Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre 2.

Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre deux.

Nouvelle 2 : Hors concours

Paris-Brest

par Isabelle Bourdial

Paris-Brest

 

C’est décidé, je vais partir avec Agathe. Elle est patiente, mais si j’hésite encore, elle finira par me quitter. Elle est si belle, si délicate, Agathe. J’aime tout chez elle, son teint diaphane, la douceur de son regard, son parfum ambré. Et ses longues mains de pianiste qui courent sur l’ivoire. Je passerais des heures à l’écouter jouer. C’est grâce à sa musique que nous nous sommes rencontrés. Agathe habite au quatrième, juste en dessous de chez nous.  Séduit par son jeu et par les envolées de notes qui égayaient mes journées,  j’ai osé l’aborder un après-midi dans le hall, devant les boîtes aux lettres. Nous avons pris l’habitude de nous parler en prenant notre courrier. Et puis un jour elle m’a proposé de venir l’écouter dans son appartement. Elle s’est installée devant son piano et elle a joué rien que pour moi. Ce jour-là nous sommes devenus très proches. Nous nous comprenons si bien. Nous avons mis au point un code.  Lorsqu’elle veut me voir, elle joue le Rêve d’amour n°3 de Liszt. Si je ne peux pas descendre, je frappe deux coups sur le plancher. Ravel remplace alors Liszt, avec sa Pavane pour une infante défunte. Sa façon à elle de me dire qu’elle est triste. N’est-ce pas charmant ?

C’est avec elle que je veux faire ma vie. Je lui ai offert une bague, en gage de mon amour. Une agate nacrée qu’elle a immédiatement passée à son doigt, une larme perlant entre ses cils soyeux.

Nous irons nous installer à Issoire. Agathe donnera des cours de piano. Moi, je trouverai un travail. Jardinier, magasinier, postier, peu importe pourvu que nous soyons ensemble.

Maman et papa vont avoir de la peine. A cette idée mon cœur saigne. Mais il est temps que je prenne mon envol. C’est ce que finissent par faire tous les enfants, non ? Ils m’ont préparé une surprise pour mon anniversaire. Je les laisse croire que je ne me doute de rien, tout en surprenant leurs regards complices et leurs gestes de connivence. C’est la dernière joie que je veux leur faire, la dernière fête en famille que nous allons partager. Après, je pars. Avec Agathe. Ma valise est faite. Elle m’attend au fond du placard.

Pour l’occasion, maman a fait un Paris-Brest. Je déteste les Paris-Brest. Mais je n’ai jamais osé le dire parce que papa, lui, les adore. Et puis, ça leur fait tellement plaisir de me voir ingurgiter toute cette crème pralinée. Allez, je souffle mes bougies, je mange le Paris-Brest et je file à Issoire.

La panse débordant de crème brune, le gâteau rond trône sur la table avec ses quarante-deux bougies. Je les souffle, pressé d’en finir et souris à mes parents d’une oreille, l’autre guettant les premières notes du Rêve d’amour qui donneront le signal du départ.

Papa me tend un petit paquet enrubanné. Il jubile. Pauvre papa ! S’il savait que je m’apprête à les abandonner… J’ôte soigneusement l’emballage, libérant un bel étui à stylo. Je lance une exclamation ravie, ouvre la boîte. Elle contient un long doigt coupé au niveau de la première phalange. Il porte encore une bague ornée d’une pierre fine. Une agate.

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