Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre quinze.

Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles,  chapitre quinze.

Nouvelle 15

L’Anniversaire de trop…

par Eric Dupuis

L’Anniversaire de trop…

 

Comme chaque été, le 21 juillet, depuis 20 ans, le couple Meunier fêtait son anniversaire de mariage avec ses amis d’enfance Emma et Richard. Et le repas s’achevait tranquillement dans l’allégresse et la légèreté, la chaleur ayant accentué la consommation d’alcool. Avant d’attaquer le sempiternel gâteau, Michaël s’esquiva le temps que tout le monde débarrasse la table. Il se faufila au fond du jardin pour griller une cigarette.

Marre d’être obligé de fumer en cachette… Marre de mentir… Marre de faire semblant… Marre de fêter ce putain d’anniversaire ! Une telle fumisterie que nos ingrats de gamins ne viennent même plus !  

Tapi dans le noir, Michaël tirait comme un dingue sur son tube à cancer, quand un bruit le fit tressaillir. Outré de constater que son voisin urinait sur son potager à travers la petite clôture grillagée, il l’invectiva.

  • Ça ne te gêne pas de pisser sur mes tomates ?

Pris sur le fait, l’homme écourta son forfait en rangeant sa marchandise, inondant au passage l’entrejambe de son pantalon. Michaël enfonça le clou.

– T’es pire que ton clébard ! T’apprécierais que je fasse ça chez toi ?

  • Oh, ça va ! rétorqua le voisin. Ton pote pisse bien sur la niche de mon chien en ton absence ! Ton cher ami d’enfance qui est d’ailleurs chez toi ce soir. Celui qui fait tout pour qu’on le remarque, avec sa superbe voiture de sport jaune vif !

Malgré la nuit noire, il perçut son air effaré. La tendance venait subitement de s’inverser.

– Celui qui se pointe toujours quand t’es en déplacement !

–Espèce de raclure ! Je vais te fermer ta grande gueule ! balança Michaël en fonçant droit sur la clôture.

Son regard en disait long sur ses intentions.

Au lieu de s’éloigner, le voisin en remit une couche avant qu’il n’arrive à son contact.

–Et c’est pas d’hier… D’ailleurs, y a qu’à regarder tes gosses ! Ça saute aux yeux comm…

Michaël, fou de rage, venait de lui décrocher un direct au visage qui le fit vaciller, puis dans le mouvement, il l’agrippa par le col et le tira vers lui pour le faire basculer dans sa propriété. Mais soudain le pantalon s’accrocha dans le grillage et la prise lui échappa des mains. Il vit alors le corps de son voisin partir en avant et s’empaler sur les tuteurs en métal des tomates. Le premier se planta dans le plexus solaire. Le second transperça ses carotides. Le sang gicla dans tous les sens par intermittence tel un arrosoir automatique. Moment que choisit Maryline pour faire son apparition, un couteau à la main.

 

–On peut savoir ce que tu fous ? Pour maintenant, les enfants ne viendront plus, alors on t’attend pour le gâteau ! s’égosilla-t-elle avec une voix de tête qui se mit à dérailler, aiguillée par l’alcool.

Irritée qu’il ne réponde, elle enclencha l’interrupteur extérieur et découvrit le corps du voisin parallèle au sol, comme en lévitation…

–Mais… bordel ! Qu’est-ce que t’as fait ? lâcha-t-elle, catastrophée.

Son taux d’alcoolémie redescendu, Michaël recouvrit ses esprits… et les propos de son voisin refirent écho. Sa colère noire remonta de ses tripes.

–Qu’est-ce que j’ai fait ? répéta-t-il en lui jetant un regard aussi meurtrier que le canon d’un revolver. J’ai voulu le faire taire ! Parce que Monsieur me traitait de cocu !

Outre le fait d’avoir été blessé dans son amour propre, Michaël avait ressenti l’effet d’un électrochoc. Comme si la lumière éteinte depuis des années venait de se rallumer, l’éclairant sur le malaise ambiant et récurrent qui régnait au sein de son couple. Tous les éléments du puzzle s’étaient imbriqués naturellement dessinant une forme honteuse à son existence.

–Je voudrais au moins l’entendre de ta bouche. Tu couches avec Richard depuis combien de temps ?

La gorge nouée, Maryline se ferma comme une huître.

– Vas-y, accouche ! Aies au moins le courage de tes actes, salope que tu es !

Poussée dans ses retranchements, elle vociféra.

–Eh bien, oui ! OUI ! Je baise avec Richard et si tu veux tout savoir, lui réussit à me faire grimper aux rideaux depuis 20 ans, mon con ! se libéra-t-elle en lui postillonnant au visage. On est sortis ensemble trois jours avant notre mariage. Et on a décidé de continuer nos vies, ensemble, côte à côte…

Abasourdi. Effondré. Anéanti. Michaël osa poser la question qui lui brûlait la langue.

–Et les enfants ?

–Mais il n’y a que toi qui n’a rien vu et qui ne veut rien voir depuis 18 ans ! Tout le monde a bien remarqué qu’ils n’ont rien de toi ! T’es aussi aveugle qu’abruti, mon pauvre !

Froidement, d’un regard aussi glacial qu’une chambre mortuaire, Michaël lui attrapa le cou, la poussa contre le mur de l’abri de jardin et serra. Ses lèvres bleutées laissèrent s’échapper quelques bulles d’air et l’obligèrent à renforcer son étreinte à deux mains sur les carotides. Les premières marques pétéchiales rougissaient le blanc de ses yeux. L’étouffement était imminent.

 

Soudain, le bruit de la porte précéda l’arrivée de Richard. Il réalisa de suite la gravité de la situation.

–Lâche-la ! intima-t-il à Michaël. Lâche-la tout de suite ! continua-t-il d’ordonner tout en courant vers le couple.

–Ah tu tombes bien, toi ! Espèce d’enculé ! Toi que je considérais comme mon frère ! Vas-y, viens, tu vas pas être déçu ! le menaça-t-il tout en relâchant son étranglement.

Les deux hommes s’étripèrent sous un déferlement de coups désordonnés, avec des frappes atterrissant une fois sur deux dans le vide, l’équilibre floué par les vapeurs d’alcool. Maryline tenta de s’interposer et de séparer les deux pochetrons quand Michaël sentit une froideur s’introduire en lui puis la chaleur s’en dégager… Il baissa les yeux et vit le couteau de son épouse enfoncé dans son plexus solaire et le sang dégouliner. Il s’effondra à genoux, les deux mains sur le manche, avant de s’écrouler définitivement.

Les deux amants s’observèrent une fraction de seconde, les visages déconfits. Maryline sursauta, une idée saugrenue venant de la percuter de plein fouet.

–L’occasion rêvée ! rebondit-elle. On attend ça depuis 20 ans… Regarde Emma, elle s’est assoupie sur la table, ronde comme une queue de pelle. Je viens de tuer mon mari, alors à toi de jouer. Occupe-toi de ta femme. On fera croire à la police qu’ils étaient ensemble et que le voisin s’en est mêlé…

– J’hallucine ! Comment peux-tu imaginer que je sois capable de commettre un tel acte de sang-froid ? protesta Richard.

–Les mecs dans toute leur splendeur. Pour me sauter entre deux rencarts, aucun problème… mais quand il s’agit de prendre des décisions, y a plus personne ! Laisse tomber, je vais m’en charger, pesta-t-elle, surexcitée.

Elle laissa en plan son amant, s’arma d’un couteau dans la cuisine et se rua sur Emma somnolente, affalée sur la table. Une frappe assenée dans le dos, une seconde plus violente à la base du cou ne suffirent pas à assouvir sa haine engrangée. Décidée à l’achever, elle prit son élan en diagonale au moment où Richard, tiraillé par sa conscience, s’apprêtait à la stopper par derrière. La pointe de la lame se planta dans son œil et continua sa trajectoire jusqu’à ce que le manche s’arrête à la base de l’orbite. Un hurlement de douleur le terrassa et le fit basculer tête première sur la table. Un choc si terrible, que le couteau s’enfonça cette fois entièrement, la pointe faisant saillie sur le haut du crâne…

Mon Dieu qu’ai-je fait ? s’apitoya-t-elle sur son sort.

Un moment de flottement. Une douche froide pour se remettre les idées en place et elle jeta ses affaires maculées de sang dans un sac plastique ainsi que les cigarettes récupérées dans les paquets de ses invités.

Mets-toi ça dans le crâne, tu n’étais pas sur place !

Elle s’était rhabillée à l’identique pour être raccord avec les photos et les selfies pris tout au long de la soirée. Prête à partir, elle scrutait l’ensemble de la maison pour vérifier une dernière fois qu’elle n’avait rien oublié quand débarquèrent ses deux enfants, un cadeau à la main, effarés par la vision qui s’offrait à eux. Les corps gisaient dans leur sang, et l’hémoglobine, éclaboussée du sol au plafond, dégoulinait le long des murs.

Perturbée, Maryline s’enterra dans son plan machiavélique.

–Je m’étais absentée pour aller chercher des clopes pour nos invités et je viens de rentrer. Je suis comme vous… je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer ici ! se lamenta-t-elle, en se forçant à paraître catastrophée.

Sa fille, toujours aussi perspicace, se permit de lui poser une question.

–Dans ces conditions, comment se fait-il que tes cheveux soient encore mouillés et que les mêmes fringues que tu portes, tachées de sang, se trouvent dans ce sac plastique, recouvertes de cigarettes jetées en vrac ?

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