Chiennes – Marie Vindy

Le livre : Chiennes de Marie Vindy Paru le 31 août 2015 à la Manufacture de Livres dans la collection Roman Noir.  388 pages, 18,90€ …

La 4e de couv :

Chiennes

– Allô ? C’est quoi ?
– T’as intérêt de la boucler, j’te jure ! Tu fermes ta gueule, t’entends ?
– Hé ! Mais t’es qui, toi, pour m’parler comme ça ? Eh oh ?
– Ferme ta gueule si tu veux pas avoir d’ennuis. Toi et ta pute de mère vous fermez vos gueules, t’as compris ? Et ta mère, putain, elle a pas intérêt à ouvrir sa grande gueule, sinon, sa vie, elle va être pourrie et la tienne aussi. Et tu te retrouveras dans une cave comme ta copine la pute !

Séquestrations, violences, balances, c’est le lot du trafic de stups, même dans une ville réputée calme comme Dijon. Ici, la dope, ce sont surtout quelques lascars qui font des trajets aux Pays-Bas pour ramener du produit jusqu’à ce qu’ils finissent par se faire serrer par la douane volante. Mais comment ne pas voir dans ces gosses élevés de travers, pervertis par le fric facile, et entraînés aux luttes viriles et à la violence, l’ombre d’une réalité beaucoup plus terrifiante ?

Marie Vindy (13)L’auteur : Marie Vindy est née en 1972, à Dijon où elle vit toujours.Après avoir suivi une formation artistique aux « Beaux Arts » de Besançon, puis de Nantes, elle devient artiste plasticienne et professeur d’Arts Plastiques en collège pendant quelques années, elle délaisse assez vite ces activités pour se consacrer à la littérature noire. Elle est aujourd’hui journaliste et chroniqueuse judiciaire.
Extrait:
– Allô ? Allô ?
– Police secours, je vous écoute…
– Il y a une… une… ooohhh…
– Je vous écoute… Madame ?
– Y’a quelqu’un qui s’est jeté d’une fenêtre ! Une femme…
– Où, madame ? Dites-moi où vous vous trouvez…
– À Stalingrad… La Cité du soleil…
– Quel est votre nom, s’il vous plaît ?… Madame ?… Madame ?
– …
Un beau bordel, une putain de chierie… L’armée des pompiers, au moins toute la caserne, le SAMU et les collègues en sureffectif pour faire évacuer la foule avant que quelqu’un se prenne une étagère pourrie sur la gueule, ou un vieux frigo, ou des cannettes, ou des chaussettes remplies de boulons. Chaud…
Trop chaud… Simon Carrière avait planté le gyrophare sur le toit de sa voiture, seule alternative pour se rapprocher au plus près de la scène macabre. Distance relative. Avec ses allées à sens unique et ses impasses merdiques, toute la cité était bloquée et tous ses putains d’habitants s’étaient ramenés. Les jeunes encapuchonnés et les pères de famille formaient une masse compacte, encore sous le choc, mais prête à en découdre. Les bonnes femmes et leurs gosses se penchaient aux fenêtres ou hululaient depuis les balcons. Ça sifflait de tous les côtés… Un putain de spectacle plus alléchant que la télé, bien plus que le polar du vendredi soir. Trop tard pour censurer.

 

Le post-it de Ge

Chiennes – Marie Vindy

Dans une cité de la banlieue de Dijon, le policier Simon Carrière doit enquêter sur le suicide d’une jeune fille. Parallèlement, le capitaine Humbert est confronté à la disparition d’Aude, qui a manifestement été exécutée pour une affaire de drogue. Une intrigue qui reprend les personnages croisés dans Une femme seule et Cavale(s) et qui se déroule au sein de la gendarmerie nationale.

Ce livre est un réel roman policier.  On est là dans une histoire de Keuf. Marie Vindy nous propose un roman policier pur jus, un roman policier de procédure comme on dit. C’est-à-dire que l’on va suivre pas à pas, l’enquête des flics, des condés comme si on y était. On remonte peu à peu avec eux les pistes, on récolte les témoignages, les indices, les preuves…On fait à leur côté un travail de fourmi afin de confondre les coupables.

En plus d’être un roman policier procédural, Chiennes est aussi un roman noir. Noir et social vous l’aurez compris. Mais aussi un véritable plaidoyer social

 Il est ici question de misère, misère sociale certes, mais aussi misère affective, misère culturelle, misère éducative…. Comment se construire quand aucun modèle ni familial, ni structurant n’est là pour vous soutenir. Quand le seul modèle c’est le fric, et surtout le fric facile. Celui qui donne une position sociale. Celui qui confère le pouvoir. Comment se construire sans structure familiale, avec des parents défaillants, des parents eux même délinquants ou comment exister face à une autorité trop rigide voire injuste. Une éducation à la chlag où l’écoute et l’amour n’ont point leur place. Comment devenir un homme citoyen quand les règles sont viciées dès le départ.

Oui mais la misère explique-t-elle à elle seule toutes ses dérives, toutes cette violence.

Sans doute pas…

 Ici certains de nos protagonistes n’ont aucune valeur morale. Difficile de rentrer en empathie avec eux. Cela en fait des boucs émissaires faciles pour déverser notre rancœur contre leur bêtise crasse. Et de là à basculer dans une certaine généralité, il n’y a qu’un pas. Entre angélisme et pharisaïsme difficile de ne pas tomber dans les extrêmes.

Ici la femme n’a aucune valeur si ce n’est celui de Chienne. Aussi je ne comprends pas que ce mot « Chienne » soit devenu dans la bouche de certain une insulte. Moi qui vis en meute, je vois bien comme nos chiennes sont le ciment du groupe, comme elles sont fidèles, aimantes et solidaires entre elle. Plus que les mâles, elles font preuve de courage et surtout de tempérance et d’équité. Non vraiment, ces abrutis qui nous traites de chiennes n’en vraiment rien compris au monde canin. Le chien est un animal social par excellence

Entre la prostitution de jeunes filles mineures, les viols en réunion, les tournantes dans les cités. La possession du corps des femmes comme arme de guerre. Et puis se titre Chiennes, à lui seul il est porteur de soumission totale donc sexuelle aussi. Trop de questions se sont bousculées et se bousculent encore en moi après la lecture de ce roman âpre, poisseux mais réaliste que ça en fait mal.

J’étais loin de me douter qu’à Dijon, ville bourgeoise s’il en est, il existait des quartiers sensibles. Des cités comme dans nos banlieues, des Tarterets, des 4000…

Et bien, Marie Vindy, nous fait voir l’envers du décor et la cité des ducs de Bourgogne prend un autre visage.

Il y a chez Marie Vindy, un petit côté Simenon. Dans sa façon de poser le décor, de rendre une atmosphère, de jouer avec l’empathie du lecteur. Comme chez Simenon, tout n’est pas ni tout blanc, ni tout noir. Elle se pose en catalyseur des mots de la société. Elle en démonte aussi les rouages mais par petites touches subtiles. Elle appuie là où ça fait mal pour réveiller nos consciences mais en nous laissant le choix de la solution. Elle n’est ni juge, ni bourreau.

Voici bien une lecture que je vous recommande, lecture addictive qui a suscité en moi de forts sentiments de contradiction. Je crois même que par moment je ne me suis pas totalement reconnue. J’ai été poussée dans mes extrêmes, mes discordances, mes dissonances. J’ai été bousculée, malmenée. Révoltée aussi.

Révoltée car Marie Vindy a vu juste, et sa vision m’est insupportable.

Je ne peux pas croire que la condition de la femme, dans notre démocratie et en ce 21e siècle soit celle que ces morveux veulent bien lui attribuer.

Révoltée…Alors, mesdames et messieurs, aux armes et qu’une nouvelle fois le droit des femmes deviennent une priorité nationale.

 Mais cette lecture est nécessaire voire salvatrice.

3 réflexions sur “Chiennes – Marie Vindy

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