La mort nomade de Ian Manook

Le livre : Yeruldelgger La mort nomade de Ian Manook. Paru le 28 septembre 2016 chez Albin Michel. 21€90. (428 p.) ; 23 x 16 cm. Réédité en poche le 4 octobre 2017 chez Le Livre de Poche Policier. 8€70. (476 p.) ; 18 x 11 cm.

4e de couv :

Usé par des années de lutte stérile contre le crime, l’incorruptible commissaire Yeruldelgger a quitté la police d’Oulan-Bator. Plantant sa yourte dans les immensités du désert de Gobi, il a décidé de renouer avec les traditions de ses ancêtres. Mais sa retraite sera de courte durée.

Deux étranges cavalières vont le plonger bien malgré lui dans une aventure sanglante qui les dépasse tous. Eventrée par les pelleteuses des multinationales, spoliée par les affairistes, ruinée par la corruption, la Mongolie des nomades et des chamanes semble avoir vendu son âme au diable !

Des steppes arides au coeur de Manhattan, du Canada à l’Australie, Manook fait souffler sur le polar un vent plus noir et plus sauvage que jamais.

L’auteur :

 

Extrait : 
Ils marchèrent en silence. Devant eux la plaine fleurissait d’edelweiss sur quelques centaines de mètres avant de rebondir mollement jusqu’à la ligne érodée d’une autre colline, au-delà de la rivière. Elle finissait en talus de verdure un kilomètre plus loin pour retenir le grand désert de sable bosselé de dunes qui courait derrière, comme la houle immobile d’un océan. Avec pour autre falaise, très loin à l’horizon, les derniers contreforts bruns de la chaîne de l’Altaï. La steppe n’était qu’une succession de vagues immobiles de pierres ocre, d’herbes bleues, de sable blond. Quand on les prend de biais, grimpant jusqu’aux crêtes accrochées aux cieux bas et immenses, c’est comme se laisser hisser par la houle. Et descendre de l’autre côté, à pied ou à cheval, emporté par l’élan et la pente, c’est aussi enivrant que de surfer une vague sur l’océan. C’est du moins ce qu’il imaginait, lui qui n’avait jamais vu la mer en vrai. Yeruldelgger n’avait pas choisi cet endroit. Le Nerguii, son maître à penser du Septième Monastère, l’avait fait pour lui. Pour qu’il puisse y méditer à l’abri du chaos d’Oulan-Bator, y apaiser ses colères, et y trouver le pardon de tous ses crimes.

La Kronik d’Eppy Fanny

LA MORT NOMADE – YERULDELGGER – De Ian MANOOK

A la fin du volume précédent « Les temps Sauvages », Yeruldelgger a quitté la police d’Oulan-Bator. L’ex commissaire, amer, déçu a décidé de se retrouver et a planté sa yourte en plein désert de Gobi.

L’histoire :

Des artistes peintres, qui parcourent la Mongolie pour des ateliers nomades et sauvages, font une macabre découverte. Un homme nu, comme enroulé sur un rocher et totalement désarticulé. Pour ces artistes un exercice de style. Un croquis d’un nouveau genre. L’un des artistes, Zorig, a déjà vu un mort comme ça. Dans un livre. La mort de Djamuka (l’ami d’enfance de Gengis Khan et son frère de sang). Ils ne préviennent pas la police pour éviter les ennuis et poursuivent leur atelier nomade.

Puis loin en plein désert Yeruldelgger occupé à un besoin naturel est abordé par une cavalière. Tsetseg, une femme de son âge, le cherche, lui, pour retrouver sa fille, Yuna, disparue depuis 3 mois, et punir ceux qui ont fait ça. Elle a disparu avec son amie Gova alors qu’elles étaient parties manifester contre un projet minier avec des amis.

Yeruldelgger ne veut pas quitter sa retraite. Malgré l’amour nomade qu’il a partagé avec Tsetseg. Il est là, car le Nerguii du Septième Monastère l’y a envoyé pour qu’il apaise ses colères et trouve le pardon à ses crimes, si nombreux. Pour retrouver la paix et l’harmonie. Et pouvoir retrouver Solongo, son amour, restée à Oulan-Bator.

Mais a priori le coin de désert qu’il a choisi est un vrai boulevard, car voilà qu’une jeune cavalière arrive à son tour pour l’informer qu’elle a trouvé le corps d’un homme, mort, un géologue français avec qui elle partageait des amours nomades depuis quelques jours. Et elle sollicite notre ex commissaire car les quelques documents qui restent et que cherchaient les assassins sont écrits en français. Eh oui dans la steppe les rumeurs filent plus vite que le vent. Et les amours nomades inattendus fleurissent.

Le défilé se poursuit, voilà qu’un gamin insolent du nom d’Odval arrive car il veut lui montrer un charnier qu’il a découvert !

Extrait P.38 : « Yeruldelgger soupira avec la force d’un yack. Vingt-quatre heures. Il avait suffi de vingt-quatre heures et de trois rencontres pour jeter au vent tout le calme et la sérénité de ses quatre premiers mois de retraite spirituelle. »

Mais il ne changera pas ses projets. Il part pour un naadam en qualité d’archer. Point.

Le voilà chevauchant avec en remorque ces trois « visiteurs ». Sur le chemin un pont bloqué, une femme en uniforme qui tente de maîtriser la situation à coups de pistolet (une habitude chez elle), une bâche qui recouvre des corps. Tsetseg comprend à quoi ils sont confrontés. Elle était prof d’histoire avant d’être nomade. Elle sait que les corps alignés, entravés ont été piétinés par des chevaux et que tous leurs os sont brisés. Un message. Une version moderne de celui utilisé par le grand Gengis Khan pour punir les traîtres.

La femme flic, la petite lieutenant Guerleï, se rendait au prochain poste commercial. Elle est en charge des disparitions de jeunes femmes, dont celles de Yuna et Gova.

Yeruldelgger poursuit sa route en direction du charnier dont lui a parlé l’enfant eu qui est sur sa route pour rejoindre le naadam . Sur son trajet il croise les peintres et le cadavre sur sa pierre. Et passe son chemin. Le petit combo des artistes à sa suite. Drôle de caravane que celle de Yeruldelgger.

Les fouilles du charnier mettent à jour des squelettes atrophiés et pas uniquement d’animaux. Ils sont sur les terres des ninjas, ces anciens nomades qui cherchent désespérément de l’or en tuant leur terre et leurs traditions. Et leur campement est très proche, trop, des mines de la Colorado, Sté Minière d’importance et de leurs gardes qui souhaitent les expulser.

Puis il y a « l’Africain », un solitaire qui se balade dans la région avec des armes pour faire peur aux ninjas.

Solongo de son côté est en charge de l’autopsie des 4 corps brisés du pont. Mais voilà les corps disparaissent ainsi que ses rapports et une femme aussi élégante que vénéneuse vient jusqu’à sa yourte la menacer. Pour être certaine que Solongo s’exécute, elle menace Yeruldelgger, lui loin de tout et si vulnérable. La légiste doit refaire ses rapports et indiquer qu’il s’agit d’un accident. Qui est cette femme dangereuse qui a des appuis jusqu’au plus haut niveau ? Cette femme qui donne la mort en toute impunité ?

Yeruldelgger est loin et Solongo n’a que Bekter, des affaires spéciales, qui peut l’aider. Elle a de précieux enregistrements qu’elle a pensé à faire malgré les risques. Et Bekter a Meredith, surnommée Fifty. Une aide efficace dans cette police gangrénée.

Yeruldelgger découvre, via la Canadienne qui était la compagne du géologue assassiné, un programme universitaire, des géologues de différents pays, des études de terrain qui vont on ne sait où, un pays que l’on pille. Le sien :

Extrait P.121 : « tout ton foutu pays n’est qu’un appel à la fouille et au viol géologique. Tu creuses n’importe où et tu trouves n’importe quoi. Or, cuivre, terres rares, charbon, uranium. Tu crois que ça n’intéresse pas tous les rapaces du capitalisme mondialisé ? »
Extrait P.180 : « Oulan-Bator conforte son pouvoir sur le pays en aspirant en ville tous ces nomades qui perturbaient l’expansion minière des investisseurs étrangers. »
Extrait P.288 : « Mais l’image qui lui déchirait le cœur, c’était celle des bulldozers qui raclaient et arrachaient la mince couche de terre dont les nomades avaient préservé le fragile équilibre pendant des siècles, acceptant de se déplacer avec maison et famille deux ou trois fois par an pour ne pas l’épuiser. Et voilà que des hommes venus d’ailleurs rasaient tout pour de l’or qui ne resterait même pas chez eux. »

A New York, un Mongol fortuné s’envole de son appartement de luxe et s’écrase sans comprendre ce qui lui arrive. Au mur se son appartement une emprunte de loup. Il était l’ancien président de la Commission d’attributions minières.

En Australie un homme est assassiné. Sur son front l’emprunte d’un loup. Il était un cadre important d’une Sté minière australienne très implantée en Mongolie.

En France Zarza (Cf . Les Temps Sauvages) est chargé de trouver ce qui relie ces meurtres avec celui d’un agent français tué en Mongolie et ceux des 4 corps piétinés. Qui sont ces loups qui se dévorent entre eux.

Il tente de joindre Yeruldelgger, mais c’est Solongo qui décroche.

Yeruldelgger n’a pas pris son téléphone et n’est pas joignable.

Zarza va devoir se rendre sur place.

Mais les ordres qui lui sont donnés ne lui conviennent pas tous. Barbouze oui, mais avec de l’honneur.

Les flèches d’une guerrière rendront justice et le sable du dessert balaiera tout alors qu’au loin une dune pleurera.

Ce dernier volet des aventures de Yeruldelgger, est empli de tristesse et de nostalgie.

Nous découvrons l’histoire des mères des steppes, intimement liée à la tradition, pour la fierté des garçons, dans la douleur des gamines. Un pays dévasté. Une terre stérile. Une misère voulue et planifiée. Un récit empli de manipulation, de corruption qui gagne, quoi que l’on tente. Car les têtes de l’Hydre repoussent encore et toujours. Et le plus haut sommet n’est jamais inquiété.

Une fois encore, Ian Manook nous offre un roman parfaitement documenté qui nous fait voyager.

Mais cette fois je n’ai pas chevauché au côté de Yeruldelgger. Je n’ai pas ressenti le vent de l’immensité et de liberté que m’avait procuré le 1er volet. J’ai vu, par ses yeux, bien plus profondément que dans le 2ème volet, mourir son pays, ses traditions, tout ce qui lui donnait envie de vivre.

Et par respect de ces dernières traditions je suis partie sans me retourner en prenant bien soin d’oublier le chemin.

4 réflexions sur “ La mort nomade de Ian Manook

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