Franco la muerte , par Jeanne Desaubry , extrait 4

Coucou mes polardeux,

C’est une chroniques un peu spéciale que je vous propose aujourd’hui.

En effet, je vais tenter de vous présenter un recueil de nouvelle à travers les textes des auteurs de celui-ci.

A travers différents extraits et différents auteurs.

Je reviendrai régulièrement vous parler de…

Franco la muerte .

Un peu comme un leitmotiv tout au long de ce mois de Noël

Et vous allez comprendre pourquoi en lisant la suite

Aujourd’hui je vous donne à lire l’extrait de la nouvelle de  Jeanne Desaubry

Les prochaines fois, ce sera d’autres extraits et d’autre auteurs.

Le but avoué et de vous faire aimer ces extraits et vous faire lire ce bouquins et pourquoi pas… acheter et offrir ce recueil de nouvelles passé inaperçu lors de sa sortie.

Et non je n’ai aucune action chez cet éditeur, promis, craché.



Le livre : Franco la muerte, Patrick Amand, Alain Bellet, Antoine Blocier et al. Paru le 17 août 2015 chez Arcane 17. 21€. (279 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv :

Franco la muerte

Novembre 1975, le Caudillo meurt de sa belle mort. Dans son lit, en toute impunité !

Janvier 2015, l’idée jaillit de célébrer l’anniversaire de Franco de porc, pour les 40 ans de sa mort.

40 ans… Si le temps a passé, la détestation est intacte, inscrite au plus profond de notre ADN. Et l’envie d’écrire est immédiate. Franco, les garrots, les fachos, les bigots, les toubibs, les courtisans, les cocos, les anars, les Basques : vingt auteur(e)s entament ici la grande parade des règlements de compte. Ces snipers de la plume visent juste, et sur tous les tons : drôle, cocasse, grave, ironique, coléreux. À l’arrivée, on se dit que l’affaire n’est pas soldée. D’autant que l’Ogre a fait des petits, beaucoup de petits…

L’auteur du jour : Jeanne DESAUBRY. Ambitieuse, Jeanne a voulu écrire dès qu’elle a su lire, ce qu’elle a appris très tôt, clandestinement. Aujourd’hui, après quatre polars adultes et deux polars « jeunesse », des nouvelles dans des revues, ou des ouvrages collectifs, elle continue, défendant encore et toujours son genre de prédilection : le noir. Quand la réalité rencontre la fiction, miroir de notre époque

 

 

 

 

 

Le post-it de Ge

Franco la muerte

Vingt nouvelles autour de la figure du dictateur espagnol.
Vingt nouvelles contre l’oubli.
Des textes forts, engagés parfois, rageurs souvent.
Car plus de 40 ans après la mort de Franco, le nationalisme a toujours beau jeu. Et pas qu’en Espagne. Partout en Europe et ailleurs il égraine son mépris des autres, de l’étranger. Partout il sème son dégoût des différences, sa haine pur et simple. Partout il me fait honte.
Ces 20 nouvelles sont salutaires, aujourd’hui encore plus qu’hier.
Elles nous rendent vigilants.
Nous redonnent de l’espoir en l’Homme, en l’Humain.
Vingt texte nécessaires.
Un grand merci aux auteurs et à l’éditeurs pour ce choix risqué quand on sait que le format de la nouvelle n’est pas très lu en France.
Un recueil à acheter, à transmettre, à faire circuler et à lire de toute urgence.

Et pour vous le prouver, lisez la prose ci-dessous tirée de ce merveilleux recueil.

PORQUE TE VAS
(extrait)
Jeanne Desaubry
Valérie avance dans les rues de Paris. Ses yeux cueillent les néons, les affiches, les vitrines… Difficile de cacher sa curiosité provinciale. Pourtant, elle serait prête à tout afin de passer pour une jeune Parisienne blasée plutôt que pour une oie blanche nancéenne. Ce qu’elle est.
Dans sa démarche, transparaît le ravissement de se tenir là, en plein Quartier Latin. La sacoche qui bat sa hanche contient les papiers enfin dûment tamponnés. Bien sûr, elle habitera la banlieue, loin du cœur palpitant de sa future vie, mais elle sera là, au sein du Paris estudiantin, intellectuel, foisonnant, dont elle a toujours rêvé… Elle écoutera d’émérites professeurs lui parler de Sartre et Camus, de Borges et de Deleuze. Elle fréquentera la bibliothèque vénérable sous son dôme, elle s’assiéra sur des bancs qui ont vu passer le cul de l’intelligentsia française. L’idée la fait sourire.
Elle n’a aucune conscience de sa beauté. Elle sait que les hommes la regardent, mais elle n’y voit que leur appétit pour le rut qu’elle affronte depuis bientôt dix ans. Depuis que le tonton a commencé à lui caresser subrepticement les cuisses, et puis le curé qui la serrait sur ses genoux, et son voisin en quatrième qui se branlait en classe… Elle se demandait bien ce qu’il fabriquait sous sa table en la regardant, celui-ci. Sa copine Julie, plus avisée qu’elle sur ces choses-là, lui avait expliqué… Et tous les autres depuis, dans la rue ou le métro, ceux qui sifflent ou qui la hèlent avec des mots qu’elle refuse d’entendre… Presque chaque jour.
Elle croit que c’est comme ça pour toutes les filles, subit en soupirant les yeux qui collent à sa poitrine, à ses fesses. Le vent se lève  soudain  rue  des  Écoles,  une  bouf- fée chaude qui soulève les longues mèches blondes qui entourent un délicat visage pâle de madone médiévale. La finesse de ses attaches, la démarche légère, le sourire de joie intérieure. Oui, on se retourne sur elle, mais elle,  elle l’ignore.
Action Custine. Cría Cuervos. Carlos Saura… L’affiche lui met immédiatement en tête la chanson qui tourne en boucle sur les radios depuis que le film a eu le grand prix du jury à Cannes, le mois dernier. Valérie regarde sa montre. Aura-t-elle le temps ? La tentation est grande. Si elle ne voit pas le film maintenant, il lui faudra attendre plusieurs semaines dans sa ville de province. Son emploi d’été, destiné à couvrir une partie des frais de ses études, lui laissera- t-il le temps d’y aller ? Et puis sa mère lui reprochera encore d’avoir des goûts morbides, le film a mauvaise réputation auprès des grenouilles de bénitier qui n’y comprennent rien… Elle a beaucoup travaillé pour avoir une mention à son bac, elle a bien le droit à une récompense, non ?
Angoisse soudaine. Elle ne connaît pas le prix du billet de cinéma. La honte empourpre ses joues, aller se renseigner ? Elle qui voudrait passer pour une Parisienne détachée… Son petit porte-monnaie ne contient plus grand- chose. Elle a fait une folie tout à l’heure. En sortant des bureaux de la Sorbonne, elle a pris un « pot » en  terrasse, place Saint-Michel. Le prix de l’Orangina l’a sidérée, mais elle a gardé l’air détaché en sortant son billet. Avouer qu’elle a pioché dans le sac de sa mère ? Jamais… Mais ce n’est pas avec son argent de poche misérable qu’elle pourra mener la vie dont elle rêve. Son père lui a souvent promis des sous, mais il les laisse plutôt au bistrot, quand il refait le monde avec les copains après la distribution de L’Huma. Valérie aime bien les potes de son père. Ils la connaissent depuis qu’elle est petite, et ça l’amuse de les entendre râler après les patrons. Sa mère, elle, elle crache sur les cocos.
Non, il ne lui reste plus grand-chose dans son porte-monnaie, assez, pas assez ? Valérie s’approche pour regarder, l’air de rien, si le prix est affiché.
Étudiant, prix réduit, elle ne voit pas bien l’affichage. Un groupe de jeunes est massé, les filles rient aigu, les garçons se bousculent. L’un d’entre eux se retourne brutalement, la heurte, le porte-monnaie tombe, ils se penchent en même temps pour le ramasser, les fronts se choquent. Ils se sou- rient, le cœur de Valérie saute, le garçon est magnifique. Peau de velours, bouche gourmande, prunelle chaude, une mèche caresse le front. Un coup de chaleur, une mollesse au ventre de la jeune fille, elle se sent gauche, sotte, gourde, ne sait que dire, se masse le front.
Il est espagnol. Son accent la fait fondre à chaque mot. Il s’excuse, se présente. Il se prénomme Miguel. Il lui propose de payer sa place, car la monnaie échappée a roulé dans une rainure inatteignable. Elle bredouille, ne sait quoi dire, finalement hausse des épaules minces :
– D’accord, c’est gentil. Mais il ne faut pas vous sentir obligé.
De bonne grâce, les autres l’incorporent dans le groupe. Les filles sont vêtues de longues tuniques multicolores, leurs cheveux sont teints de toutes les couleurs, elles portent de gros bijoux exotiques. Elles, elles sont allemandes. Les garçons sont espagnols. Ils viennent d’un foyer pour jeunes étudiants, y ont fait connaissance.
Valérie sourit, se sent soudainement abominablement tarte avec son jean patte d’eph à taille basse et son pull court. Quand elle s’assied, on voit ses reins, sa mère hurle que c’est indécent, elle s’est échappée avant qu’elle ne la voie partir.
Miguel s’assied à côté d’elle sur le fauteuil de cinéma. Il veut savoir son nom, ce qu’elle fait, elle ment un peu, elle dit qu’elle est étudiante en lettres, qu’elle prépare sa licence. Elle se donne un ou deux ans de plus, elle mouille ses lèvres, et son cœur cogne, cogne…
Miguel étudie la médecine à Madrid.
– L’Espagne est oune pays dé mierda. Tou sais, ils né veulent pas qu’oune fille a oune pétit ami… Pas avant dé sé marier. Ensuite, tou peux faire cé qué tou veux, tout le monde s’en fiche. C’est oune pays de l’hypocrissie ; tou comprends ?
Valérie s’amuse, sourit, ses fossettes allument des étincelles dans le regard du jeune homme. Il sent un peu la sueur, elle hume, choquée de se sentier attirée par l’aisselle qui s’ouvre quand il pose son bras sur le dossier derrière elle, une main ferme, conquérante, sur l’épaule gauche de sa voisine.
Sur l’écran, la petite Ana ferme très fort les yeux pour faire apparaître sa maman, rejette la tendresse de sa tante, met en joue le séducteur, parle à ses poupées, et Valérie oublie un peu son voisin, happée par la magie de la toile et la mélancolie féroce du film. Un peu seulement, car la présence magnétique de Miguel l’aimante.
Miguel a remonté la main, joue dans les frisons de la nuque, caresse le cou de la jeune fille. Quand les lumières se rallument, il se penche vers elle, l’embrasse doucement.
Reste avec moi, reste, tou veux ? Rester, où ?
C’est d’abord en groupe rieur chez un ami, une chambre minuscule, au 7e, en passant par un escalier de service étroit et raide comme une échelle. La boisson, un mauvais mélange de picrates plus ou moins frelatés qui se prétend sangria, tisse un filet amer dans la bouche de Valérie, mais les baisers de miel de Miguel chassent l’amertume et lui laissent le cœur bégayant. Et puis soudain, c’est la dispute. Une fille se lance dans une diatribe politique qui fait bondir Miguel. Il lui crache son mépris.
Pauvre conne gauchiste !
Les autres se moquent, il semble à Valérie qu’une des Allemandes les regarde de travers. Elle avait des vues sur le bel hidalgo, peut-être ?
Miguel part en la tirant par la main, la tête de la jeune fille tourne un peu, elle ne reconnaît pas l’Espagnol ; sa colère l’effraie soudain.
Valérie sait que l’heure du dernier train est passée. Il lui faut trouver un téléphone, mais sa tête tourne décidément. Quand elle arrive enfin à trouver la monnaie pour une cabine publique dans la rue qui les emmène, où ? elle raccroche presque au nez de sa mère qui hurle une angoisse et des reproches qu’elle répétera des semaines, la jeune fille le sait. Son ingratitude, tous les sacrifices qu’elle fait sans cesse pour elle, sa responsabilité, la revanche sur le père qui les a laissées, un beau salaud celui-là… Valérie sait tout ça par cœur, et ce soir, elle ne veut pas l’entendre.
Tou reste avec moi ? Reste avec moi cette nouit… jé té désire comme oun fou, tou es si belle… Tou vois les étoiles qui brillent pour nous ? Tou crois au destin ?
Miguel s’est calmé, le voici de nouveau irrésistible, tendre, charmeur. Comment lui dire non ? Conciliabule. Il est plus  de  minuit.  Miguel l’entraîne en riant sous cape dans un escalier, chuchotant, lui faisant signe de ne pas faire de bruit, marchant sur la pointe des pieds.
C’est oun ami colombien, il va nous laisser sa chambre. Valérie ne discute pas, elle veut juste s’allonger, laisser les mains de Miguel courir sur sa peau, l’échauffer comme un soleil, et peu importe les draps douteux du copain qui s’éloigne en maugréant après un regard concupiscent   sur les hanches de la fille.
Le reste appartient aux étoiles, que Miguel a invoquées et qui brillent sur les deux jeunes corps.
Putain, mon salaud, tu vas avouer, je te le promets.
Miguel est assis sur une chaise inconfortable et ça fait des heures que ça dure. Le poignet droit étiré, menotté au radiateur qui fonctionne à bloc. La vessie prête à éclater, travaillé au corps par les flics qui l’ont secoué, taloché, bousculé sans se gêner, et maintenant depuis des heures, cet homme qui lui répète toujours la même chose…

La suite est à découvrir dans Franco La muerte

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