Beijing Coma  de Ma Jian:

Le livre : Beijing Coma de Ma Jian. Traduit de l’anglais par Constance de Saint-Mont. Paru le 28 août 2008 aux éditions Flammarion. 23,40 € ; (640 pages); 15×24 cm. . Poche paru le juin 2009 aux éditions J’ai lu. 9,50 € ; (895 pages); 11×17 cm.

4ème de couverture :

4 juin 1989. Des milliers d’étudiants occupent depuis un mois la place Tiananmen, et parmi eux, Dai Wei. Une blessure par balle le plonge dans un coma profond, son corps devient sa prison, mais son âme se souvient : son père dissident qui revient des camps, ses premières amours contrariées, l’éveil de sa conscience politique… Au-delà d’une critique sans équivalent de la dictature chinoise, Beijing coma ramène chacun à ses angoisses et désirs les plus intimes, et révèle les conséquences personnelles d’une lutte pour la liberté.

 

L’auteur :  Ma Jian, dont les livres sont aujourd’hui interdits en Chine, est peintre, reporter, photographe et écrivain. Il est, entre autres, l’auteur de Nouilles chinoises, Beijing Coma et, plus récemment, La Route sombre (Flammarion, 2006, 2008, 2014). Le Prix Nobel Gao Xingjian voit en lui « l’une des voix les plus importantes et les plus courageuses de la littérature chinoise contemporaine ».
Il vit à Londres.

 

 

 

 

Extraits :
« Il écrivait qu’il sentait que l’esprit de Dieu le regardait d’en haut. Il croyait que les souffrances qu’il avait endurées dans les camps avaient été destinées à éprouver sa foi. Sur la dernière page du journal, il écrivait : « Père tout puissant, j’ai passé assez longtemps en Enfer. Sauvez-moi et emmenez-moi au Ciel »
« Mais les villageois voulaient absolument faire preuve d’esprit révolutionnaire et ils ont pris les choses en main et se sont mis à exécuter eux-mêmes les ennemis de classe. Regarde ce passage. C’est un discours qui a été prononcé par le directeur du comité révolutionnaire du Wuxuan à l’époque : « … les masses aux racines de la société ont le droit d’exécuter, mais il ne faut pas qu’elles gâchent des balles. Il faut les encourager à tuer leurs ennemis à mains nues, ou à l’aide de pierre ou de bâtons. De cette façon, elles seront capables de tirer un plus grand bénéfice éducatif de leur expérience »

 

Les émotions de lecture de Cécile

Beijing Coma  de Ma Jian:

Tout d’abord, un petite mise au point, je ne suis pas une cruche des Alpes qui ne sait rien des évènements de Tiananmen, du régime chinois ou de l’actualité internationale dont je me targue d’être suffisamment avide pour ne pas passer justement pour une cruche des Alpes. Et c’est certainement à cause de l’actualité et les manifestations pro-démocratie à Hong Kong qui m’ont poussée à lire Beijing Coma.  Et en 1989, je n’étais pas dans ma prime jeunesse et surtout lycéenne moi-même, j’éprouvais de l’admiration pour ces étudiants qui descendaient dans la rue pour leur liberté.

Le plus, la puissance, de Beijing Coma réside dans la force de la fiction et l’empathie pour les personnages auxquelles je crois avec force pour faire comprendre, connaître ou défendre des idées et des valeurs auxquelles on croit. Et c’est la leçon de ses 900 pages ou le destin de Dai Wei blessé et plongé dans le coma suite à la répression du 4 juin 1989. Dai Wei et son père envoyé dans des camps pour avoir serrer la main d’un représentant occidental, un père violoniste considéré comme un dangereux droitiste (capitaliste) ! Dai Wei et ses amours qui rythment ses engagements de son premier amour Lulu, à A-mei dont il espère jusqu’au bout savoir si elle a été blessée sur la Place Tiananmen ! C’est toute la violence du régime chinois qui s’insinue dans tous les coins et les recoins de la vie de Dai Wei, le contrôle, les politiques iniques du régime du contrôle des naissances, des relations intimes, de la moindre déviance des lignes qui vaut torture et mise au band ! Du voisin aux agents infiltrés dans les dortoirs de l’université, dans les manifestations d’où peut venir le danger !

Le coma de Dai Wei c’est aussi l’occasion à chaque frémissement de son corps de faire des allers retours entre le passé, le présent où chacun en fuyant à l’étranger ou en se lançant avec frénésie dans l’économie de marché pratiquent une forme d’amnésie collective sur les morts, les blessés, les emprisonnés. Amnésie auquel je participe, nous participons tous au vu des produits qui pullulent dans nos foyers.

C’est magistral, rien ne nous est épargné et aucune colère, aucune frustration d’un mouvement au départ né de la volonté de plus de démocratie, de justice ou tout simplement comme Dai Wei qui voulait juste pouvoir aimer en toute liberté. J’ai tremblé pour ces personnages mais aujourd’hui je tremble pour cette jeune fille en short en jean et en tee-shirt avec ses cheveux relevés et ses lunettes entraperçue dans un reportage de Quotidien sur TMC avant que la Police Hongkongaise aveugle les caméras avec des torches ….

Ma Jian est selon Gao Xingjian, prix Nobel de la littérature « une des voix les plus courageuses et les plus importantes de la littérature chinoise actuelle ». Une voix qu’il faut écouter et se faire porte-voix !! Le régime chinois a fêté ses 70 ans en grandes pompes militaires. A part sa puissance économique, rien n’a changé à part les moyens modernes mis à la disposition de militaire et de la police pour surveiller ce qu’il considère comme des dissidents …

 

Autres extraits :
« …je sens qu’il existe une possibilité que ce mouvement pour la démocratie prenne enfin son essor et se répande dans le reste du pays. Le Parti communiste a tué ton père et il a tué mon père aussi. Notre génération a aujourd’hui l’occasion de se lever pour protester. Nous devrions en profiter. Peut-être qu’elle ne se représentera jamais. »
« Tu crois que tu serais plus en sécurité dans ton dortoir, mais la police peut parfaitement venir t’y chercher si elle le veut. I n’y a aucun endroit où s cacher dans ce pays. Chaque maison est aussi exposée qu’une place publique, surveillée par la police jour et nuit. Si nous voulons créer un pays dans lequel tout le monde puisse se sentir en sécurité, il faudra faire beaucoup plus que filer la trouille au gouvernement… »
« Vous pouvez me jeter par terre, mais je me relèverai ; et la roue de Loi continuerai de tourner en moi. Arrêtez-moi, si vous voulez ! Je m’en moque. Quelle différence cela fera-t-il ? La Chine est une immense prison. Que nous soyons dans une cellule ou chez nous, nous sommes tous prisonniers ! »

8 réflexions sur “Beijing Coma  de Ma Jian:

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