Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (48)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (48)

ET SI ON LEUR DONNAIT LA PAROLE ? par Nick Gardel

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (48)

Prenez place. C’est un vrai plaisir de vous recevoir. Je sais que votre temps est précieux et que celui que vous avez à me consacrer est rare. Alors sans plus attendre, si vous vous présentiez ?

Je m’appelle Paik Dong-Soo – du moins est-ce ainsi que certains de vos concitoyens orthographient mon nom. On aurait pu aussi écrire « Park », c’est l’un des patronymes les plus répandus dans mon pays, avec « Kim ».

Je suis né en Corée du Nord. J’y ai grandi, on m’y a éduqué et entraîné.

J’étais officier du Renseignement, là-bas. Et puis un jour, j’ai ouvert les yeux et je suis parti.

Je suis parvenu à franchir la frontière.

Deux fois – un record.
Je suis marié et j’ai un fils. Aujourd’hui, ma femme In-Soon et mon garçon Il-Nam vivent à New-York. Ils pensent que je suis mort et c’est tant mieux pour eux. Ils me manquent terriblement, mais j’ai donné ma parole et je ne peux pas revenir sur cet engagement. Je veille sur eux, de loin.
Pour survivre, j’effectue toutes sortes de métiers.

Quelques-uns sont assez banals, d’autres sont plus… exotiques.
Mon quotidien est – Comment dites-vous ? – complexe.

C’est un contexte, une belle entrée en matière, si j’ose dire. Mais parlez-nous plutôt de vous. Au-delà de votre définition factuelle. Quels sont vos traits de caractère ?

Je suis loyal, fidèle en amitié. Je suis très calme et méthodique.

J’ai une légère tendance à la rancune et je mène toujours mes vengeances à terme.
Je suis capable d’aimer, mais je peux aussi être totalement dénué de sentiment.
J’aime la justice, sous toutes ses formes.

Quitte à la rétablir par tous les moyens, si le besoin s’en fait sentir.
Les lecteurs – bon, d’accord, surtout les lectrices – me trouvaient « si gentil, si vulnérable ».
Ils savent tous, maintenant, qui je suis vraiment.
Je ne crois pas être un monstre pour autant, même s’il m’arrive de faire des choses monstrueuses. C’est dans la nature humaine. Nous en sommes tous capables. Tous. Rassurez-vous, je ne suis pas un psychopathe : ma violence n’est jamais gratuite.

Vous accompagnez depuis longtemps Jean-Luc Bizien, votre créateur. Il a mis longtemps à concevoir votre existence ? Depuis quand êtes-vous dans sa tête ?

Je crois que j’y ai toujours été. J’y suis encore, même s’il oublie parfois ma présence pour se consacrer à d’autres personnages.

Je m’impose, quand le besoin s’en fait sentir.
Il a éprouvé le besoin de raconter mon histoire dans la trilogie des ténèbres et pensait que c’en était terminé. C’était mal me connaître.
Quand il s’est lancé dans la rédaction de CROTALES, il avait besoin d’un personnage très spécial.
Il ne le savait pas encore, mais c’était à moi qu’il songeait.
Une fois de plus, j’ai fait le travail.
Avec délectation.

 

Je ne crois pas être un monstre pour autant, même s’il m’arrive de faire des choses monstrueuses.

Souvent créature et créateur se confondent. Vous êtes pourtant très éloigné de Bizien. Vous pensez qu’il y a des parts de lui en vous ?

Comment pourrait-il en être autrement, après tout ce temps passé à cohabiter, à partager ses pensées, à vivre au quotidien en sa compagnie ?

Objectivement, nous avons un certain nombre de points communs : il est né lui aussi en Orient, il a des origines asiatiques. Il a deux fils sur lesquels il veille à distance. Il cultive et apprécie la loyauté et la fidélité en amitié…

Pour le reste, je ne peux pas me prononcer.
Sans doute me fait-il dire, penser ou faire des choses qu’il s’interdit dans la vie, parce que certains de ses principes le lui interdisent.

Quoique…

Je sais que s’il m’a plongé dans les ténèbres, c’était pour mieux me ramener vers la lumière.
C’est sa principale interrogation : la part d’ombre qui vient entacher chaque être humain, un jour ou l’autre. Il s’y consacre au fil des livres. Sans jamais oublier que la lumière est partout où on la cherche.
La lumière, voilà notre quête commune.
Ce qui guide nos existences.

Cette lumière passe pourtant par des phases d’une profonde noirceur. Vous le disiez en présentation « il m’arrive de faire des choses monstrueuses ». C’est pourtant Bizien qui est un peu aux commandes… Lui en voulez-vous ?

Il ne me fait rien faire contre ma volonté : il me plonge dans des situations, puis il m’observe. C’est sa méthode, quand il écrit. Il tient ça du jeu de rôle, qu’il a beaucoup pratiqué et pour lequel il a longtemps écrit. Il réfléchit à ses personnages, jusqu’à savoir tout ou presque à leur sujet. Ensuite, il les laisse faire. Ainsi, il éprouve une véritable jubilation devant son clavier.

Il n’imagine pas nos aventures, nous les lui racontons.

Quand il me confronte à des histoires tordues – et elles le sont, car c’est la règle du thriller ! – , je me débrouille seul, à l’instinct. Je suis doué pour ça.

Et si d’aventure les difficultés sont insurmontables, il convoque des renforts terriblement efficaces. Dans le Berceau des ténèbres, il a même invité le plus célèbre des « profilers made in France » : Joshua Brolin, le personnage de Maxime Chattam.

Par respect pour ce dernier, il a pris soin de Brolin et s’est attaché avec un soin méticuleux à respecter le personnage.

C’est tout à son honneur. Trop peu d’auteurs éprouvent du respect pour leur personnage, voire celui des autres !

Qu’en est-il de votre vie entre les aventures ? Que faites-vous quand Bizien s’occupe d’un autre personnage ?

Je m’entraîne. Je tourne en rond. Je m’entraîne encore. Je me documente. Je m’entraîne toujours.

Il m’a un jour plongé dans un tel état de dépression, de délabrement physique et moral que je me suis juré de ne jamais y céder à nouveau.
Je reste sur mes gardes : je sais qu’un matin il entrera dans son bureau, choisira les CDs qui l’accompagneront pour la journée, regardera son clavier…

Et il faudra qu’immédiatement je réponde.
Quelles que soient la difficulté, la position géographique, l’horreur de la situation. Je serai là. Je suis prêt.

Il s’agit d’un véritable échange à ce que je comprends. Néanmoins, vous reste-t-il une question à lui poser ?

Tout comme lui, je me consacre à la seule chose que je sache bien faire. Alors…
« Quand est-ce qu’on y retourne ? »

Il nous reste à conclure. Traditionnellement, je demande à mes invités de réserver ces derniers mots à ceux qui vont les découvrir

Bienvenue !

C’est vous qui me maintenez en vie – tant qu’il y aura des lecteurs et des livres pour les passionner, nous autres personnages de fiction resteront présents, dans un coin de vos têtes.
Alors lisez, encore et toujours et gardez à l’esprit que tout cela n’est que de la fiction.
À moins que…

Une réflexion sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (48)

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