre du ressenti. Les passages en question sont particulièrement émouvants, touchants. On pourra saluer au passage le formidable travail de traduction réalisé par Eric Moreau.

J’ai suffoqué, j’ai frissonné, j’ai eu mal, en particulier lorsqu’Alex se retrouve entre les mains d’un soignant aux gestes pas toujours bientraitants.

La fin du roman est absolument saisissante, sublime et je pense qu’elle me marquera pendant un bon bout de temps.

Vous l’aurez compris, ce roman est un beau coup de cœur pour moi. Je vous invite fortement à le découvrir !

27 réflexions sur “Il était une fois mon meurtre d’Emily Koch

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