Franco la muerte , par Pierre Domenges , extrait 3

Coucou mes polardeux,

C’est une chroniques un peu spéciale que je vous propose aujourd’hui.

En effet, je vais tenter de vous présenter un recueil de nouvelle à travers les textes des auteurs de celui-ci.

A travers différents extraits et différents auteurs.

Je reviendrai régulièrement vous parler de…

Franco la muerte .

Un peu comme un leitmotiv tout au long de ce mois de Noël

Et vous allez comprendre pourquoi en lisant la suite

Aujourd’hui je vous donne à lire l’extrait de la nouvelle de Pierre Domenges

Les prochaines fois, ce sera d’autres extraits et d’autre auteurs.

Le but avoué et de vous faire aimer ces extraits et vous faire lire ce bouquins et pourquoi pas… acheter et offrir ce recueil de nouvelles passé inaperçu lors de sa sortie.

Et non je n’ai aucune action chez cet éditeur, promis, craché.



Le livre : Franco la muerte, Patrick Amand, Alain Bellet, Antoine Blocier et al. Paru le 17 août 2015 chez Arcane 17. 21€. (279 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv :

Franco la muerte

Novembre 1975, le Caudillo meurt de sa belle mort. Dans son lit, en toute impunité !

Janvier 2015, l’idée jaillit de célébrer l’anniversaire de Franco de porc, pour les 40 ans de sa mort.

40 ans… Si le temps a passé, la détestation est intacte, inscrite au plus profond de notre ADN. Et l’envie d’écrire est immédiate. Franco, les garrots, les fachos, les bigots, les toubibs, les courtisans, les cocos, les anars, les Basques : vingt auteur(e)s entament ici la grande parade des règlements de compte. Ces snipers de la plume visent juste, et sur tous les tons : drôle, cocasse, grave, ironique, coléreux. À l’arrivée, on se dit que l’affaire n’est pas soldée. D’autant que l’Ogre a fait des petits, beaucoup de petits…

L’auteur du jour : Pierre Domengès vient au monde à Tarbes au bord de la voie ferrée …Directeur artistique de la Gespe, Scène de Musiques Actuelles de Tarbes il rejoint le groupe LES COLPORTEURS, premier clip « j’écris ton nom UMP » vu plus de 100 000 fois sur le net
En 2012 il publie Poison Heart puis  participe à un livre collectif de 24 nouvelles noires sur les CRAMPS. En 20014 sort Territoire ennemi 13 nouvelles Rock en rouge et noir. Il vit toujours le long de la voie ferrée

 

Le post-it de Ge

Franco la muerte

Vingt nouvelles autour de la figure du dictateur espagnol.
Vingt nouvelles contre l’oubli.
Des textes forts, engagés parfois, rageurs souvent.
Car plus de 40 ans après la mort de Franco, le nationalisme a toujours beau jeu. Et pas qu’en Espagne. Partout en Europe et ailleurs il égraine son mépris des autres, de l’étranger. Partout il sème son dégoût des différences, sa haine pur et simple. Partout il me fait honte.
Ces 20 nouvelles sont salutaires, aujourd’hui encore plus qu’hier.
Elles nous rendent vigilants.
Nous redonnent de l’espoir en l’Homme, en l’Humain.
Vingt texte nécessaires.
Un grand merci aux auteurs et à l’éditeurs pour ce choix risqué quand on sait que le format de la nouvelle n’est pas très lu en France.
Un recueil à acheter, à transmettre, à faire circuler et à lire de toute urgence.

Et pour vous le prouver, lisez la prose ci-dessous tirée de ce merveilleux recueil.

 

LE CIMETIÈRE DES DEUX MÈRES
(extrait)
Pierre Domenges
« Esteban, je vais compter lentement jusqu’à cinq et vous vous réveillerez ! »
L’homme entama le décompte puis claqua des doigts. Esteban ouvrit doucement ses paupières et resta quelques secondes les yeux fixés vers le plafond garni de moulures anciennes. Puis d’une voix encore lointaine, il se mit à raconter toujours le même rêve.
Les gens couraient dans cette grande maison, ils se dirigeaient vers une porte et tentaient de l’ouvrir, une femme criait en se tenant la tête de ses deux mains, il me semble la connaître.
Le thérapeute quitta le siège installé près du canapé et reprit sa place derrière son bureau.
C’est encore cette scène de panique dont vous me parliez déjà lors de notre dernière séance, y avait-il plus de détails cette fois-ci ?
Non je ne pense pas, c’est déjà si loin, au contraire tout semble se brouiller.
C’est encore tôt, les bienfaits de la séance peuvent se révéler bien plus tard.
Esteban repartit dans ses pensées encore entravées par l’hypnose :
J’ai toujours cru que j’étais un enfant volé… Après tout, ma salope de mère reniflait sans cesse le cul des curés et des cornettes, ils étaient responsables de ce trafic. Peut-être suis-je vraiment un de ces enfants, peut-être n’ai-je rien à voir de l’ordre du génital avec Rosalia Suarez…
Le patient prononçait ce nom en appuyant chaque syllabe tout en forçant une grimace de dégoût. L’évocation de cette femme semblait le tirer des restes de son sommeil. Dès qu’il fut sorti du cabinet, il se rendit à pied au cimetière de La Almudena, emprunta la longue allée au bout de laquelle se trouvait l’imposant tombeau de Rosalia Sua- rez, il s’assit au bord de la stèle et sortit une bière de sa besace. Il tournait le dos à la grande croix qui portait en son centre le médaillon de la femme brune au regard féroce, ses yeux balayaient les autres monuments funéraires. Esteban ne pouvait s’empêcher de penser que la tombe de sa vraie mère était blottie, anonyme, abandonnée entre les grandes carcasses de pierre arrogantes et austères des dignitaires du régime franquiste.
En quelque sorte, il était lui aussi un dignitaire déchu du régime. Il avait passé son enfance à « El Canto Del Pico », le nid d’aigle de Franco à quelques kilomètres de Madrid. Le Caudillo s’y réfugiait lorsque des rumeurs d’attentat  circulaient. À l’époque, le manoir construit au début du siècle ressemblait déjà à une maison hantée. Il était entretenu par Rosalia Suarez qui y logeait avec son fils depuis la mort d’Antonio Suarez, phalangiste zélé et ami de Franco. Este- ban ne connaissait de cet homme que le portrait terrible dans un cadre doré et le souvenir d’un regard de lame, le même que celui de sa mère. Un visage de pierre grise, pareil à ces tombeaux oubliés fleuris de couleurs plastiques délavées. Il lui restait aussi l’angoisse de ce moment, ce geste quotidien, lorsque sa mère, avant d’amener Esteban à l’école, s’arrêtait devant la photo d’Antonio Suarez et forçait son enfant à saluer son père mort en tendant le bras. Esteban avait peur de ce dieu de pacotille et Rosalia Suarez prenait de force le bras de son enfant et le tirait violemment en le serrant jusqu’à ce que chaque petit doigt se déplie. Vingt ans après, il se retrouvait à boire des bières assis sur le corps de granit de cette femme de pierre. Aucun trait de ce qui pouvait ressembler à l’âme d’une mère ne s’invitait dans ses souvenirs. Rosalia n’était rien d’autre que l’épouse de cet homme dont on parlait souvent dans des articles de journaux qui commençaient à évoquer les nombreux tortionnaires du temps de Franco. Antonio Suarez y était souvent cité, héros militaire, fervent catholique qui se vantait de savoir s’occuper des communistes. La maladie emporta le soldat, Esteban était très jeune. Franco, reconnaissant, confia sa maison-refuge à Rosalia. Elle y éleva Esteban dans l’austérité des boiseries inquiétantes et des roches scellées qui constituaient les parois des murs sombres. Franco ne s’annonçait jamais, la maison devait être toujours prête pour le recevoir avec sa garde rapprochée constituée de policiers, de quelques conseillers et d’une cohorte de médecins. Esteban l’avait croisé quelques fois, c’était un vieil homme, mais il ne faisait pas peur, il paraissait inoffensif, il parlait peu. Parfois, il regardait l’enfant et marmonnait d’une voix tremblante : « Tu es le fils d’Antonio Suarez ». Ce fut la seule parole qu’Esteban entendit de lui.
Il ne restait aucune bière, le froid de novembre se faisait plus mordant, l’orphelin prit le chemin de la sortie du grand cimetière. Cette fois-ci, ce n’étaient que de petites dalles qui occupaient son regard, les sépultures des pauvres dans lesquelles gisaient les cadavres des innocents.   Esteban cherchait un signe abandonné entre les herbes mortes au creux de chaque fissure qui aurait pu lui murmurer doucement : « Je suis là, je suis celle, je suis celle-là… ». Un signe que lui seul aurait senti et qui lui aurait permis d’en- terrer à jamais sa fausse mère et son imposant caveau.
Le bruit du boulevard ensevelissait un peu plus l’arrogance des bourreaux et le silence des anonymes, sa gorge se serrait à mesure qu’il retrouvait le monde des vivants, la fanfare des amnésiques.
Madrid s’étendait autour de ses propres drames, obstinément plantée au centre de l’Espagne. Sa couronne se déployait, étirant ses larges bras comme pour tenter de rejoindre océan et Méditerranée. Comme si le destin de la capitale orpheline la condamnait à cette quête marine. Il ne lui suffisait plus d’être fille de désert, de plaines et de montagnes.
Esteban avala plusieurs pilules de Fluoxetine, prit le premier bus vers le centre et descendit tout près du café La Alcubilla. Il y avait ses habitudes. Il entra dans le vieux bis- trot, à cette heure, très fréquenté. De jeunes gens en tenue de phalangistes discutaient attablés et buvaient des verres de vin ; Esteban reconnut dans chacun d’eux le regard des Suarez. Le plus âgé avait à ses côtés un drapeau espagnol roulé dans sa hampe, l’homme portait sur le crâne un béret noir vissé comme une plaque d’égout. « Salopards de fascistes », pensa Esteban en buvant de grands verres de cognac…

La suite est à découvrir dans Franco La muerte

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