Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre 17

Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre dix-sept.

Nouvelle 17

Quatre ans, le malheur

 par Anne Mollard

 

Quatre ans, le malheur

 

Ce matin j’ai quatre ans. Maman m’a réveillé en me faisant plein de bisous dans le cou, et en me murmurant : « – Bon anniversaire, mon grand ! » J’adore ça ! Ça me donne plein de frissons, et j’ai envie de rire et de me tortiller pour échapper à ses caresses, et je voudrais que ça dure encore !

Elle a fait un bon repas, avec tout ce que je préfère, du poulet et plein de frites. Maman elle aime bien faire des bons petits plats, des légumes et tout ça, mais ce que j’aime le plus, c’est les frites, et les pâtes aussi. Alors, aujourd’hui, c’est moi qui choisis, et ça aussi, ça me fait plein de joie !

Maman, comme l’année dernière, a fait une brioche des rois. C’est pas de chance, je suis né le jour des rois, alors c’est toujours la même chose, une brioche maison. C’est vrai, quand elle cuit, ça sent bon partout, et elle est toujours délicieuse, mais j’aimerais bien un beau gros gâteau plein de crème, de bonbons multicolores, mais ça, c’est pour l’anniversaire de mon petit frère !

Là, on attend les copains qui viennent passer l’après-midi pour jouer avec moi, et ça y est, mes camarades arrivent. Ils ont tous apporté un cadeau, et je me dépêche de les regarder tous. Je déchire les papiers, les bolducs volent partout.

Il y a un livre de dinosaures, mes copains savent à quel point je les adore, des Tom Tom et Nana, un puzzle, un Memory, des pâtes à modeler, je voudrais jouer avec tous en même temps, et je voudrais empêcher mon petit frère de toucher à mes nouveaux jouets. Mais papa et maman font les gros yeux et me disent qu’il faut savoir partager un peu, alors je laisse faire, mais c’est pas juste !

Papa a préparé plein de jeux, des serpentins, des langues de belle mère, des sarbacanes, et les cadeaux à peine ouverts, nous nous lançons dans une joyeuse sarabande. Obligés de rester à l’intérieur, dehors, il y a la neige. Peut-être que tout à l’heure on pourra sortir faire une bataille de boules de neige.

Maman nous invite à venir manger le gâteau et boire des jus de fruits. Je vois bien que mes copains sont surpris par ma brioche, qui ne ressemble pas du tout à un gâteau d’anniversaire. Alors maman raconte la tradition de Provence, mais tout le monde s’en fiche un peu, elle est bonne quand même la brioche ! Il n’en reste pas une miette !

Ensuite, maman nous lit une des histoires prises dans les livres offerts par mes amis, et ça fait du bien de rester tranquille un petit moment. Mais pas trop longtemps quand même !

Alors nous repartons dans la salle de jeux, et commencent les poursuites avec les serpentins et les langues de belle-mère. Je sens bien que papa et maman nous surveillent sans cesse, mais ils ne nous empêchent pas de courir et de crier, alors c’est pas grave. Et on rit, on saute, on essaie de s’attraper, de se saucissonner dans les serpentins.

Ma copine Sophie, c’est elle qui est à côté de moi en classe, prend une sarbacane pour me tirer dessus avec les boules de papier.

Je ne sais pas ce qui se passe, tout à coup, elle devient toute pâle, elle n’arrive plus à respirer, elle a des hoquets, elle se tient la gorge, elle fait un vilain bruit en respirant, et ses yeux sont tout écarquillés et pleins de larmes. Alors j’appelle papa, qui arrive en courant, maman sur ses talons.

– Qu’est-ce qui se passe ? demande papa, affolé.

– Elle s’étouffe, crie maman. Elle a mangé quoi ?

– Je sais pas, elle me courait après avec la sarbacane, et puis elle a plus pu respirer ! J’ai peur !

– Mon Dieu, dit maman, elle a dû inspirer quand la boule de papier était dans la sarbacane, et elle l’aura inhalée ! Il faut lui taper dans le dos pour qu’elle l’expulse.

Alors papa essaye de faire tousser Sophie, mais rien ne se passe. Elle devient rouge, ses yeux pleurent de plus en plus, des spasmes la secouent très fort. Papa essaye encore et encore de faire sortir cette boule, mais rien à faire. Et je vois ma Sophie qui semble perdre des forces, qui transpire beaucoup, on dirait qu’elle se noie, elle est terrorisée. Et moi aussi, j’ai peur, je ne sais pas ce qui se passe, mais je sens que c’est très grave et je commence à pleurer doucement.

Papa dit à maman :  « – Je n’ose pas lui faire la manœuvre de Heimlich, je ne l’ai jamais faite sur personne. »

  • Essaie, lui répond maman, si tu ne fais rien, elle va mourir. La boule de papier a dû se coller dans la trachée, elle ne pourra pas l’évacuer en toussant.

Et papa prend Sophie contre son ventre, il lui met ses deux poings contre les côtes et il appuie doucement. Il ne se passe rien, et Sophie râle de plus en plus.

  • Plus fort ! hurle maman. Il vaut mieux lui casser les côtes que la laisser mourir !

Alors papa, qui semble lui aussi terrorisé, donne un grand coup sur le petit corps de Sophie.

On voit la boule jaillir et Sophie aspire l’air de toutes ses forces. Elle tremble, elle pleure, la peur marque encore son visage.

Je regarde alors tous mes amis, aucun ne bouge, le temps semble s’être arrêté pour tout le monde, et chacun d’entre nous ressent une immense peur et un grand soulagement. On sait tous que quelque chose de terrible a failli arriver. Mon petit frère est collé dans un coin de la pièce, tout petit. Lui qui court toujours plus vite que les autres n’ose plus bouger.

Je comprends ce que maman a dit pour la sarbacane et la boule de papier qui s’est coincée dans la gorge de Sophie. Alors, tout tremblant des restes de ma peur, je commence à faire le tour de la salle de jeux, je ramasse les sarbacanes, je cherche les boules de papier. J’essaie de ne pas en oublier. Je me faufile derrière les plantes vertes. Je me glisse sous les meubles. Je soulève le tapis. Je récupère leur sac d’emballage et j’y range toutes les sarbacanes et toutes les boules. Puis je tends le sac à maman en lui demandant de le cacher. Je ne veux plus jamais voir ces jeux dans la maison.

Maman est très émue de voir que j’ai tellement bien compris ce qui est arrivé. Elle me prend dans ses bras et me remercie d’avoir réagi aussi vite. Elle me murmure : « – Mon grand, tu es vraiment un grand garçon, je suis très fière de toi. Et j’espère que, quand tu seras papa à ton tour, tu ne donneras jamais de sarbacanes à tes enfants. Tu as vu comme c’est dangereux. »

Papa et elle sont sous le choc, et je les entends dire : « – Comment aurions-nous pu expliquer aux parents de Sophie que leur fille s’était étouffée avec un jouet qui semblait tellement anodin ? Il faut leur en parler, ne serait-ce que pour qu’ils ne commettent pas la même erreur que nous. Quel cauchemar, c’est un anniversaire qu’on ne risque pas d’oublier ! »

L’année prochaine, quand j’aurai cinq ans, je voudrais qu’on fasse à nouveau une fête, mais pas comme celle-ci. Je voudrais du cirque, ou un dessin animé, ou des manèges, et un vrai gâteau d’anniversaire, avec du chocolat et des smarties. Mais c’est tellement loin, l’année prochaine !

Cet anniversaire-là, on l’a réellement vécu !

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