La GAV : @Danielle Thiery sous le feu des flingueuses, troisième audition. 3/4

La GAV : @Danielle Thiery sous le feu des flingueuses,

troisième audition. 3/4

Suite de la Garde à vue de Madame

Danielle Thiery

3e interrogatoire par Miss Aline

La GAV, Garde à vue d’un auteur par Collectif polar c’est : 4 interviews d’un même auteur par 4 flingueuses différentes.

La GAV c’est des interviews en direct, du vrai live, en conditions réelles.

Durant 2 jours nous kidnappons en quelques sorte un auteur de polar.

Nous lui demandons de nous consacrer au minimum 4h de son temps sur les deux jours que dure la Garde à Vue.

Et durant ce temps nous lui posons une série de questions en batterie auxquelles il ou elle doit répondre instantanément. Nous ne lui laissons pas le temps de réfléchir à ses réponses. C’est un échange en live. Comme sur un plateau, sur un salon. C’est pas préparé,  ce que l’on recherche c’est la spontanéité. Et croyez moi au réveil ou en fin de journée, nos auteurs sont comme nous, soit pas bien réveillés soit crevés de leur journée. Et là nous les cueillons !

Nous recueillons leurs confidences.

Et c’est celles-ci que nous vous proposons en direct live. ( enfin presque juste en léger différé).

Nous allons vous proposer la retranscription de ces 4 interrogatoires sur 2 jours, 1 en matinée et un le soir entre ce matin et  après- demain  après-midi

Allez place à la GAV de Danielle Thiery


Mercredi 15h56

Miss Aline : Bonjour Mesdames…

Dany : Bonjour Miss

Geneviève : Salut les flingueuses

Miss Aline : Hello Danièle. 

Dany et Miss Aline : Salut Cheffe

Danielle : hello !!!

Miss Aline : bonjour Danielle

Danielle : Bonjour…

Dany : 😍

 

Miss Aline : Nous allons aborder ensemble le côté « technique » de votre métier d’auteur.

Geneviève : 👍

Danielle : D’accord…

Miss Aline : Pour commencer parlez nous de vos rituels d’écriture : quand, où, comment se passe une séance d’écriture ? Toujours aux mêmes heures, un fond musical, etc

Danielle : Je m’interdis tout rituel et toute forme d’habitude. Comme je suis plutôt « nomade » dans ma façon de vivre, je dois pouvoir écrire partout. Donc pas de bureau, un coin de canapé, de bar, en voiture (pas au volant !) tout me va. Pas d’heure favorite non plus mais plutôt le matin pour la clarté des idées. Pas de musique, ça me déconcentre, ni radio idem… Mais je peux mettre la télé ou avoir du monde autour, je fais le vide facilement.

Miss Aline : vous disiez hier que vous écriviez deux livres en même temps. Comment procédez-vous pour dissocier vos deux histoires ?

Danielle : J’alterne, en fait. Je passe d’une histoire à l’autre. Quand je suis dans l’une je ne pense qu’à elle, je dors, mange et respire avec elle et puis une fois finie, je la pose, je la laisse « sécher » et je passe à l’autre. Et ça marche comme ça, de l’une à l’autre…
Avant chaque reprise, je relis tout bien sûr, et je vois ce qui ne va pas, et je retravaille…

Miss Aline : méticuleuse ?

Danielle : Exigeante. Pas de laissez-aller, pas de spleen, il faut que ça roule !

Miss Aline : que représente pour vous l’écriture ?

Danielle : Un oxygène… L’élément vital. C’est pompeux non ? Mais c’est ainsi. J’aime le brainstorming permanent que l’écriture impose, y compris le doute, la colère parfois, la joie d’avoir trouvé un « truc », l’excitation, la déprime quand on a fini…D’ailleurs a-t-on jamais fini ?

Miss Aline : pouvez vous développer votre dernière remarque : a-t-on jamais fini ?

Danielle : Je veux dire par là qu’un livre peut ne jamais avoir de fin dans le sens où l’auteur n’est jamais entièrement satisfait et que chaque fois qu’il se relit, il pense qu’il pourrait mieux faire, mettre un autre personnage.C’est ainsi que certains auteurs publient un livre tous les dix ans… Et quand on est comme d’autres, avec des idées qui fusent sans cesse, on peut avoir envie de tout changer. Savoir s’arrêter est une vraie gageure parfois.

Miss Aline : vous disiez hier que le sujet prime… quel est le  rôle d’un auteur (s’il en à un ) ?

Danielle : C’est à dire ?

Miss Aline : un auteur est-il « juste » un conteur d’histoire ou a-t-il un rôle d’observation et de retranscription d’une période, d’une certaine société ?

Danielle : Il est les deux forcément. Que raconterait-il s’il avait les yeux et les oreilles fermés? Sa vie, et encore ! Il voit et entend et s’intéresse et participe puis il tisse sa toile autour des sujets qui l’ont intéressé ou passionné…

Miss Aline : ou meurtri…

En quittant la vie active de policière, votre approche, votre vision de la société, etc a-t-elle changé ?

Danielle : Oui, l’éventail est vaste, des sentiments et émotions qui nous font prendre la plume. Le talent de conteur est important cela dit, l’art de mettre des mots sur du ressenti

Miss Aline : sans talent pour les mots, il ne peut y avoir de « bon » auteur ?

Danielle : Ma vision n’a pas changé, j’ai juste pris mes distances. Il faut se préserver, ce qui, dans le métier de policier n’est pas toujours facile à cause de la pression des événements et du perpétuel bouillonnement social auquel nous sommes confrontés. aujourd’hui je ne suis pas plus optimiste mais plus sereine.

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Miss Aline et Geneviève : 👍

 

Miss Aline : pas plus optimiste… vous diriez que l’homme est profondément mauvais ou qu’il y a toujours un espoir, une lumière quelque part ?

Danielle le psychiatre pour enfants Jacques Piaget dit que l’Homme est un « pervers polymorphe » qui ne résiste à ses bas  instincts que grâce à la civilisation et à l’éducation. On en voit les bienfaits et hélas,  les limites quand on perd de vue ces fondamentaux. Mais tout n’est pas si noir, et je ne veux pas jouer les vieilles rengaines genre c’était mieux avant… Il faut quand même se mobiliser pour garder le sens des belles choses…

Miss Aline : on est d’accord que le polar ne montre pas que le bon côté de l’être, que le polar peut être noir, voire très noir. Le polar genre littéraire en grande demande… que cherche le lecteur : à se donner le frisson le temps de quelques pages ou cherche-t-il à vivre par procuration ce que (comme vous le disiez) son éducation, la civilisation lui interdisent de faire dans la vraie vie ? « Je voudrais bien mais je ne peux pas » !

Danielle : Sûrement les deux et aussi, je l’espère, se distraire… Au fond, il sait que ce ne sont que des histoires même si certains affirment qu’elles existent. Pour ce qui est de l’engouement pour des « histoires vraies » des affaires réelles abominables racontées par certains auteurs, là je pense que c’est plus trouble côté auteur et côté lectorat. Au-delà de l’aspect documentaire il peut y avoir une forme de voyeurisme ou de goût un peu morbide pour le macabre.

Miss Aline : je suis d’accord…. parlons un peu de vos lecteurs justement. Quel rapport entretenez vous avec eux ? Vous tenez compte de leurs remarques pour vos écrits suivants par exemple ?

Danielle : Quand ils veulent bien m’en faire part, oui…Mais ça se limite souvent à « j’ai beaucoup aimé » ou « j’ai moins aimé celui-là que le précédent ». Et vous savez, les lecteurs disent toujours vouloir de la nouveauté et en même temps, ils détestent le changement… Pas simple !

Miss Aline : Rien n’est jamais simple ! Si le temps suspendait son vol… que vous regardiez en arrière…. vous referiez exactement le m^me trajet, vous seriez la même auteure ?

Danielle : Non sûrement pas… La vie est faite de cycles et ce qui m’a animée est derrière moi. Je ne renie rien mais je regarde devant, pour ce qui me reste, évidemment!

Miss Aline : dans vos livres vous dites toujours la vérité sur l’humain côté noir ou vous minimisez cette part sombre ?

 

Danielle : Je dis ce que j’ai vu dans la réalité. C’est parfois too much et tellement incroyable que l’on ne me croit pas… Mais j’essaie d’être juste, sans excès et sans faire croire que l’homme est bon etc… etc…

Miss Aline : je ne manquerai pas de lire vos mémoires l’an prochain. j’espère aussi pouvoir échanger de vive voix avec vous sur un salon. En attendant je vais vous libérer en vous remerciant pour cet échange. Je suis très révérencieuse de la personne que vous êtes. Je vous imagine d’une grande sagesse à cause (ou grâce) à la noirceur humaine que vous avez côtoyée. Porter le « monde » n’est pas donné à tout le monde. Vous m’avez émue. merci.

Danielle : Merci à vous surtout…
A tout à l’heure pour la suite ?

Miss Aline : vous avez rendez-vous à 18h30  avec Fanny

17.25 h, nous mettons fin à cette troisième audition.

Geneviève : 👍 Une toute petite pause et on y retourne.

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