L’enfer de church street de Jake Hinkson

Le livre : L’enfer de church street de Jake Hinkson. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides. Paru le 5 mars 2015 chez  Gallmeister dans la collection « NéoNoir ». 15€. (235 p.) ; 19 x 13 cm

Présentation des éditeurs :  L’enfer de church street

Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s’il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi.

« L’union impossible de Sinclair Lewis, Jim Thompson et Charles Willeford… Un roman sauvagement psychotique et pourtant bizarrement rempli de compassion. »
Los Angeles review of books

L’auteur : Jake Hinkson est originaire de l’Arkansas. Né en 1975. Ce fils de prêcheur baptiste, élevé dans une famille stricte et religieuse, découvre en cachette à 14 ans le roman policier. Mickey Spillane, Hammett, Chandler et Jim Thompson sont ses premières lectures. Les deux obsessions de ces jeunes années – la religion et le crime – l’habitent encore aujourd’hui. Il vit à Chicago avec sa femme et un chat qui le regarde écrire.

 

 

 

Extrait :
Je travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussiéreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus que de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.
Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma. J’essayais de me faire discret, mais après deux jours sans manger, je décidai de chercher quelqu’un à braquer. Je repérai deux femmes, mais braquer des femmes, ça rapporte souvent plus d’ennuis que de fric. Les flics réagissent plus vite quand la victime est une femme, et si ça tourne mal et qu’il faut la secouer un peu… Ah ça, les flics adorent traquer l’agresseur d une femme et le tabasser. Ça leur donne l’impression qu’ils sont de bons gars.
Alors, j’attendis. Je laissai partir les femmes. Les ados. Les couples. Le vieux bonhomme avec sa camionnette pleine de chiens. J’attendis, mais je commençai à m’impatienter.
Lorsque je repérai le gros, je sus que j’avais trouvé mon pigeon.
Il n’était pas seulement gros. Il serait bientôt, très bientôt même, trop gros pour pouvoir porter des vêtements normaux. Le gras débordait de partout et remplissait sa chemise blanche tendue comme un ballon de baudruche. Ses cheveux étaient d’un blond passé sur les longueurs, comme s’ils avaient été teints à une époque.
Mais il y avait autre chose chez ce type, quelque chose qui en faisait un vrai loser. C’était sa manière de bouger. Il se transportait comme s’il avait été tabassé ce soir-là, comme si chaque pas qu’il faisait était une bataille difficilement gagnée contre la gravité.
Il gara son break déglingué au bout de la rangée de voitures. Je l’observai, tapi dans l’ombre. Il sortit, ouvrit la portière arrière et prit son portefeuille de la poche de son manteau posé sur le siège. Sans verrouiller la voiture, il partit vers la station-service. Je regardai depuis l’extérieur. Derrière moi, la route était déserte et plongée dans les ténèbres. Parfois, une voiture passait au loin, puis disparaissait, engloutie dans le silence de la nuit. Au comptoir, mon gros pigeon gras et facile jeta un coup d oeil à sa montre et se frotta les yeux. Il acheta une boîte d’anti-asthéniques à la caféine, trois paquets de cigarettes et un litre de Dr Pepper. Il montra du doigt les ailes de poulet qui rôtissaient sous la lampe et l’employé lui en prépara une boîte.

Le post-it de Ge

Réédité en poche  le 17 août 2017 dans la collection Totem de chez Gallmeister. 8€. (208 p.) ; 18 x 12 cm

Ce titre inaugurait avec quelques autres la nouvelle collection de Gallmeister « NéoNoir » (dont le but est de remettre le plus pur roman noir américain au goût du jour). Et j’avoue que c’est parfaitement réussi.

Alors qu’il est victime d’un braquage sur un parking, Geoffrey Webb propose à l’agresseur de lui donner tout ce qu’il veut à condition qu’ils partagent ensemble cinq heures en voiture jusqu’à Little Rock dans l’Arkansas. Webb a quelque chose à dire et a besoin de se confesser, même à un forcené.

Vous allez être les témoins des mésaventures de nos deux héros et tout cela en restant bien calé, le cul sur le siège passager d’une voiture qui file sur une autoroute américaine. Vous l’aurez compris, l’auteur nous offre ici un drôle de road movie décalé.

Ici le méchant n’est pas forcément celui que l’on croyait, quoi que !

Ne restez pas sur vos certitudes, ce livre risque de les chambouler. Et on ne peut rester insensible au propos de notre auteur, qui a travers  Geoffrey Webb, son personnage , règle des compte avec son passé. C’est évident.

Et l’écriture sèche et un poil cynique de Jake Hinkson qui manie l’humour noir comme jamais nous donne à lire un très bon roman noir addictif qui dit toutes les contradictions de ces communautés religieuses sans fondements qui pullulent outre atlantique.

A découvrir si ce n’est pas encore fait !

 

4 réflexions sur “L’enfer de church street de Jake Hinkson

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