Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre 21

Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles,  Vingt- et -unième chapitre

Nouvelle 21

Dans ma bulle…de Fabrice Liegeois

Dans ma bulle…

 

La raison… Terrible et assassine. Un véritable tsunami émotionnel a chamboulé toute mon existence pour en arriver à m’en faire perdre la tête. Voilà le chaos dans lequel j’ai été projeté. Incapable de changer la donne qui mènera inexorablement à ma fin. J’en suis sûr. Cependant, quel motif pourrait ainsi vous amener à votre propre disparition ?

Il pourrait être vaste et pourtant je vous répondrai de suite d’arrêter de me prendre pour le résident d’un pot de chambre. Surpris par autant de véhémence de ma part ? Voyons, ne feintez pas la surprise sous vos airs interrogés, je vous vois déjà venir à des centaines de brasses à la ronde avec vos questions, comme celles de Madame Reboux, l’ancienne institutrice et directrice d’école. Vous ne la connaissez pas ?

Ne faites pas vos têtes de merlan à la lecture de mes pérégrinations car vous en avez certainement rencontré une de ce genre dans votre existence et pour certains, vous voyez très bien de qui je parle ou en tout cas, une homonyme croupirait bel et bien de par chez vous. Il y en a partout, comme les mauvaises algues !

Pour moi, c’est la voisine de l’immeuble d’en face, celle du premier étage. Celle qui ne cesse de se planquer derrière ses rideaux afin d’épier, de grommeler les pires insanités sur tous les mouvements dans la rue et dans notre quartier. Sur ce qu’il se passe chez nous surtout.

Là, encore en ce moment, je l’imagine avec le combiné de son téléphone à la main en train de raconter les moindres détails des aléas au sein de notre domicile. De manière discrète et sans être aperçue, bien sûr. C’est qu’elles ne sont pas bêtes ces anguilles de mauvaises langues…

De vraies vigies qui s’empressent de colporter ensuite toutes sortes d’histoires et de ragots à l’intention de toutes celles et de tous ceux qui leur prêtent oreille. Vous vous en doutez, ils sont nombreux. Des bancs entiers. Il est vrai que les gens aiment ça : cancaner de toute leur âme sur le dos des autres.

Et je peux vous le dire sans détour, tout y passe…

La vieille rascasse ne manque jamais de sujets sur tous. Ils sont aussi variés que l’étal d’une poissonnerie et elle n’hésite pas à en rajouter des tonnes. Des cageots entiers, à tel point que l’on pourrait en créer des bras de mer grâce à elle. Que voulez-vous y faire, ainsi est la condition humaine, non ?

Faut bien occuper les heures des misérables quotidiens de ces gens-là !

Faut bien nourrir par du croustillant et du croquant !

Faut bien rendre piquantes ces vies dans ce monde de crabes !

Les interventions de la morue, j’en ai eu parfois ras la marée et je reste poli. Toujours est-il que je n’emboîterai pas le sillon de sa nauséabonde attitude. Je ne mange pas de cette mie-là. Si d’aventure, vous douteriez de mes propos, je suis au regret de vous informer que je n’ai pas tout mon temps.

Je le rappelle…

Depuis de précieuses secondes, je tente délibérément d’attirer votre œil, comme le mien certainement hagard et perdu, afin d’en connaître et d’en comprendre davantage. Cependant, force est de reconnaître que je suis bel et bien incapable de vous expliquer les tenants de tout ce qui m’est tombé dessus. Remarquez, j’ai bien plus urgent à faire de toute manière…

Respirez !

Inspirez !

Et même si je le désirais, malgré tous les efforts que je pourrais consentir pour me rappeler de tout ce qui est arrivé, dans ma tête, ça reviendrait à chercher une aiguille dans un vaste océan. Je suis incapable de formuler clairement et correctement mes idées, comme si j’avais pris un coup sur le crâne.

Je me demande même d’ailleurs si le fin mot de cette histoire ne va pas se terminer en queue de poisson. D’être tout simplement capable de m’en tirer, au regard des douleurs qui ont plongé mon corps dans une souffrance invivable depuis combien de temps, déjà ?

Une éternité !

J’entends bien du bruit par là-bas. Près de la porte d’entrée. De là où je suis arrivé. Un jour… On dirait des coups portés, comme si l’on tentait de l’enfoncer. De pénétrer de force chez nous. Les gens, franchement, ils se permettent tout et n’importe quoi… Ils m’épuisent !

De mon côté, j’aspire juste à ce que tout s’arrête, comme pour Joséphine, mon ange gardien dont la tête repose juste à côté de moi. Allongée sur le sol, tout comme moi. Son air livide. Son regard de carpe dit « aime » ou quelque chose comme ça.

Je vous l’avoue, c’est la femme de ma vie, mais j’ai du mal à l’entendre dans la position dans laquelle je me trouve. Sorti de mon contexte. Je suis surtout tétanisé par une peur soudaine en découvrant la rigole de sang qui coule depuis le haut de son crâne. Les fameux témoignages d’amour que Jean-René lui porte sans arrêt.

Tout ce qu’elle subit à cause de lui, l’alcoolisé, le frustré. Le requin marteau de ses nuits. C’est qu’il ne rate jamais une occasion pour lui en mettre une de décharge. Tous les prétextes même aujourd’hui, jour d’anniversaire de sa belle. La vague de coups a fait mouche. Surtout le dernier de « JR » qui l’a envoyée valdinguer.

Jo a ressemblé à une raie des airs.

Malheureusement, elle a atterri là où je me trouvais et j’ai bien cru que tout s’écroulait autour de moi. Une déflagration telle que mon univers, mon aquarium, s’est retrouvé sans dessus dessous, à l’image d’une rupture de fosse septique. Tout s’est renversé… La pire des catastrophes !

Et puis, après tout ce vacarme, le calme plat. Plus rien… Alors, vous vous en doutez, mon élément naturel n’est plus aussi pimpant qu’il y a peu, après avoir été percuté par la baleine car, il me faut l’avouer, c’est qu’elle faisait son poids, ma Joséphine.

Avec tout ce stress qu’elle endurait continuellement. Elle avait compensé son mal-être par la nourriture. S’isolant de plus en plus. À vivre dans une bulle d’inconfort. Ma condition ne vaut guère mieux…

Mes branchies me déchirent et je tente désespérément de gober toute l’eau possible alentour afin de vivre ou devrais-je plutôt préciser : survivre. Dans ces moments-là, on n’a pas d’autres choix quand soudain, j’aperçois péniblement des hommes en combinaison reconnaissable. Des sauveteurs !

Nous sommes sauvés. J’en frétille de joie dans un dernier râle. Un ultime sursaut. J’en ai les mots qui manquent, tellement que je suis heureux et puis, subitement tout est devenu d’un coup. Un trou noir à mon esprit. Une descente dans les abîmes après une terrible pression qui m’a écrasé les méninges. Pourquoi tant de haine, ai-je bien pensé alors que de l’au-delà j’entendais :

« – On a une victime au sol présentant de multiples contusions au visage ainsi qu’une plaie béante sur le crâne. Nous prenons en charge la personne qui ne respire pas et Maurice vient juste de marcher et d’écraser un poisson rouge tout en manquant de se vautrer comme un phoque… »

4 réflexions sur “Un anniversaire déjanté : la publication des nouvelles, chapitre 21

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