Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, premier chapitre

Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, premier chapitre.

Nouvelle 1

L’éternelle victime

Par Cécile Pellault

 

Ce soir est le grand soir. Tu m’as fait revêtir mes plus beaux atours. Tu m’as parfumé.  Tu t’es assuré que j’attirerai tous les regards. Tu souhaites que je sois le centre de l’attention. Tu désires que tous les yeux soient braqués sur moi. Ton objectif est atteint. Je suscite autant la convoitise que la jalousie.

Pendant des jours, des mois, tu as planifié avec minutie cette soirée qui sera aussi la dernière pour moi. Chaque minute, chaque convive ont fait l’objet d’une liste, d’une recommandation, d’un ordonnancement par ordre de préférence ou de révérence. La musique, les lumières, les couleurs des nappes, de la vaisselle, des serviettes ont été choisis avec un soin tout particulier. Et mon entrée en scène doit être l’apothéose de cette mise en scène.

Ma fin est programmée, je le sais mais, pourtant, j’ai peur. Je le sais, mais, pourtant, je tremble.  Etendu là sur la table, l’approche du couteau me tétanise malgré l’inéluctabilité du dénouement. La lame reflète les lumières de la fête qui inondent la pièce. La musique entêtante couvre mes plaintes. Les convives semblent au mieux indifférents à mon sort au pire attendre avec impatience ma fin.

Je suis né, il y a peu. Les mains qui m’ont façonné, et qui m’ont fait grandir, sont celles qui me désirent aujourd’hui en morceaux. La fierté pourtant à mon apparition se lisait dans les yeux. Je voudrais tellement que ce sentiment ne soit pas celui qui conduit à ma perte. L’incompréhension marque mes traits. Comment peut-on être à la fois l’objet de toutes les attentions et à la fois celui d’une envie irrépressible d’expiration?

Que restera-t-il finalement de moi après tous ces préparatifs ? Une photo ? Quelques papilles me ressusciteront-elles au souvenir de mon goût ? Quelques miettes, et peut-être une part de moi entachée de la cire des bougies subsisteront dans le plat ? Je ne le saurai pas. Le couteau impitoyable pénètre mes chairs, me séparent minutieusement en parts égales pour ne pas susciter de jalousie.  Tu hésites dans ton impartialité,  juste une part un peu plus grosse pour l’invité d’honneur que tu couves d’amour. J’aimerai que tu aies la même compassion pour moi mais, impitoyablement, tu me tranches, tu m’amputes, tu m’assassines. Il y a toujours au moins une victime dans les fêtes d’anniversaire, le gâteau ne survit jamais à l’avidité sucrée des invités.

20 réflexions sur “Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, premier chapitre

  1. J’en viendrais presque à hésiter à me faire un gâteau la semaine prochaine pour accompagner mon changement de dizaine, tant le cri désespéré de cette pauvre victime était déchirant… Mais comme je n’ai pas de coeur, tant pis, j’assassinerai sans remord l’un de ses cousins parfumé au chocolat !
    Bravo, c’était vraiment original !

    Aimé par 1 personne

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