L’apocalypse est notre chance – Ava Fortel

Le livre : L’apocalypse est notre chance de Ava Fortel. Paru le 3 avril 2019 chez Rivages dans la collection Rivages-Noirs. 21€. (313 p.) ; 23 x 15 cm.

4e de couv :

L’apocalypse est notre chance

Les choses ont changé. En un seul jour. Un seul instant. Le futur est différent de ce qu’on en attendait. On se met à oublier le passé. Ni foule, ni bain de sang. Et pourtant, il y a bien eu une révolution.

Luc Pailleron, éminent professeur de sociologie, est retrouvé mort dans son bureau. Cet universitaire de renom dirigeait la thèse que Laura Vanetti doit bientôt soutenir. Certaine qu’il ne s’est pas suicidé, celle-ci s’engage dans sa propre enquête au sein de l’université, et découvre que son mentor était à la tête d’un groupe projetant une action de grande ampleur. Une action que de puissants adversaires semblent résolus à empêcher par tous les moyens. Laura se retrouve dès lors au centre d’un jeu dangereux pour elle et pour ses proches. Il lui faut se méfier de tout le monde : de ceux déterminés à faire échouer le projet de son ancien professeur comme de ceux qui veulent le mener à son terme.

L’auteur : Ava Fortel est le nom de plume de deux auteures confirmées. L’Apocalypse est notre chance est leur premier roman commun. 

Sylvie Coquart-Morel est scénariste et créatrice de plusieurs séries pour la télévision parmi lesquelles Ondes de Choc et Des soucis et des Hommes, diffusées sur France TV. Elle dirige actuellement la fiction de la RTBF et développe les nouvelles séries belges. Elle écrit aussi pour le web, la radio, le cinéma et le théâtre.
Sophie Maurer est écrivain et enseigne les sciences sociales et l’écriture créative. Elle a publié deux romans, Asthmes et Les Indécidables, aux éditions du Seuil dans la collection Fiction &Cie. Elle écrit également pour le théâtre et la radio, et a été lauréate en 2017 du Fonds d’Aide à l’Innovation audiovisuelle du CNC pour un projet de série.

 

 

Extrait : 
17 septembre. Cette rentrée devait être un moment d’excitation. Après trois années de travaux dirigés dans une salle du sous-sol dont le soupirail nous offrait une vue imprenable sur les organes génitaux de chiens sans respect pour les bâtiments universitaires, j’allais enfin enseigner dans un grand amphi devant plusieurs centaines d’étudiants. J’étais prête pour le bestiaire : celle qui ne dévissera pas du premier rang et qui semble découvrir la Vierge à chaque phrase, celui qui garde les bras croisés, et le sourire goguenard du type à qui on ne la fait pas, à qui la sociologie n’apprendra rien, du type qui en sait déjà long parce qu’il a lu sur Internet un article scientifique qui lui a révélé le secret du grand tout à partir de symboles aztèques ou inuits, mâtinés de lecture dans la salade en sachet et d’interprétation de la courbure du tuyau de douche, une démonstration so 21st century ; mais aussi celui qui opine du chef même quand on se tait, à la manière d’un psychanalyste lacanien songeant à son prochain week-end en Bretagne ; et encore celle qui se prend en selfie – je suis belle, je suis trop belle ; celui qui vient d’obtenir une victoire décisive à Clash of Clans et qui se retient de se lever pour danser sur place ; celle qui dessine en rêvant d’Angoulême ; le cinéphile amateur de films de série Z japonais qui a déniché la dernière paire de lunettes carrées de tout le pays ; celle qui dort, celui qui dort, celui qui lutte contre le sommeil et qui, à force d’écarquiller les yeux et de se mordre les joues, sort vainqueur de son combat sans merci, celle qui lutte contre le sommeil, mais dont le cou est emmitouflé d’une écharpe si moelleuse, si douce, si épaisse que même de l’estrade, on a envie de se lover dedans et qui, inévitablement, finit par fermer les yeux et s’affaisser au milieu de son nuage portatif ; et encore ceux qui notent tout scrupuleusement et lèvent la main pour me demander de ralentir ; ceux qui sont coincés là, à leur corps défendant, parce que leur bourse d’études dépend de leur assiduité et que leur famille ne peut s’en passer pour payer l’électricité ou la mensualité d’un crédit au TEG frôlant le taux d’usure, à un centième – un centième cynique et ricanant – des 21,07 % ; celui qui ne sait pas du tout ce qu’il fait là, dans ce cursus, dans cette université, dans ce monde, et celle qui espère mais qui ne sait pas quoi. J’étais prête pour toutes celles-là, pour tous ceux-là, les amours et les têtes à claques, les sceptiques et les crédules, les curieux et les blasés, les indifférents, les exaltés. Mais j’avais la trouille. Une trouille qui, à 8 h 43, me conduisit aux toilettes de notre appartement où je vomis deux fois avant que Vincent n’arrive avec un fond de pastis qu’il me tendit avec autorité.

Le post-it de Ge

L’apocalypse est notre chance – Ava Fortel

Une chercheuse en sociologie découvre le corps sans vie de son directeur de thèse dans son bureau. Persuadée qu’il s’agit d’un assassinat et non d’un suicide, elle décide d’enquêter au sein de l’université et apprend que cet homme, qu’elle admirait, était impliqué dans un projet clandestin révolutionnaire.

Laura Vanetti est enseignante-chercheuse en sociologie. Elle s’apprête à soutenir la thèse sur laquelle elle bosse comme une acharné depuis plus de six ans. A l’approche de la date fatidique qui devrait voir toute sa carrière enfin s’envoler, elle est à la fois impatiente et anxieuse pour ne pas dire totalement flippée. Aussi c’est auprès de son directeur de thèse qu’elle cherche du soutient et du réconfort. Luc Pailleron est l’homme qui lui a donné sa chance, elle a en lui une confiance absolue.

Un matin elle le découvre, affalé sur son bureau mort, une balle dans la tête. C’est horrible, il y a du sang partout et une arme gît à coté de lui.

Bien sur, la police conclut à un suicide.

Mais Laura ne peut se résoudre à y croire.   Luc n’était pas du genre suicidaire et puis on ne se suicide pas quand on a des projets en tête. Non Laura a une intuition, on l’a suicidé.

Aussi après les obsèques de son mentor, Laura se rend chez la sœur du professeur qui lui remet ses affaires, ces notes car son sixième sens lui dit qu’ici elle devrait trouver des réponses à son questionnement.

Enfin démarre l’enquête de notre jeune chercheuse. Et ce qu’elle va découvrir est incroyable. Bien au-delà de ce qui pouvais être imaginable.

Dans l’Apocalypse est notre chance, nos deux auteures nous plongent dans les méandres d’une faculté où tous les coups sont permis pour asseoir son pouvoir ou défendre ses idéaux.

Sous ses airs d’enquête dans le milieu universitaire, L’Apocalypse est notre chance est un roman qui interroge la place de la recherche et de la sociologie au sein de nos sociétés.

Ava Fortel nous interroge, comment nous commun des mortel percevons-nous le monde universitaire ? Quel est la place des chercheurs et de la recherche dans notre société ? Quel est le rôle de l’université aujourd’hui ?

Ici on est typiquement dans un roman noir qui met les problème sociétaux au sein de son action. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est que tout en nous questionnant, il garde le rythme d’un pur thriller.

Connaissant un peu les deux auteurs, j’imagine bien qui a apporter quoi à cette belle mécanique qu’est L’apocalypse est notre chance.

Personnellement je me suis demandé si notre monde n’allait pas à sa perte si du jour au lendemain nos chercheurs ne se questionnaient plus sur notre monde et notre société. Et l’on sait tous que les coupes budgétaires dans l’enseignement supérieurs comme dans la culture d’ailleurs sont légions et drastiques. C’est vrai après tout, à quoi nous servent le savoir, la culture et la sociologie ? Quel rendement, quelle valeur ajoutée, autour de ses sujets ?

Quel bénéficie, aucun puisque ça coûte de l’argent sans vraiment en rapporter !

Et puis le monde universitaire, celui de la recherche est lui aussi un microcosme de notre société tout entière avec ses jeux de pouvoir. Qui écrasera son rival ? Qui obtiendra ce poste prestigieux ? Qui sera en bonne grâce au yeux de l’administration ? Ici aussi les bassesses humaines prennent le pas sur sur les idées. La communication primant sur le travail de fond.

Nos auteurs nous entraînent avec elles dans leurs questionnement est nous proposent un polar social et politique. Un polar engagé qui traite d’un sujet peu vu encore dans la littérature policière.

Mais ce qui fait aussi le charme de ce roman, au delà de son rythme endiablé, on ne s’ennuie jamais à la lecture de ce polar, non on le dévore d’une traite, oui ce qui fait le charme de ce roman policier c’est son ton. Un ton résolument engoué, un brin décalé. J’avoue j’ai beaucoup sourit en lisant l’apocalypse est notre chance, j’ai pas mal rit aussi. Car en plus d’un propos très sérieux, une société qui ne pense plus le monde, serait-elle une société qui court à sa perte, et bien le style est fluide, le ton est léger, l’humour affleure constamment. On ne s’ennuie vraiment pas à la lecture de ce titre. Et que dire du final tonitruant !

Je n’ai qu’un mot, bravo mesdames, ce coup d’essai est un coup de maître, pardon un coup de maîtresses !

Extrait 2 :
PROLOGUE
Des fourmis. Une armée de fourmis, les corps imbriqués, les membres agglutinés, grattant le sol visqueux, la glaise épaisse de mon cerveau. Une armée organisée, silencieuse, efficace, capable d’enchaîner les heures de lecture, de produire des lignes à l’infini, de manipuler toutes les idées, d’annoter cent paragraphes, d’exténuer des textes et d’en écrire encore. Cette image est née un soir de fatigue tandis que j’écrivais cette foutue thèse sur laquelle je travaillais depuis déjà six ans. J’étais dans le salon, mon ordinateur sur les genoux ; Vincent, mon colocataire, ronflait dans le fauteuil en face. J’avais tellement regardé mon écran ce jour-là qu’en posant mes yeux sur les fils électriques qui s’entremêlaient à mes pieds, je les ai vus onduler. J’hésitais entre aller me coucher et m’offrir en douce le sixième épisode de False Flag. Au moment de me lever, j’ai vu mon armée de fourmis. Elle se reformait à l’intérieur de mon crâne pour attaquer un nouveau pan de ma thèse. Malgré l’heure, Vincent et les cocktails qu’il me forçait à boire, mes fourmis étaient en ordre de marche et, comme si un général américain les avait guidées de son autorité imbécile, elles attaquaient d’elles-mêmes la face nord, abrupte et pour moi encore glissante, du premier paragraphe du chapitre V, page 547 de ma thèse. Cette nuit-là, mes doigts atteints de la maladie de Parkinson ont écrit un quart du chapitre, vingt-deux pages au total. Le lendemain, j’ai essayé de parler à Vincent de mon armée personnelle, mais il était encore sous l’effet des amphétamines et il a hoché la tête.
– C’est bien, les fourmis.
Le temps qui s’est écoulé depuis cette soirée est incalculable. Il est d’une nature incertaine. En un seul jour, un seul instant, les choses ont changé. Le futur est différent de ce qu’on en attendait. On se met à oublier le passé. Je suis dans un café, au fond de la salle, j’ai replié mes genoux sur la banquette pour poser mon ordinateur dessus. Mes fourmis sont prêtes. J’ai la sensation qu’elles ont envahi davantage que mon cerveau, mes veines, mon foie. De même que les mois et les nuits passés, ma thèse est oubliée. C’est un autre combat que mon armée s’apprête à livrer.
Elle veut se souvenir. Et moi avec elle. Ensemble, nous irons soulever jusqu’au grain de poussière, jusqu’au plus petit caillot de temps, jusqu’au trait invisible des choses. Nous ne lâcherons rien, nous n’abandonnerons rien. Je livrerai tout ce que je sais et même ce que je ne sais plus. Je ne tairai ni les craintes, ni les mensonges, ni la violence, ni les morts qui ont précédé l’aurore. Je veux garder la trace des bonnes choses aussi : Vincent, Willy, et d’autres encore. Je veux consigner ma peur. Et laisser dire à Luc ce qu’il avait à dire avant.
Je leur dois cette mémoire, fût-ce un travail d’insecte. Je lui dois cela et à elle aussi. Ce sont eux qui ont payé le prix fort. Il s’appelait Luc. Elle s’appelait Nell.

 

 

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