Du poison dans la tête de Jacques Saussey

Le livre :  Du poison dans la tête de Jacques Saussey – Paru le chez French Pulp – collection Polar –  21 € ( 592 pages) ;  14 x 21 cm

4ème de couverture :

Elle a incliné le cou, le visage déformé par les flocons épais qui se déposaient déjà sur le carreau. Elle a cherché son regard à travers le verre qui s’opacifiait de seconde en seconde, mais les lunettes noires l’ont empêchée de le trouver. Alors, elle s’est détournée vers le pont et elle a commencé à marcher en direction de la gare, son manteau ouvert claquant sur ses jambes face au vent glacial.

Dans la voiture, le son des feux de détresse rythmait sa progression comme le tic-tac d’une minuterie. Une femme qui arrivait en sens inverse s’est retournée sur elle. Elle a eu un temps d’arrêt, comme si elle doutait de ce qu’elle venait d’apercevoir.

Il a vu un panache de vapeur sortir de la bouche de l’inconnue. Elle s’est figée d’horreur au moment où Myriam a laissé tomber son manteau dans la neige et a enjambé le parapet. Elle s’est précipitée vers elle en hurlant, mais il était trop tard.

Après un dernier regard en direction de la voiture immobile, Myriam, entièrement nue, avait déjà sauté dans le fleuve. »

L’auteur : Né en 1961, Jacques Saussey est un écrivain et un auteur de romans policiers français.
Il a commencé à écrire ses premières nouvelles à 27 ans, en 1988. Deux nouvelles ont été primées dans des concours (Quelques petites taches de sang en 2002 aux Noires de Pau, et Alfred Jarry est mort en 2007) et une éditée en BD (Le joyau du Pacifique, en 2007).
La Mante Sauvage est son premier polar. Son deuxième thriller De Sinistre Mémoire est paru en 2010 aux Éditions des Nouveaux Auteurs.
Suivront Quatre Racines Blanches dont l’intrigue se passe au Québec avec les mêmes personnages, quatre romans « one shot » Principes mortelssens interdit(s)Le loup peint, puis en 2018 le remarquable Enfermé.e et de nouvelles enquêtes avec ses personnages favoris. Actuellement il travaille comme cadre technique dans une grosse société.
Il a pratiqué le tir à l’arc de compétition pendant dix ans, de 1985 à 1995, avec à la clef un titre national individuel en 1995 et un par équipe en 1992.
Il vit dans l’Yonne.
Extraits :
« Le Taulier. C’était un poste qui l’avait toujours agacé, que ce soit afférent au mauvais caractère chronique du commissaire Estier ou bien à cause de celui, plus louvoyant, du commandant Picaud. Il avait l’impression que la place détruisait peu à peu l’âme de celui qui s’y installait, qu’elle emportait avec elle une parcelle d’humanité de l’heureux élu afin de laisser toute latitude au fonctionnel. Que l’on devenait un rouage de l’efficacité d’appareil avant tout, que le sentiment ne faisait plus corps avec l’individu. Allait-il muter, lui aussi, en une simple cheville ouvrière de la hiérarchie ? Un palier écrabouillé entre l’enclume et le marteau ? »
 
« Il mesurait encore une tête de plus qu’Oscar. Il avait douze ans et avait déjà redoublé sa classe de sixième après celle de CM2. Ses deux acolytes avaient pour nom Abdou et Yassine. Les United Colors des petites frappes. La délinquance Black-Blanc-Beur revisitée. »
  

La chronique jubilatoire de Dany

Il m’avait laissée KO après Enfermé.e. en 2018, il a emprunté les pas de Nestor Burma au printemps avec plus de légèreté et là je savais que nous allions retrouver Lisa et Daniel … mais dans quel état !

Jacques Saussey nous transporte cette fois encore au cœur de ses tourments, avec les six femmes, personnages majeurs de son cru de l’automne 2019. Le début de ce 8ème opus de la saga Magne-Heslin ne laisse aucune ambigüité sur le propos : chez nous, près de 220.000 femmes subissent des violences physiques ou sexuelles de leur partenaire.

Magne prend de l’âge et il va être rattrapé par la tragédie de son premier amour, un « cold-case » nommé Fanny, mais il va le cacher à Lisa.

Lisa, toute à son rôle de mère auprès d’Oscar et sa complicité avec Sham, va être conviée à une reconversion professionnelle, mais elle n’en parlera pas à Daniel.

Dès lors le couple va mal …

Fred, hacker inspiré, va aider, pour rechercher la vérité sur le « faux » suicide de sa sœur Myriam, son binôme Ludo au sein du groupe Magne à la Crim’. Ils seront accompagnés par Ophélie, jeune recrue à la financière, qui voit là le ticket d’entrée dans le groupe convoité de Daniel. Leur histoire les fera côtoyer un pervers et sa victime Elodie.

Et que dire d’Alexandra, prostituée, à qui le fils a été enlevé et qui arrive démunie de Bucarest pour le récupérer… je n’en dirai rien de plus au risque de spolier.

Cela ressemble à un roman « chorale » et l’alternance des situations y met plus de proximité pour les lecteurs que pour les protagonistes. Le rythme doit aussi beaucoup à cette alternance qui fait que le suspense est soutenu et va crescendo jusqu’aux dernières pages qui apporteront les réponses, bonnes ou mauvaises…

Oui, on souffre avec ces femmes victimes, on aimerait se faire justicier dans de telles situations et donc on comprend les conflits de conscience des personnages. Tous les moyens sont bons pour punir les déviances, les sévices … les meurtres ! Toujours fidèle à sa « ligne éditoriale », avec pudeur et sans voyeurisme,  l’auteur mets son talent au service de ce plaidoyer. Au-delà, il nous alerte aussi sur les dangers de l’internet, allié des justes, complice des pervers … en résumé à utiliser avec prudence et modération ainsi que sur le manque de communication dans un monde hyper connecté.

J’ai enfin eu la réponse à la question que je lui posais à chacune de nos rencontres … mais la fin m’en pose de nouvelles … implacable ce Jacques !

A lire absolument, que vous connaissiez Magne et Heslin ou pas, vous serez conquis !

Je remercie les éditions French Pulp pour leur confiance.

 Autres extraits
« Les plus sûrs des remparts contre les hackers, ce sont les autres hackers. Certains se sont créé une superbe place au soleil en cassant une protection que tout le
monde pensait fiable et en déposant le cadavre de leur proie devant les yeux ahuris de ses propriétaires. Placées face à la faille de leur système de sécurité, les sociétés embauchent souvent ces guerriers de l’ombre pour se prémunir contre les
agressions, puisqu’ils ont été plus malins que leurs propres services. Jusqu’à la génération suivante, bien entendu. Et elles poussent vite, les générations, dans l’univers effervescent de l’informatique… »
« Mais le but est bien supérieur au simple plaisir de la chair. La domination suprême, c’est de l’amener, comme les autres avant elle, à lui offrir le reste de sa vie sur un plateau d’argent. Il va la couper de ses frères et de ses sœurs, si elle en a, et puis il s’attaquera à ses parents. C’est tellement facile, quand on partage sans interruption les jours et les nuits d’une personne vulnérable, de lui agiter un voile de brume evant les yeux, de lui faire croire que la Terre entière la rejette, sauf celui qui, sauveur splendide auréolé d’une tendresse vénéneuse dont elle ne perçoit pas le poison, l’emprisonne dans ses bras puissants pour mieux l’étouffer au milieu de la foule. Et c’est tellement jouissif quand la justice ne peut rien contre vous, non ? Il porterait plainte contre les juges et les flics d’être aussi cons, s’il avait du temps à perdre. »

16 réflexions sur “Du poison dans la tête de Jacques Saussey

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