L’Exécution de Robert Badinter

Le livre : L’Exécution de Robert Badinter  Paru le 25 mars 1998 par Fayard pour une nouv. éd. revue. et augmenté 19€,  (256 p.) ; 22 x 14 cm.  Et rééditer au Livre de Poche  le 1er septembre 2008 , 6€20. (219 p.) ; 17 x 11 cm

Publié  précédemment en 1973 chez  Grasset . (211 pages).  Et en poche chez Le Livre de poche (no 3454), en 1976, ( 219 p.).

4e de Couv :

L’Exécution

Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d’amour. Oui, d’amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l’auteur, son vieux maître, la victime – oui, la victime – et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l’unique question : mourra-t-il ?

Ce qui importe, c’est de savoir ce qu’est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pourquoi la peine de mort. C’est tout cela qui nous bouleverse dans ce beau livre, dur et sensible à la fois. Ne laissez plus passer, en tout cas pas ainsi, ce qu’on nomme par dérision peut-être la Justice des hommes.

 

L’auteur : Robert Badinter est né à Paris le 30 mars 1928. Il  est professeur émérite de l’université Paris I Panthéon Sorbonne et ancien président du Conseil constitutionnel. Il a été ministre de la justice .

Robert Badinter a fait des études de droit avant d’être professeur de droit (1966-1981) et avocat au barreau de Paris, notamment de 1972 à 1980, dans des affaires criminelles où se posait la question de la peine de mort. Robert Badinter plaida dans de nombreux procès, dont le plus médiatisé fut certainement celui de Patrick Henry (1976), qu’il sauva de la peine de mort.

Militant pour les droits de l’Homme, il entre au parti socialiste dès 1971. Robert Badinter exerce aussi diverses responsabilités au sein de la Ligue des droits de l’Homme, d’Amnesty International et des instances de la communauté israélite. Ministre de la justice sous le président Mitterrand (1981-1986), il fit voter l’abolition le 9 octobre 1981.

Robert Badinter est aussi à l’origine de l’abrogation du délit d’homosexualité, la suppression de la Cour de sûreté de l’État et des tribunaux permanents des forces armées, l’élargissement du droit d’action des associations pour la poursuite des crimes contre l’Humanité et des infractions racistes…

De 1986 à 1995, il a présidé le Conseil constitutionnel. En 1995, il a été élu Sénateur (socialiste) des Hauts-de-Seine et réélu en 2004.

Il est l’époux de la philosophe Élisabeth Badinter.

Extrait :
Nous sommes arrivés devant la maison. Il faisait encore nuit. Le concierge nous attendait dans un grand état d’excitation. Des journalistes avaient essayé de pénétrer dans l’immeuble. Ils voulaient à tout prix s’assurer que je ne me trouvais pas chez moi. Car mon absence, à cette heure, signifiait la mort de Bontems.
Dans l’appartement, les lumières étaient demeurées allumées. Tout était silencieux. Je suis allé à la cuisine. La théière, les tasses étaient encore sur la table. Nous nous sommes assis, ma femme et moi, l’un en face de l’autre, comme tout à l’heure.
Nous sommes restés là, tous les deux, sans rien dire. J’ai pensé que demain matin, je n’irai pas faire cours, j’ai rectifié intérieurement : non, ce matin. J’ai regardé l’heure. Il était six heures passées. Hier, à la même heure, Bontems dormait sans doute. Son angoisse de la nuit était achevée. Aujourd’hui aussi. Et pour toujours.
Bontems était mort. J’avais vu Bontems aller à sa mort. J’avais vu mourir un homme que j’avais défendu. Plus jamais je ne pourrais faire quoi que ce soit pour le défendre encore. On ne plaide pas pour un mort. L’avocat d’un mort, c’est un homme qui se souvient, voilà tout.
La guillotine rend tout dérisoire. Il n’y a pas de révision possible, pas de grâce possible, pas de libération possible, pour le décapité. Je ne pouvais plus rien pour Bontems. C’était la vérité nue, la seule de cette nuit. Quel était donc le sens de tout ce qui s’était passé, de tout ce que nous avons fait ou voulu faire pour lui, nous ses avocats? Je regardais mon image dans la glace. Ce n’était pas là que s’inscrivait la réponse. Il n’y a pas de tête d’assassin. Il n’y a pas non plus de visage d’avocat vaincu. J’éteignis la lumière. La vie, ma vie, continuait. Je n’en étais pas quitte pour autant. Cette nuit-là, je le savais maintenant, ne s’achèverait pas à l’aube.

 

Le post-it de Ge

L’Exécution de Robert Badinter

« J’avais écrit ce livre, où se mêlent récit d’un drame judiciaire et réflexions sur la justice et le métier d’avocat, après l’exécution de Claude Buffet et Roger Bontems, en novembre 1972, à Paris, dans la cour de la prison de la Santé. Tous deux avaient été condamnés à mort par la Cour d’assises de Troyes pour avoir pris en otage et égorgé, à la Centrale de Clairvaux, une infirmière et un gardien. Leur grâce avait été refusée par le Président Pompidou.

Depuis lors, la guillotine a été reléguée dans les caves d’un musée, et la peine de mort a disparu de nos lois. Mais elle sévit encore dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis. Et la tentation d’y revenir n’a pas disparu de tous les esprits. Cette justice qui tuait, la voici à l’œuvre dans ce livre. Il n’est pas inutile que de nouvelles générations, plus heureuses à cet égard que la nôtre, la connaissent. »
Robert Badinter.

Je ne sais pas pourquoi aujourd’hui je relis ce livre témoignage rédigé et publié en 1973 par Robert Badinter au lendemain de la décapitation de Buffet et Bontems.

Enfin, si je crois savoir pourquoi. J’avais lu ce livre, adolescente, une dizaine d’année après le drame, j’avais été émues par les mots de Badinter, je m’étais alors forgé une idée sur la peine de mort. Ou plutôt contre la peine de mort.

Je me souviens, j’ai petite à l’époque mais l’affaire avait fait grand bruit du coté de chez nous. Et oui Clairvaux n’était qu’à une encablure. J’étais petite mais je me souviens des gens qui réclamait la tête de ces deux prisonniers suite à leur tentative d’évasion mais surtout face au drame qui s’était joué lors de cette tentative, la mort d’un gardien et d’une infirmière. Je me souviens de cette journée d’angoisse, ce 21 septembre 1971 avant l’assaut des forces de l’ordre.

Je me souviens l’année d’après. L’année du retentissent procès de Buffet et Bontems. Dans cette petite ville de province, c’est l’effervescence, Troyes est un tout petit monde et là d’un coup elle devient le centre du monde. Alors durant des semaines, de l’instruction jusqu’à l’exécution de l’affaire Buffet / Bontems, la guillotine s’invite dans les discussions familiales, au collège et au lycée, tout autant qu’à la une des journaux.

La guillotine…devient dans ma tête de petite fille synonyme de vengeance et non de justice. Je me souviens du procès qui se tient à la cour d’assises de l’Aube du 26 au 29 juin 1972 à la veille des vacances scolaire, des grandes vacances. De ces gens qui scandent « A mort, à mort… » dans une espèce de liesse populaire

J’attends les cris de la foule. Je revoie les images en noir et blanc que diffusait la télévision. La foule des anonymes qui applaudissent à l’énoncé du verdict massée autours des condamnés. Je me souviens que la foule hurle de joie et de haine mêlées.

Ceux que la presse a surnommé « les assassins de Clairvaux » sont condamnés à la peine de mort.

Et puis j’ai visité l’ancienne prison de Clairvaux, j’ai vu ces cages où étaient détenus les prisonniers. Ces cages si exiguës qu’ils ne pouvais pas tenir debout et encore moins s’allonger de tout leur long. Mais là je m’égare car le livre de maître Badinter n’est pas tant sur les conditions d’incarcérations que sur le fonctionnement de la justice en France.

Il nous fait entrer de plein pied au cœur du procès, d’un procès, celui qui mènera à l’exécution d’un assassin et de son complice.

Mais quelle est cette justice qui condamne à mort un homme qui n’a pas tué, qui n’a pas donné la mort.

Et Badinter d’ajouter :

« J’ai toujours rêvé de la plaidoirie d’un avocat qui saurait qu’il va être condamné, emprisonné, exécuté avec son client. Quelle force aurait son propos ! Et quelle belle fin pour un avocat. »

On comprend mieux alors le combat qu’il va mener alors, celui de faire abolir la peine de mort !

Tiens d’ailleurs je relirai bien l’abolition du coup !

Ce que je sais maintenant c’est que ces livres et particulièrement l’exécution ont été des livres fondateur de la jeune lectrice que j’étais.

L’Exécution de Robert Badinter, la version poche que j’ai lu adolescente

11 réflexions sur “L’Exécution de Robert Badinter

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s