Papote d’auteur Ge était avec Benoit Séverac

Papote d’auteur Ge était avec Benoit Séverac

Le 29 décembre dernier, Benoit Séverac passait sous le feu des Flingueuses.

Aussi j’ai profité de ce petit entretien pour venir me glisser et le faire parler de sa prochaine sortie.

Un roman ado qui sort demain et que vous devriez trouver ou pouvoir commander dans le bonnes librairies.

Voici la retranscription de notre petite conversation.


 

10h du matin

Ge : Bonjour Benoit, merci de te  prêter au jeu des questions, réponses.

Aujourd’hui je vais interroger sur ta prochaine sortie. Et celle-ci est un roman ado.

Le jour où mon père a disparu

Oui surprise !

Benoit : Alors, puisque tu me poses la question, justement, parlons de ma sortie de janvier.
J’avais axé mes réponses sur Tuer le fils essentiellement, sachant que je m’adressais à un public « Mordu de thriller » et donc plutôt adulte, mais…

Matthieu Fabas a tué parce qu’il voulait prouver qu’il était un homme. Un meurtre inutile, juste pour que son père arrête de le traiter comme un moins que rien. Verdict, 15 ans de prison. Le lendemain de sa libération, c’est le père de Matthieu qui est assassiné et le coupable semble tout désigné. Mais pourquoi Matthieu sacrifierait-il encore sa vie ? Pour l’inspecteur Cérisol chargé de l’enquête et pour ses hommes, cela ne colle pas. Reste à plonger dans l’histoire de ces deux hommes, père et fils, pour comprendre leur terrible relation. Derrière cette intrigue policière qu’on ne lâche pas, ce nouveau roman de Benoît Séverac nous parle des sommes de courage et de défis, de renoncements et de non-dits qui unissent un père et un fils cherchant tous deux à savoir ce que c’est qu’être un homme.


Benoit : Mais Le jour où mon père a disparu est une chouette histoire aussi !

 

Ge : Ne sois pas inquiet, nous reviendront avec les Flingueuses, Mamie Danièle et Miss Aline sur ta prochaine sortie adulte, début février, promis. Nous te soumettrons à la question pour Tuer le fils

Mais ce matin on parle de : Le jour où mon père a disparu 

Un homme s’évade de prison. Et soudain un ado voit sa vie bouleversée.

Aussi loin que remonte la mémoire d’Étienne, ses parents et lui ont toujours été considérés comme des parias au village. Étienne n’a jamais pu participer aux matchs de foot, aux fêtes, avoir une bande de copains… Le plus difficile pour lui, c’est de ne pas connaître les raisons de cette mise à l’écart. Bien sûr, il sait que ses parents ont milité au sein du Front de libération occitan, mais ils ont toujours défendu la tolérance et l’ouverture d’esprit. Le jour où un ancien membre du mouvement s’évade de prison, le père d’Étienne disparaît. Étienne n’a alors plus d’autre choix que de partir en quête de la vérité.


Benoit : Vous notez l’omniprésence dans les titres de la question du père et du fils. Eh eh, ça doit être une question qui me travaille ! Facile à psychanalyser !
Bref. Ce qui est intéressant avec Le jour où mon père a disparu (sortie le 16 janvier aux éditions Syros), c’est sa genèse. Je vous explique.
Le jour où mon père a disparu est né d’un engagement. Celui d’une partie de ma famille dans le mouvement Lutte Occitane des années 70. J’ai toujours été attiré par cette quête identitaire, et en même temps, je m’en suis tenu éloigné en y opposant une vision mondialiste (je me considère comme un citoyen du monde), pensant (à tort) que les deux choses étaient opposées. J’étais en réaction, j’imagine.
Et puis, il y a eu un événement déterminant, à l’âge de 52 ans : j’étais l’an dernier (2018) en résidence d’écriture avec Hervé Jubert en Oklahoma (USA), dans la réserve indienne des Osages. Nous nous y trouvions au nom de l’association Oklahoma-Occitania, en repérage pour un roman que nous sommes en train d’écrire.
Nous avons fait la connaissance d’un monsieur âgé, un certain Herman Lookout. Il est l’inventeur de l’alphabet osage et considéré comme un guide spirituel dans sa tribu, un Speaker Master.
Quand il nous a reçus dans son centre culturel, parmi tous les enseignants du centre, il nous a remerciés et félicités de nous intéresser à sa culture. Il a ensuite établi un parallèle (pertinent) entre la culture indienne bafouée par les Blancs et la culture occitane victime de l’hégémonie française. Il a conclu en nous demandant ce que nous faisions, en tant qu’Occitans, pour aider notre langue et notre culture à survivre. Je suis resté sans voix. Qu’étais-je venu faire chez les Indiens à 8000 km de Toulouse, que je ne pouvais faire chez moi pour ma propre culture ?
Comme toujours face à ce genre de question existentielle, ma réponse est dans l’écriture. C’est à ce moment précis que s’est imposé à moi l’urgence d’écrire sur cette question.
J’ai mêlé à la question identitaire occitane une question identitaire familiale. Et c’était parti.
Finalement, ces deux romans sont les romans les plus personnels que j’ai jamais écrits. Je ne dis pas « autobiographiques » car ce n’est pas le cas, mais « personnels ».

Ge : Tu ne dis pas autobiographique mais le militantisme au sein du Front de libération occitan  est visiblement d’après ce que tu nous en dit une affaire de famille, ou je me trompe ?

Benoît : Oui, mais je ne raconte pas du tout l’histoire de ma famille. Ce n’est même pas de l’auto-fiction. Je ne me sers que de ma connaissance familiale de ce milieu, mais l’histoire que je raconte est pure fiction. Les personnages ne ressemblent pas, même de loin, à des membres de ma famille, les événements narrés ne sont jamais arrivés à quelqu’un que je connaisse. Donc, c’est très personnel parce que ça questionne des thématiques qui m’intéressent ou me concernent directement, ou ont concerné ma famille, mais pas davantage.

Ge : Le thème principal de ton polar tourne-t-il uniquement autour de la défense des cultures régionales ou est-il, est-il plus large ? D’ailleurs quel message essaies-tu de faire passer ?

Benoît : Surtout pas de message. Le polar tourne essentiellement autour de la recherche d’identité d’un fils dont le père disparait le jour où un militant du FLO, dont le père a fait partie dans les années 90, s’évade de prison. La famille est paria dans le village depuis que ce militant s’est fait arrêter 8 ans plus tôt, et le fils est tenu dans l’ignorance des raisons qui font que tout le monde, dans le village, les a rejetés. Quand son père disparait, il part à la recherche de cette vérité, mais va tomber sur un secret plus grand encore sur sa propre identité. Le militantisme régionaliste, dans toutes ces nuances et ses formes (jusqu’à la violence ou le rejet de l’autre) n’est utilisé qu’en toile de fond. Ce qui compte véritablement, c’est l’histoire de ce jeune qui va se confronter à lui-même et aux adultes. C’est une espèce de roman initiatique au fond, avec découverte de soi, de l’amour d’une fille, de l’amitié… de la difficulté qu’il y a à accepter le fossé entre ce que l’on voudrait vivre avec les gens et ce qu’ils sont capables ou désireux de vous apporter.

Ge : Un pur roman ado en somme ?

Benoît : Je refuse de délivrer des messages qui dicteraient aux lecteurs ce qu’ils doivent penser. J’offre simplement un espace de réflexion, né de mon propre besoin de réflexion, sans oublier que tout n’est qu’histoire d’humains. Derrière tel ou tel phénomène, parti, acte, profession etc. il y a des gens. Je ne perds jamais cela de vue, et du coup, j’ai du mal à adhérer complètement à des idées, des partis, des dogmes, parce que les humains pris individuellement sont toujours plus compliqués que leur représentation collective.
Yes, un pur roman ado qui fera aussi du bien aux adultes, j’espère.

Ge : 👍

Benoît : Dernière question pour ce matin, il va falloir que je file. On peut continuer ce soir si vous le souhaitez, aux alentours de 18h. 😆

Ge : Et est-ce facile de faire parler un adolescent d’aujourd’hui ?
Et oui tu pourras répondre plus tard

Benoît : Question intéressante (celle de la parole d’un ado), j’y réponds ce soir.

Ge : 👍

Ge : parfait

17h38

Benoît : Alors, la parole d’un ado.

Ge : oui la parole ado👍

Benoît : Je n’écris pas aux ado, qu’ils soient d’aujourd’hui ou d’antan, de la même façon que lorsque j’écris pour les adultes, je ne m’adresse pas à un adulte type.
Cette question de l’ado qui parle est intéressante parce qu’on peut se la poser pour tous les personnages d’un roman. Par exemple, quand on est un auteur homme, est-ce qu’il est facile de faire parler un personnage féminin ? Et si mon héros est Portugais, ou homosexuel, ou néo-nazi, ou séro-positif, est-il facile pour un auteur comme moi (hétéro Français de gauche et en parfaite santé) de faire parler ces personnages ? J’ai l’air de répondre par une pirouette, mais pas du tout, en fait. J’ai bien plus de rapport avec un ado qu’avec une femme, car si j’ai été ado, je n’ai jamais été femme. Donc, j’écris à l’ado que j’ai été et j’essaie de le consoler, parce que j’ai eu une adolescence vraiment torturée, compliquée, avec fugues, pratiques à risque, vol, drogue… la totale. J’ai détesté cette période et je sais que j’en ai gardé des failles toujours pas refermées aujourd’hui. Alors certes, un ado d’aujourd’hui est différent d’un ado d’il y a 40 ans, mais les ressorts, au fond, sont les mêmes : l’incompréhension du monde adulte, le rejet de ce qu’ils nous proposent, le refus de grandir et en même temps l’impatience de gagner son indépendance, l’obsession des filles, l’idée fixe « coucher avec une fille », le regard des autres, le positionnement dans le groupe etc. Tous ces trucs là qu’un ado d’aujourd’hui pense avoir inventés, nous, on y est déjà passé, et on s’en souvient parfaitement contrairement à ce qu’ils pensent. Donc, quand je m’adresse à moi-même et que j’essaie de m’aider à passer ce cap douloureux, je ne peux pas vraiment me tromper. Le reste (leurs tics de langage, leurs chanteurs préférés, leurs jeux vidéo etc. tous ces trucs qui font qu’on peut se planter, on s’en fiche en fait. On peut faire sans, et d’ailleurs c’est même mieux de leur proposer une littérature intemporelle qui leur propose une autre vision d’eux-mêmes plutôt qu’essayer de les imiter maladroitement. On peut leur proposer quelque chose vers laquelle ils ne vont pas spontanément et qui les élève, au sens qui les tire vers le haut. Ils sont sensibles à ça : qu’on ne les prenne pas pour des idiots en essayant de se mettre à leur niveau. Par exemple, moi, quand je lis un roman, j’attends qu’il me bouscule dans mes représentations du monde, et qu’il m’offre une grille de lecture du monde à laquelle je n’aurais pas pensé. Je ne l’oublie pas quand j’écris pour les ados.

 


Ge : Là aussi tu m’as donné envie de lire ce polar jeunesse, et en plus la couverture bleu est super attrayante.

Merci à toi pour ce court entretien.

Et à très vite pour la suite ….

Benoît : Bise à toi, à plus tard. Et merci aux lecteurs de Collectif Polar d’avoir pris le temps de la lire.

 Ge : Je suis certaine qu’ils seront et sont aussi intéressés par la littérature pour ados et jeunes adultes 😆

Allez je les laisse lire les quelques lignes du début et découvrir Le jour où mon père a disparu

Etienne et ses parents ont toujours été considérés comme des parias au village. Matchs de football, fêtes et copains lui sont interdits. Le jeune homme ignore les raisons de cet ostracisme, même si la cause pourrait bien se trouver dans le militantisme de ses parents, dans les années 1990, au sein du Front de libération occitan. Lorsque son père disparaît, il décide de découvrir la vérité.

Extrait
Ça aurait dû être le plus bel été de ma vie. Tout au moins de ma vie jusque-là , jusqu’à mes 15 ans , parce qu’après, j’espère bien avoir plein d’autres « plus beaux étés de ma vie »
Je venais d’obtenir mon brevet des collèges et je passais en seconde avec les félicitations du conseil de classe.
Je sais qu’il donne le brevet des collèges à tout le monde aujourd’hui, mais les félicitations, tout de même !
Mes parents, Lise et Pierre Tonon, étaient fier de leur fiston. Moi, j’étais surtout soulagée parce que ça signifier qu’ils allaient me foutre une paix royale pendant les vacances : je pourrais sortir, aller à la mer en scooter, et peut-être même chez Yanis à Bayonne ! Mais ça, c’était moins garantie que le trajet en deux roues jusqu’à la plage de Gruissan.

4 réflexions sur “Papote d’auteur Ge était avec Benoit Séverac

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