Franco la muerte , par Maurice Gouiran, extrait 1

 

Coucou mes polardeux,

C’est une chroniques un peu spéciale que je vous propose aujourd’hui.

En effet, je vais tenter de vous présenter un recueil de nouvelle à travers les textes des auteurs de celui-ci.

A travers différents extraits et différents auteurs.

Je reviendrai régulièrement vous parler de Franco la muerte .

Un peu comme un leitmotiv tout au lond de ce moi de Noël

Et vous allez comprendre pourquoi en lisant la suite

Aujourd’hui je vous donne à lire l’extrait de la nouvelle de Maurice Gouiran

Les prochaines fois, ce sera d’autres extraits et d’autre auteurs.

Le but avoué et de vous faire aimer ces extraits et vous faire lire ce bouquins et pourquoi pas… acheter et offrir ce recueil de nouvelles passé inaperçu lors de sa sortie.

Et non je n’ai aucune action chez cet éditeur, promis, craché.



Le livre : Franco la muerte, Patrick Amand, Alain Bellet, Antoine Blocier et al. Paru le 17 août 2015 chez Arcane 17. 21€. (279 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv :

Franco la muerte

Novembre 1975, le Caudillo meurt de sa belle mort. Dans son lit, en toute impunité !

Janvier 2015, l’idée jaillit de célébrer l’anniversaire de Franco de porc, pour les 40 ans de sa mort.

40 ans… Si le temps a passé, la détestation est intacte, inscrite au plus profond de notre ADN. Et l’envie d’écrire est immédiate. Franco, les garrots, les fachos, les bigots, les toubibs, les courtisans, les cocos, les anars, les Basques : vingt auteur(e)s entament ici la grande parade des règlements de compte. Ces snipers de la plume visent juste, et sur tous les tons : drôle, cocasse, grave, ironique, coléreux. À l’arrivée, on se dit que l’affaire n’est pas soldée. D’autant que l’Ogre a fait des petits, beaucoup de petits…

L’auteur du jour : Maurice Gouiran publie son premier roman en 2000. Depuis plus de 25 autres ont suivi. Ils sont basés sur une intrigue soutenue qui débute souvent à Marseille (avec des péripéties dans des contrées plus lointaines, telles New-York, les pays de la méditerranée, Moscou, la Bosnie, l’Argentine, la Polynésie, etc), du suspense, un style simple et accessible qui s’apparente plus à l’humour caustique qu’au noir traditionnel, une intrigue qui prend ses sources dans l’Histoire taboue du XXe siècle.
Par trois fois Maurice Gouiran aborde la guerre d’Espagne. D’abord, dans Les damnés du Vieux-Port en octobre 2004, ensuite dans Franco est mort jeudi en septembre 2010, enfin dans L’hiver des enfants volés en mai 2014.

Le post-it de Ge

Franco la muerte

Vingt nouvelles autour de la figure du dictateur espagnol.
Vingt nouvelles contre l’oubli.
Des textes forts, engagés parfois, rageurs souvent.
Car plus de 40 ans après la mort de Franco, le nationalisme a toujours beau jeu. Et pas qu’en Espagne. Partout en Europe et ailleurs il égraine son mépris des autres, de l’étranger. Partout il sème son dégoût des différences, sa haine pur et simple. Partout il me fait honte.
Ces 20 nouvelles sont salutaires, aujourd’hui encore plus qu’hier.
Elles nous rendent vigilants.
Nous redonnent de l’espoir en l’Homme, en l’Humain.
Vingt texte nécessaires.
Un grand merci aux auteurs et à l’éditeurs pour ce choix risqué quand on sait que le format de la nouvelle n’est pas très lu en France.
Un recueil à acheter, à transmettre, à faire circuler et à lire de toute urgence.

Et pour vous le prouver, lisez la prose ci-dessous tirée de ce merveilleux recueil.

(extrait)
L’OMBRE DE LA SANTA CRUZ

Maurice Gouiran

Le dîner des patries avait pris des accents surréalistes. Le pinard aidant, la constellation des nationalismes européens prenait ouvertement son pied. Même en ces temps de repli sur soi, de xénophobie, de chasse aux boucs émissaires, ce n’était pas tous les jours qu’on mettait à l’honneur le NPD allemand, le BNS bulgare, La Fiamma tricolore italienne ou le Renouveau français !
C’était cocasse de penser que tous ces représentants, qui clamaient haut et fort leur patriotisme et entonnaient de concert des chants guerriers, se foutraient certainement sur la gueule si un nouveau conflit éclatait. Avaient-ils oublié leurs affrontements passés pour notre bonne vieille Alsace- Lorraine ou cette ex-Yougoslavie écartelée à l’approche du XXIe siècle ? Avaient-ils oublié que la plupart des guerres ne sont que le résultat de conflits entre des nationalismes exacerbés par la finance ?
Chaque 19 novembre, la Phalange invitait les représentants les plus présentables de ces extrêmes-droites européennes qui, poussées par l’air du temps, mettaient au rancard l’habituelle discrétion. Je n’ignorais pas que le lendemain soir, lors du rassemblement à la plaza del Colón, des groupuscules moins convenables se joindraient au cortège qui parcourt tous les ans les rues de Madrid en hurlant « José Antonio presente ». Les héritiers et les nostalgiques du franquisme, les cabezas rapadas et les étudiants de l’ultradroite de la CEU y accueilleraient leurs collègues du MSI, chemisés de noir et brandissant le drapeau de la République de Salò, les skins du British National Party, les militants de la Third Position, les délégations de salazaristes portugais, les Néerlandais racistes du CD, les orthodoxes patriotards de la Phalange russe, les hordes de Teutons en tenue de SA, sans oublier nos chers petits compatriotes venus en voisins, pas tous très jeunes mais toujours très fiers d’être là.
Nos franchouillards ne lésinaient jamais à arborer le drapeau tricolore et à exhiber des portraits du maréchal Pétain. Les plus jeunes d’entre eux, des forts en gueule aux épaules de bagarreur, se mêleraient aux hordes de l’Œuvre française, du Cercle franco-hispanique, de l’association Pétain-Verdun, et fraterniseraient avec des vieillards fripés comme des pommes reinettes oubliées dans un grenier, des semi-cadavres flottants dans des chemises bleues trop amples, des nostalgiques de la Bandera Jeanne d’Arc et de ses cinq cents volontaires venus bouffer du rojo dans les rangs de la croisade franquiste. Et puis, les Français aiment pousser la chansonnette, c’est bien connu. Pas forcément La Marseillaise, notre hymne n’est bon que pour les rassemblements hexagonaux du FN ou les identitaires de la droite parlementaire, non, plutôt de bons vieux tubes revigorants comme Maréchal nous voilà, Nous voulons rester français ou La France de demain.
Au dîner des patries, il y eut aussi des chants. À peu près les mêmes.
Mais après les discours.
Avant de rejoindre leurs hôtels dans la nuit madrilène, ils échangèrent leurs impressions sur les visites de l’après- midi. La journée avait été bien remplie : la joie des retrouvailles, le repas à l’amicale des anciens de la Legión, puis la visite du bureau de Franco qui commanda cette unité de 1923 à 1935, instaurant la loi du talion au Maroc, histoire de se montrer impitoyable face aux révoltes indigènes. Une bonne révision avant le coup d’État. Avec un tel pro- gramme, beaucoup d’autres auraient préféré s’accorder un peu de repos avant les agapes du soir, mais pas eux. Ils avaient tenu à enfiler leur tenue de pèlerins pour satisfaire leur devoir de mémoire.
De leur mémoire.
Car c’est bien d’un  pèlerinage  qu’il  s’agit lorsqu’on va se recueillir sur la tombe de Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux Questions juives sous Vichy, condamné à mort par contumace en 1947, réfugié en Espagne, protégé par Franco – mais pas que, puisque le bougre n’est mort dans son lit qu’en 1980. Nos Français ont tenu à honorer celui qui affirmait en 1978 à un journaliste de l’Express : « Je vais vous dire, moi, ce qui s’est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c’est vrai. Mais on a gazé les poux ». D’autres ont préféré la sépulture d’Ante Pavelic, chef de l’Oustacha, povlanik pro nazi de Croatie, exterminateur de plus de 200 000 Serbes, 35 000 Juifs, 25 000 Tziganes et de milliers d’opposants croates, mort lui aussi dans son lit, à Madrid, en 1959, ou le sinistre monument Mota-Marin de Majadahonda, dédié à la Garde de fer roumaine, friande et grande spécialiste des pogroms et des assassinats politiques.
Comment croire que Franco était mort depuis un demi- siècle…
Mais était-il, est-il vraiment mort ?
Ils ont fait durer son agonie deux mois durant. Ils ont nourri et entretenu artificiellement ce qui n’était plus qu’un cadavre jusqu’au 20 novembre, une date symbolique, l’anniversaire de la mort de José Antonio Primo de Rivera. Ainsi, chaque 20 novembre, on fêterait les deux hommes les plus importants de l’Espagne nationaliste et catholique, sans avoir à dire celui des deux qui était le plus grand. Au cours du repas, on avait pu nourrir l’impression que c’est le bel José Antonio, plus encore que le petit caudillo falot et bedonnant, qu’on était venu honorer à Madrid.
Je me souviens de ce jour de la fin novembre 75 où de longues files de Madrilènes piétinaient pour avoir l’honneur de saluer, d’un signe de croix ou d’un salut fasciste, le petit macchabée rabougri et desséché, exposé dans la salle des Colonnes du palais d’Orient. Dans son cercueil ovale, celui qui avait ensanglanté les champs et les villes d’Espagne reposait dans la dentelle, vêtu de son grand uniforme bleu. On aurait dit une de ces momies d’enfants en marinière qui hantent les catacombes dei Cappuccini, à Palerme.
Si Pedro avait été là, il aurait fait la queue, comme les autres.
Il aurait attendu.
Des heures peut-être.
Pour cracher au visage de cire grise de l’homme qui lui avait volé sa jeunesse, sa famille et ses amis. Sa vie, quoi…
Mais Pedro n’était pas là.
Pedro était mort depuis presque quarante ans.
Mon père m’a souvent raconté comment les franquistes avaient arrêté Pedro, en pleine nuit.
Ils l’avaient tiré de son lit et emmené avec quatre autres voisins, à l’écart du village. Mon père n’avait que six ans à l’époque, mais il se souvenait de tout. Je suis certain qu’il est mort avec l’image des militaires surgissant de la pénombre pour s’emparer de son père à lui.
Pedro et ses quatre camarades ont été fusillés deux heures plus tard en pleine campagne, puis jetés dans un puits. Mon père et sa famille ont fui vers le nord, vers la frontière, loin du village maudit. On leur a raconté bien plus tard, après la Retirada, que les restes de Pedro et de ses amis avaient été récupérés pour être sommairement enterrés.
Si Franco était mort, le franquisme ne l’était pas. Son souffle putride empuantissait encore les sierras ibériques et les rues de Madrid. Sinon, pourquoi l’ancien ministre du Caudillo, Manuel Franca, aurait-il reçu les honneurs de la nation à sa mort en 2012 ? Pourquoi le roi, le président du Parlement et le  chef  du  gouvernement  se  seraient- ils déplacés à cette occasion ? Pourquoi Rajoy l’aurait-il salué comme « l’un des plus grands hommes politiques du siècle » et Posada aurait-il renchéri en affirmant qu’« il a exercé un leadership intellectuel, moral et sentimental ».
Imagine-t-on les obsèques de Laval, Darnand, Henriot ou Déat empreintes d’une telle déférence ?
La fondation Francisco Franco avait pignon sur rue. Le clan Franco, emmené par sa fille Carmen Franco Polo, faite duchesse et grande d’Espagne par la volonté du roi Juan Carlos, gérait la fortune du dictateur, estimée à un milliard de pesetas à sa mort. Pas mal du tout pour celui qui ne possédait que sa solde à sa prise du pouvoir…
Oui, le franquisme était là, rampant à chaque coin de rue, armé du sabre et du goupillon. Puissant économiquement et politiquement, il s’exprimait sous des formes diverses lors de chaque événement marquant de la société espagnole.
C’est aussi pour cela que j’étais là…
Pendant que tous ces vieux fachos allaient roupiller, le ventre plein, en rêvant aux célébrations fraternelles du lendemain et à ce jour béni – mais plus lointain… – où de futures épurations nettoieront enfin la planète et la repeindront d’un blanc catho impeccable, j’ai récupéré Toto et Chiquito dans ma chambre d’hôtel. Ils m’attendaient sagement. Je les ai installés à l’arrière de ma Seat de location.
J’ai quitté Madrid sans la moindre difficulté, compte tenu de l’heure tardive. J’ai emprunté l’autopista del nordoeste jusqu’à la sortie 47. Après quelques kilomètres sinueux dans la carretera al Valle de Los Caídos et la calle Los Camareros, la gigantesque croix de 150 mètres de haut m’est apparue au détour d’un virage. Noire et menaçante dans le ciel blême. Le plus spectaculaire vestige du franquisme ne pouvait être que lugubre, sépulcral et ténébreux, à l’image du  régime qui replongea l’Espagne du XXe siècle dans les errances du Moyen Âge.
La lueur de la pleine lune m’a permis de distinguer l’im- mense aigle de pierre posé au pied de la croix. Il n’était pas question, pour moi, de m’aventurer plus loin sur le site, les moines y faisaient bonne garde. Pour eux, Franco siégeait à la droite de Dieu et la moindre critique à son égard devenait blasphématoire. J’ai préféré grimper avec Toto et Chiquito au sommet de la colline, derrière le monument. C’était un endroit discret et abrité où personne n’aurait l’idée de venir se balader lors de la manifestation du lendemain.
Une bise glaciale lacérait la sierra. Qu’importait, Toto et Chiquito ne craignaient pas le froid. Je les ai donc abandon- nés sur les hauteurs de la sierra où ils passeraient la nuit.
Je suis resté un moment auprès d’eux, le temps d’examiner la basilique souterraine qui s’étendait sous mes pieds. Ici, le roc était compact. Les forçats, des prisonniers républicains réduits en esclavage, l’avaient creusé durant dix-sept ans, de 1942 à 1957, pour la plus grande gloire du Caudillo.
Je suis né à la fin des années cinquante, à l’époque où le monde s’extasiait devant les exploits du Real Madrid de Kopa, Di Stefano et Gento, de ce club mythique qui remporta les cinq premières coupes d’Europe. Ce même monde ignorait-il qu’à quelques lieues du stade Bernabéu, il y avait des gars qui s’usaient et crevaient sur le granit gris pour satisfaire la mégalomanie d’un morne dictateur ?
Combien d’hommes avaient laissé leur vie sur ce chantier ?
Le saura-t-on jamais ?
J’ai eu une pensée pour Pedro. Je ne l’avais évidemment pas connu, mais on m’avait beaucoup parlé de lui. Mon père, bien sûr, mais d’autres réfugiés aussi… Il reposait quelque part sous ce monument macabre, et ça m’a fait quelque chose de le sentir aussi près. Pedro méritait une autre sépulture. Une tombe sous le soleil. Pourquoi pas avec vue sur la mer, comme Brassens à Sète ? Mais une tombe sans croix. « Surtout pas de croix sur mon tombeau s’il m’arrive malheur », avait-il confié à son épouse en prenant les armes le lendemain du coup d’État. Tandis que là…
Je suis rentré à Madrid et j’ai rejoint mon hôtel de la Puerta del Sol vers quatre heures du matin.
Avec ce qu’ils avaient picolé, tous les vieux fachos devaient roupiller à poings fermés. La nuit serait courte. Surtout pour moi.
J’ai réglé l’alarme de mon portable.
Je ne voulais surtout pas manquer la cérémonie du lendemain….

La suite est à découvrir dans Franco La muerte

8 réflexions sur “Franco la muerte , par Maurice Gouiran, extrait 1

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