Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (45)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (45)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (45)

Bonjour, bien que vous êtes nombreux à être passé par cet exercice, c’est tout de même assez rare de pouvoir recevoir un personnage de roman. Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour. Dans votre monde, celui que vous nommez « réalité », c’est assez rare, en effet. Car dans le nôtre, évidemment… Certains d’entre nous sont régulièrement sollicités pour des interviews, sitôt leurs exploits révélés. Personnellement, je n’aime pas être sous les feux des projecteurs. Ça, c’est plutôt le truc de Ben – mon collègue au journal, et ami depuis nos années universitaires. Il est comme un frère pour moi, même si nous n’avons pas tout à fait la même façon de voir les choses.

Mais il y a eu des fuites… Et le fait est que mes « dons » (et surtout mon aide apportée dans le cadre de certaines enquêtes policières) sont à présent connus du public. Il arrive donc souvent que des journalistes (de fiction) me contactent.

Mais là, j’avoue, c’est bien la première fois que quelqu’un de chez « vous » m’interroge.

Au fond, si on prend le temps d’y réfléchir, cela n’est pas si étonnant… Le seul lien entre nos deux univers parallèles se fait par auteur interposé. Voilà comment ça marche : nous choisissons un artiste (quel que soit son domaine), nous lui apparaissons en esprit et nous nous arrangeons pour qu’il prenne sa plume (ou son clavier, selon l’époque), son pinceau ou son instrument, puis nous le guidons pour qu’il transpose nos existences dans son monde à lui. Votre monde à vous.

Dans cette interview, c’est la même chose. Vous posez les questions, j’y réponds, par auteur interposé.

C’est intéressant, comme expérience… J’en parlerai à Ben et à Kate… Kate, c’est ma femme ! (sourire)

Enfin voilà, mon nom est Thomas J. Gordon, mais tout le monde m’appelle Tom. Je suis journaliste d’investigation au New York Daily News. Ben et moi, nous gérons la rubrique « Crimes et Justice ». Nous enquêtons sur les affaires en cours. D’une façon officielle… et d’une autre façon plus officieuse, mais tout aussi efficace…

Vous ne semblez finalement pas très à l’aise pour parler de vous. Votre présentation n’en est pas une en définitive. Parlez-nous de vous, de votre caractère par exemple.

Il est difficile de parler de soi. Je pense que j’ai beaucoup évolué. Évidemment, je ne vois plus la vie de la même façon, à présent. Avant l’accident, j’étais plutôt centré sur moi-même, vous voyez ? Mon boulot, ma famille, mes petits soucis, mes réussites, mes projets… Et puis tout a volé en éclats. En une seconde.

Aujourd’hui, je suis essentiellement tourné vers le monde, car je sais que c’est l’essentiel. Aider, soulager, partager, donner. Je pense que je suis aussi plus serein, d’une certaine façon. Évidemment, il y a encore des visions difficiles à gérer, mais je sais aujourd’hui que tout a un sens, une raison d’être, et j’ai confiance. Même si je ne comprends pas tout. Personne ne peut tout comprendre.

Elle a tout de suite cerné mes capacités hors norme : elle a su que je pouvais sortir de mon corps de façon consciente et voyager dans l’Espace-Temps.

Votre univers est assez dense, cela a dû prendre pas mal de temps pour que votre créateur puisse le définir. Vous êtes resté longtemps dans l’esprit de Rebecca ?

Vous voulez dire depuis quand je lui ai apparu ? Eh bien, cela va peut-être vous paraître incroyable, mais nous avons eu un premier contact lorsqu’elle était adolescente. À cette époque cependant, je n’étais pas encore bien défini pour elle… Mais elle a tout de suite cerné mes capacités hors norme : elle a su que je pouvais sortir de mon corps de façon consciente et voyager dans l’Espace-Temps. Elle a su aussi qu’un accident et un coma prolongé en étaient le déclencheur.

Mais cela n’a pas été plus loin. Je n’ai refait mon apparition que ces dernières années (5 exactement). J’avais assez attendu. Les autres aussi – ceux d’aujourd’hui et ceux d’avant… Nous sommes venus en force (rire).

On ne l’a pas lâchée jusqu’à ce qu’elle se décide à écrire ! Ça n’a pas toujours été facile pour elle, c’est sûr. Mais les choses qui devaient être faites ont été faites. Cela valait le coup. Elle est heureuse d’avoir tenu bon et d’être allée jusqu’au bout. En ce qui nous concerne, tout a été dit.

Pour elle, la tâche est achevée. Pour nous, ça continue… (sourire) Nous poursuivons notre existence quotidienne, en catimini. Mais nous gagnons aussi en consistance dans votre monde, au travers des lecteurs. Et ça, c’est magnifique.

Ce corps n’est-ce pas plutôt elle qui vous le donne. Elle doit injecter pas mal de sa personnalité quand il s’agit de définir la vôtre…

Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Je suis moi, elle est elle. Seulement, nous avons beaucoup en commun. Le personnage choisit toujours son auteur en fonction de leurs points communs – ou au contraire de leurs oppositions. Il faut que, dans un cas comme dans l’autre, l’un puisse comprendre l’autre, sinon ça ne marche pas. Il faut que l’auteur soit réceptif, qu’il ait de l’empathie… Donc oui, on peut dire dans un sens qu’il y a des parts d’elle en moi, mais il y a aussi des parts de moi en elle.

Pourtant, elle ne vous épargne en rien et vous fait faire des trucs pas jojo dans le livre, lui en voulez-vous ? Je vous donne même l’occasion de lui poser une question, si vous voulez.

En effet, pas jojo du tout !! C’est le moins que l’on puisse dire (Éclats de rire). Mais, plus sérieusement, comme je viens de vous l’expliquer, je ne peux pas lui en vouloir… Elle n’a fait que décrire des choses qui lui ont été révélées. Des choses qu’elle n’a pas vraiment choisies. Pour le reste, je ne pense pas avoir de question. Tout est parfaitement fluide entre nous. Je connais tout d’elle et elle connait tout de moi.

Vous parliez d’existence quotidienne dans une précédente réponse. Qu’elle est la vôtre ?

J’écris mes articles, je poursuis mes enquêtes, j’aide James autant que je peux (James Hillworth, c’est l’inspecteur à la Criminelle…), je profite de mes proches : ma femme, nos enfants, mais aussi mes amis Ben et Lizzy. Ils sont ce que j’ai de plus cher au monde.

Cette fois-ci vous avez la parole directement. Un petit mot pour ceux qui vont vous découvrir ?

Ce que je pourrais leur dire ? Que mon histoire n’est pas facile. Il m’a fallu traverser bien des épreuves et des douleurs pour comprendre à quoi tout cela rimait… Mais au bout du compte, j’ai su. Et c’est ça le plus important. Parce que, comme je l’ai dit, tout a un sens, une raison d’être. Un équilibre parfait, absolu. Comme les deux plateaux d’une balance, aux poids justes.

Lorsqu’ils liront le livre, ils comprendront.

Enfin, j’espère…

2 réflexions sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (45)

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