Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre 18

Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles,  Dix-huitième chapitre

Nouvelle 18

Encore une année de passée !

de

Fanny Haquette

Encore une année de passée !

 

         Encore une année de passée, une autre année qui s’achève heureuse et tranquille. Quarante-six ans dans quelques jours. Bon, c’est certain, ce n’est pas un chiffre rond comme cinquante qui mérite la méga fiesta entourée de sa famille et de ses amis, mais de quoi quand même fêter cela en se faisant  un petit week-end bien sympa, campagne en amoureux, au Valjoly, jolie station touristique dans l’Avesnois qui se situe au nord de Paris.

Nous nous y rendons en moyenne une fois par an avec ou sans les enfants. Cet endroit est tellement reposant et ressourçant pour moi : au  milieu de la nature, dans un cottage surplombant le lac, c’est parfait.

J’ai toujours eu ce besoin incommensurable des arbres et de leurs odeurs, ils sont tellement beaux et majestueux. Ils m’ont toujours procuré un bien-être fou, loin de ce monde qu’il l’est d’autant plus. Sans doute est-ce dû aux longues balades familiales le dimanche lors de mon enfance où vélo, cache-cache et ma chienne berger allemand Doli rimaient avec bonheur. J’aimais également sa compagnie lors de nos promenades en duo dans les vignes du sud de la France. Ma marraine y possédait une magnifique propriété à l’entrée d’un très beau petit village. Bref, j’avais une soif insatiable de vert.

Nous sommes partis vers huit heures le samedi matin, pour un trajet d’environ un peu moins de deux heures avec un passage obligé, comme d’habitude, par le joli petit village de  Maroilles, pour faire quelques achats gastronomiques : fromages, bières et pain de campagne pour l’apéro du soir. Le midi, à la sortie de la piscine, nous ferions un resto comme à l’accoutumée. Hop, en moins de deux, clé récupérée à l’accueil, bagages rangés, produits frais au frigo, maillot de bain mis et me voilà prête pour l’espace détente avec mon chéri.

Nous avons commencé d’abord par le hammam selon l’envie de Vincent, un peu difficile pour moi et mon asthme mais j’allais essayer de gérer un peu. Je me suis assise, nous n’étions que deux pour l’instant. Je contrôlais ma respiration. Je savais que je ne tiendrais pas longtemps. Dommage car j’aime beaucoup l’odeur assez prenante de l’eucalyptus et de plus, c’est très bon pour la peau. Soudain, je sentis une crise arriver, il fallait que je sorte, je ne me sentais pas bien et je n’arrivais plus à respirer correctement.

—Je ne tiens plus ! dis-je à Vincent, je vais dans le jacuzzi, à tout de suite !

Il resta plus longtemps, il préfère le hammam au sauna.

Une douche à peine froide et je me glissai tranquillement dans le bain à remous où j’étais seule également. C’est génial quand c’est calme au final, cela dépendait des périodes de l’année. J’allais pouvoir en profiter un max. Bien installée, je me retournai légèrement et mis la tête sur mes bras posés sur le rebord, je fermai les yeux. Le relâchement était total.

De longues minutes passèrent. Mais que faisait-il ? Et puis voilà, une envie pressante me fit quitter l’eau. Je me dirigeai donc vers les WC. Bizarre, toujours personne et toujours pas de Vincent à l’horizon. Mais où était-il passé ? Peut-être aussi aux toilettes.

Telle ne fût pas ma surprise lorsque je m’aperçus qu’il n’y avait plus personne non plus dans toute la piscine ! D’un coup, une angoisse profonde m’envahit. Je me précipitai aux vestiaires pour vite m’habiller et sortir. Y avait-il eu une alarme et personne ne m’avait prévenue ? Mais pourquoi n’avais-je rien entendu ? M’étais-je endormie ? Et pourquoi Vincent n’était-il pas venu me chercher pour sortir ?

Une fois à l’extérieur, toujours pareil, le calme plat, ce silence que j’aimais tant finalement commençait à me faire sérieusement peur. Je me dirigeai vers la petite rue commerçante au centre de la station face au centre aquatique. Elle était déserte elle aussi. Plus aucune âme qui vive. Rien. Le vide. Le néant. Mes jambes ne me portaient plus, tout vacillait, je tombai assise sur une grosse pierre près de moi. C’était… c’était impossible ! pensai-je. Je me redressai, regardai partout autour de moi, affolée. Aucun humain. Je criai :

  • Mais où êtes-vous ??!!!!

Il fallait que je me calme me disais-je, attendre quelques instants pour reprendre mes esprits.  Il devait bien y avoir une explication rationnelle à tout cela. Nous n’étions pas dans la quatrième dimension ni dans une histoire de Stephen King. J’avançai au milieu des boutiques désertes, tous mes sens en alerte, comme si un danger pouvait surgir à tout instant. Pas un bruit. Seul le battement de mon rythme cardiaque  résonnait dans mon corps tel le tambour major du carnaval de Dunkerque suivi de la bande.

Je tournai la tête à droite, à gauche et soudain je m’immobilisai. Un détail avait attiré mon attention. Les gros titres d’un journal local que je pris sur son support extérieur devant la petite épicerie. L’un de ceux de la première page était :

« Une femme décède d’une crise d’asthme à la station du Valjoly », lire page 2.

Et sur cette page, je ne croyais pas ce que je lisais… La journaliste parlait bien d’une femme de quarante-six ans, venue pour son anniversaire avec son conjoint à la station et qui était décédée en sortant du hammam. Apparemment, les secours étaient venus rapidement mais ils n’avaient pas réussi à la ranimer. De grosses larmes coulèrent sur mes joues, ou du moins c’est ce que je croyais, quand je lus qu’elle précisait que le compagnon souhaitait y faire sa demande en mariage.

Mon dernier anniversaire, oh mon Dieu…

Un léger vent se fit sentir instantanément, le journal glissa entre mes doigts pour m’échapper et je le laissai s’envoler, anéantie. En relevant les yeux face à la vitrine, je ne vis pas mon reflet. Une immense rage s’empara de moi et je pris l’une des chaises en métal de la terrasse et la projetai violemment dans la vitre qui éclata en mille morceaux. Je regardais avec stupéfaction quelques bris de verre venir se planter dans mes avant-bras… pas de douleur… pas de sang… Je les retirai un à la fois et ne ressentis absolument aucune souffrance.

C’était épouvantable… non…me dis-je en me prenant la tête entre les mains, qu’est-ce que c’est que ce cauchemar ? Pourquoi ? Pourquoi moi ?

Le vent se faisait de plus en plus fort, je pouvais le sentir parcourir tout mon corps, même à travers mes vêtements. J’avais l’impression qu’il cherchait à pénétrer lui aussi en moi quand j’entendis quelque chose qui brisa enfin ce silence.

Je distinguai clairement des bruits en provenance de la forêt. Je fis quelques pas et je vis une légère brume qui s’était formée et flottait à quelques mètres de haut. Il me semblait vaguement apercevoir des ombres à travers les arbres, ou était-ce mon imagination ? Finalement, elles s’avérèrent bel et bien réelles, elles se précisèrent au fur et à mesure qu’elles se rapprochaient. Je ne ressentis aucune inquiétude. Toutes ces personnes s’arrêtèrent à la lisière. Il y avait des enfants, des femmes et des hommes, de nationalités différentes et d’âge divers, habillés de façon courante.

Par contre, une femme, bien plus âgée que moi, à la longue chevelure rousse et flamboyante continua en ma direction. Elle semblait glisser, dans sa robe en voilage émeraude, à quelques centimètres du sol. Elle m’invita à avancer. Je n’avais pas vraiment le choix de toute façon et elle m’inspira confiance immédiatement. Et puis, il fallait bien des explications à tout cela même si j’avais déjà, hélas, tout compris… Oui, car en effet j’étais morte et bien morte… Terminée Fleur, rayée de la carte ! Rayée du monde des vivants ! Mais mon compagnon, ma fille Maggie, mon fils et ma famille ? Mon chien… mes chats… que deviendront-ils sans moi ? Y avait-il justement un espoir de les revoir, de les retrouver un jour ? Une multitude de questions se bousculaient dans ma tête en une fraction de seconde quand j’arrivai devant elle.

Elle portait de nombreux bijoux très anciens, apparats d’or, d’argent et de pierres précieuses qui brillaient de mille feux jusqu’aux pieds qu’elle portait nus. Un diadème de dentelle était délicatement posé sur le sommet de son front et retombait un peu sur son visage. Mais qui était-elle ? C’était incroyable. J’avais l’impression de rêver ou d’halluciner mais je savais pertinemment que c’était la triste réalité.

Elle me sourit avec beaucoup de tendresse. Ses magnifiques yeux gris me disaient « N’aie pas peur, tout va bien se passer, viens avec nous ». Cette nouvelle amie me prit doucement la main en m’entraînant vers les bois, elle me transmit immédiatement une paix intérieure qui se répandit aussitôt dans mes veines tel un nouveau sang ou de la sève. Je me laissai faire car je sentais bien que je le devais et que c’était dans l’ordre des choses désormais.

Une petite voix me dit alors que c’était loin d’être la fin, bien au contraire, quelque chose de nouveau se préparait et  allait bientôt se mettre en place.

Et tout en m’aventurant vers les profondeurs de la forêt, je disparus parmi les ombres.

7 réflexions sur “Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre 18

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s